vendredi 8 août 2008

Nabucco

Nabucco est un opéra d'un Verdi de 30 ans. Il fut créé en 1842, et Verdi épousa la Castafiore du rôle principal (Melle Giuseppina Strepponi).


Nabucco est le diminutif de Nabuchodonosor, roi de Babylone, comme on dit Sarko pour Sarkozy de Nagy-Bocsa, Président de l'Europe et bientôt du Monde. Notez bien qu'on ne dit pas Nabot-Cul, ce qui les distingue.

Le choeur des hébreux est le personnage principal, ce qui en fit le succès. Les Hébreux ont été déportés à Babylone, où se trament de complexes luttes de pouvoir entre Nabucco et ses filles (?) Fenena et Abigaille. Et des rivalités amoureuses. Je vous en passe les détails. L'esentiel est que Nabucco se convertit, et le peuple élu fut sauvé. Ouf!

On attend "le grand air", qui n'arrive qu'à la scène 4 de l'acte III (ceux qui ne viennent que pour lui ne peuvent se défiler à l'entracte) :


Va, pensiero, sull'alli dorate;
Va, ti posa sui clivi, sui colli.
Ove olezzano tepide e molli
L'aure dolci del suolo natal!


Allez, pensées, sur de brillantes ailes;
Allez, posez-vous sur les montagnes, sur les collines
Où passe libre et molle
La douce brise du sol natal!


Vous voyez, le poème de Temistocle Solera ne mérite pas qu'on se lève la nuit, mais la musique est sublime, et elle est devenu l'hymne de libération des Italiens contre les Autrichiens.


Mais il y a d'autres "grands airs", notamment une fanfare un peu triste, qui sert de musique à un défilé, à un mariage ou a un enterrement, dans un film qui se passe en Sicile : le Parrain, ou le Guépard, je ne sais pas.


La compagnie Opera-Operette en donna une fort bonne version, très classique, le 25 juillet 2008 à 21h30, sous la direction de Bruno Membrey, et la mise en scène de Jean-Marc Biskup, aux Arènes de Béziers.


Le lieu se prête bien à ce genre de spectacle (et même idéal pour Carmen, il faut le dire). Il est chargé d'histoire : du temps où Béziers était riche grâce au vin ("Buvez du vin" est la devise de Béziers), on y montait les opéras de Saint-Saens, Massenet, Fauré...


Le public, averti, ne boude pas son plaisir. Ils sont venus en car, ou à pied ("j'ai pas peur de rentrer ce soir, y'aura du monde", à entendre avé l'assent). Les afficionados sont venus avec des coussins, ou de simples serviettes éponge genre set-de-table. Ca chuchotte "c'est maintenant le grand air?- Bientôt!". Et puis il y a les "loges" : tout en haut des gradins, des loges pour VIP, où on ne s'ennuie pas : dès la fin du premier acte, des bruits de beuverie, du verre cassé, et des rigolades, font se retourner toute l'assistance, moitié amusée, moitiée envieuse.


L'orchestre est en peu chargé en cuivre, ce qui me fait craindre le pire, qui n'arrivera heureusement pas. Les cordes paraissent peu nombreuses, mais c'est finalement aussi bien.



La mise en scène est des plus classiques : hébreux en bédouins (leurs filles aussi), qui font très palestiniens ; Nabucco en chasuble d'évêque mérovingien, avec des grosses pierres précieuses cousues partout ; Abigaille en robe de harem : pantalon de soie bouffant, attaché aux chevilles, tunique à franges, turban. A mon avis, une récupération de l'Italienne à Alger, ou de l'Enlèvement au Sérail. Les prêtres juifs ont de grandes barbes blanches. J'adore ça.

A propos d'Abigaille, son air d'entrée ressemble à celui de la Walkyrie dans l'opéra éponyme. Son look aussi! Mais quelle voix...

C'était donc très bien. le grand air arrive enfin. Les gens sont contents. les artistes aussi, car à la fin, après la première revue, ils le reprennent (en choeur), redoublant les applaudissements.

Je n'ai pas encore vu Nabucco en décalage temporel. On pourrait le faire dans un camp de concentration, avec miradors et SS. Ou alors avec un Nabucco-Saddam Hussein pour nous montrer les forces du mal. Ou en Cécilia-Fénéna délivrant les Infirmières Bulgares.

Mais surtout la seule transcription qui en vaudrait la peine, c'est de défaire celle de Verdi : cet opéra montre évidemment les italiens sous l'emprise autrichienne. Du reste, il m'a semblé entendre des timbres viennois au moment de l'arrivée des soldats babyloniens. Les italiens de la deuxième partie du XIXème ne s'y sont pas trompés, et l'ont bien pris pour ce qu'il est : un opéra nationaliste contre l'oppression étrangère.

Nabucco va être joué en septembre au stade de France. Ce sera sûrement très bien, grandiose et tout et tout, mais je préfère celui de Béziers!

3 commentaires:

leon4 a dit…

merci une fois de plus pour ce moment culturel, mais un peu de "politique" maintenant: vous parlez de la "libération" de l'italie contre les autrichiens.Ce fut une catastrophe de l'histoire,le début de la chute de l'empire catholique d'autriche-hongrie.Cela préfigure Sadowa, la prusse conquérante,le Sarajévo de 1914,le dépecage de 1945,l'éclatement des balkans de 94.
vive l'autriche hongrie, rempart contre les Ost-Preussen, les turcs et autres minorités balkaniques fachisantes.

Greenspan a dit…

Que les Autrichiens aient été ramenés dans leurs montagnes, rien que de très normal.
Les Autrichiens, affaiblis par leurs minorités, n'étaient pas dangereux.
Non, la cata a été la Prusse, son militarisme, son impérialisme, son antisémitisme.

leon a dit…

pour greenspan
j'ai du mal m'exprimer...ou je suis limité...c'est ce que je pensais avoir dit:l'autriche rempart contre la prusse?