vendredi 30 novembre 2007

L'abeille

Aujourd'hui est un jour "sans".

Je vous invite donc à goûter ce poème de Paul Valéry, dans Charmes : "l'intelligence engourdie a besoin d'être réveillée par la piqûre d'une pensée lucide" (sic).

L'abeille

Quelle, et si fine, et si mortelle,
Que soit ta pointe, blonde abeille,
Je n'ai, sur ma tendre corbeille,
Jeté qu'un songe de dentelle.

Pique du sein la gourde belle,
Sur qui l'Amour meurt ou sommeille,
Qu'un peu de moi-même vermeille
Vienne à la chair ronde et rebelle!

J'ai grand besoin d'un prompt tourment :
Un mal vif et bien terminé
Vaut mieux qu'un supplice dormant!

Soit donc mon sens illuminé
Par cette infime alerte d'or
Sans qui l'Amour meurt ou s'endort!

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