mardi 11 décembre 2007

Processus (2)

L’article du Docteur Sedel, chirurgien à Lariboisière, est vraiment intéressant. Comme souvent, il nous donne plus à apprendre sur lui qu’il ne l’aurait voulu. Il nous donne les faits, et leur interprétation. Mais on peut ne pas être d’accord sur lui.

L’argumentation est en 3 points :
1 Je suis très bon, je le prouve
2 les autres sont assez nuls, et je le prouve aussi. Pour faire bonne mesure, je flingue tous azimuts.
3 Le travail de chirurgie est un travail d’équipe, il faut donc redonner du pouvoir au chirurgien, donc à moi.

Si j’ai placé cette analyse sur le plan des processus, c’est parce que c’est bien de cela dont il s’agit. Toutes les personnes sont compétentes, mais ça ne marche pas. Mais c’est évident que ça ne peut pas marcher. Et ce qui est sûr est que sa méthode l’éloigne de la solution, à se demander s’il y en aura une un jour.

Il n’y a pas d’objectif partagé. Il veut soigner des patients, quitte à ce que ça coûte cher. C’est peut-être aussi l’avis du malade ou du blessé, mais ce n’est sûrement pas l’avis de l’administration. Elle n’ose pas écrire qu’il vaut mieux amputer que d’essayer de sauver le membre, mais elle y pense très fort. Elle n’ose pas écrire que la « méthode vietnamienne » est la meilleure, mais on y va.

Il n’y a pas mise en commun des compétences, mais gestion verticale des métiers, chacun optimisant son pré carré et défendant ses s propres contraintes et, sans le dire, ses « avantages acquis ».

Il n’y a pas de solidarité : chacun son parapluie, le plus solide étant celui des « administratifs ». Mais les chirurgiens se défendent bien. Ca doit être sympa l’ambiance, heureusement le « patient » dort…

Reconstruire tout ça parait impossible. Faire en sorte qu’ils travaillent ensemble, dans l’intérêt contradictoire du "patient" et de la société, est hors de portée de ces corporatismes. La Sécu et leur ministre ont une mission désespérée. On paira, c'est tout.

La suite est mon analyse du texte. A noter que les anesthésistes ont déjà répondu que c'était eux les meilleurs. Ce qui la confirme.


1 Il est bon, et il le prouve.
Il est vraiment un très grand chirurgien : le nerf sciatique et le honteux, l’artère fessière n’ont pas de secret pour lui. Il a eu un apprentissage long. Il a un avis sur tout : « Il faut faire appel du jugement, il faut contester la version de ce patient qui a été mal reçu aux urgences».
La suite va vous prouver que c’est vrai, car :

2 Les autres sont nuls, et ils sont nombreux.
- Ses assistants sont nuls : ils tombent dans les pommes, il les rassure.
- L’interne vietnamien « dans mon pays, les tumeurs ne sont pas opérées, c’est trop difficile ». Le lecteur comprend : « c’est trop difficile pour nous, mais pas pour vous », mais non, il fallait comprendre « cela coûte trop cher, et les cancéreux meurent ».
- L'équipe de ce CHU du sud de la France a préféré lui confier l’opération. Le lecteur comprend « ils ne savent pas faire ». Moi, je comprends qu’ils ont compris que c’était une opération qui n’était pas « rentable », ils ont donc trouvé de moyen de refiler le cas à quelqu’un d’autre. Ils ne sont donc pas si bêtes que ça !
- Il est salarié, mais d’autres se sucrent bien : les footballeurs, les acteurs, les dentistes, les radiologues, les cancérologues, les radiothérapeutes, les anesthésistes, les avocats (avec des affaires réelles ou supposées), le lobby des assurances, les cliniques privées…
- Enfin, il y a les nuls mal payés : les brancardiers, les infirmières (qui cumulent des jobs !), les maires qui veulent garder leur petit hôpital, les syndicats.
-Hors compétition : l’administration qui, non contente de nous empêcher de travailler en triplant le nombre de ses fonctionnaires, applique de façon bête et méchante le principe de précaution, fixe sa T2A (tarification à l’activité T2A) aberrante, choisit les « moins-disants », bloque les heures sup.
Je serais d’accord avec ce point de vue, sauf à poser la question suivante : il faut bien qu’elle se rende utile ! Faute de pouvoir faire quelque chose pour diminuer les coûts, sa seule marge de manœuvre est d’embêter les autres. Elle s’y emploie, et selon le principe de Peter, moins elle réussit, plus elle augmente ses effectifs…
PS : Ah le sacro-saint principe de précaution : il a entraîné la disparition du pouvoir médical (ça c’est grave !), perte de la notion d’équipe, main mise de l’administration. « Découvert par les administratifs après l'affaire du sang contaminé : il faut qu’elle se couvre pour qu'un scandale ne soit plus de son fait ». Question non posée : qui est à l’origine de l’ »affaire » ?
- Quant au patient, parlons-en : des fois il est culturellement ou linguistiquement délicat, mais en plus « avec le public éduqué, les explications sont souvent aussi difficiles... ». Désespérant ! Il aurait dû faire véto…

3 Il faut redonner le pouvoir au chirurgien !
Conclusion logique d’un plaidoyer pro domo ! Ben voyons!
Il nous prévient : le grand perdant, c’est le patient. Ca, c’est vrai. En tout cas, il n’est pas au « cœur » d’une réforme impossible à faire.
On ne résoud pas un problème de processus en donnant le pouvoir à un maillon d'une chaîne, incapable de comprendre la nature et les enjeux d'une gestion transverse des compétences, et dont la seule réponse est dans l'ordre de la "prise de pouvoir".

2 commentaires:

Albert a dit…

J'imagine que Sedel doit faire trembler ses infirmières...et qu'il pense que la terre entière tourne autour de son service.
A propos, on ne dit plus "nerf honteux" mais "nerf pudental". C'est médicalement correct.

Marcel a dit…

Oui, il doit terroriser les infirmières, en bon mandarin qu'il est sans doute. Elles se vengent de lui en lui faisant perdre son temps... Classique. Idem les brancadiers.
A part ça, je ne dirai jamais que la politique de Sarkozy est "pudentale" : elle reste honteuse.