jeudi 12 mars 2009

Werther

La dépression, autrefois mélancolie, puis spleen, est une maladie reconnue depuis peu comme telle.

Prenez Goethe : il nous fait dans "die Leiden den jungen Werthers" - les souffrances du jeune Werther- une description assez clinique de la maladie, avec les dégâts collatéraux sur l'entourage. Mais comme il écrivait, parait-il, assez bien, on en a fait la figure du Sturm und Drang, préfiguration du romantisme.

Werther est un jeune poète-peintre, qui communie avec la nature, n'aime pas les bourges, et qui aime Lotte, rencontrée à un bal. Bien. Mais Charlotte a promis à sa mère, sur son lit de mort, d'épouser Albert, et en attendant, d'élever les 6, 7 ou 8 frères et soeurs que le Bailli, son père, lui a donnés.

Tout est en place pour le drame : le jeune homme a des idées suicidaires. On le raisonne, on lui laisse entendre que la soeur cadette , Sophie, est aussi bien que la grande. Lotte épouse Albert, Werther part.

Il revient, essaie d'extorquer un bisou à Lotte, sous chantage au suicide, elle résiste, lui dit non, casse du mobilier et de la vaisselle, avant de s'enfermer dans sa chambre. Le mari arrive, voit le désordre du salon, engueule sa femme, et finalement prête ses pistolets à Werther, qui les lui demande pour partir en voyage.

Werther se flingue, se rate un peu, le temps de dire au revoir à Lotte qui se précipite, lui rend son bisou. Il meurt, elle pleure, le mari est, on le pense, soulagé.

Je n'ai pas lu le livre, mais entendu avec plaisir l'opéra, donné à La Bastille, qu'en a tiré Jules (un prénom, un peu daté, qui revient à la mode) Massenet. D'autant plus que mon grand-père en parlait avec émotion, la fontaine, les tilleuls, et surtout le grand air :

"Pourquoi me réveiller, ô souffle du printemps?
Sur mon front je sens tes caresses,
Et pourtant bien proche est le temps
Des orages et des tristesses! (avec désespérance)
Pourquoi me réveiller, ô souffle du printemps?
Demain dans le vallon viendra le voyageur
Se souvenant de ma gloire première...
Et ses yeux vainement chercheront ma splendeur,
Ils ne trouveront plus que deuil et que misère! Hélas! "

De la bonne et forte musique, de la musique française, Monsieur!, sortie des poncifs de Gounod et de Halévy.

Mais le livret! Je vous en donne ce témoignage, pris aux derniers instants de Werther :

Charlotte! je meurs... oui... mais écoute bien:
Là-bas au fond du cimetière, il est deux grands tilleuls!
c'est là que pour toujours je voudrais reposer! ...
Si cela m'était refusé...
si la terre chrétienne est interdite au corps d'un malheureux,
près du chemin ou dans le vallon solitaire,
allez placer ma tombe!
En détournant les yeux le prêtre passera...
Mais, à la dérobée, quelque femme viendra visiter le banni...
et d'une douce larme, en son ombre tombée le mort,
le pauvre mort... se sentira béni...

Avec le Prozac et le Lexomil, on aurait sauvé un homme, mais perdu deux chefs-d'oeuvre : le livre de Goethe, et l'opéra de Jules.

8 commentaires:

Mathilde a dit…

A propos de Carême (Maurice)
François, je vous disais que mes enfants n'apprenaient plus ce délicieux poète...Ce soir quelle ne fut pas ma surprise d'écouter mon petit garçon me réciter :
Le bouleau
Chaque nuit, le bouleau
Du fond de mon jardin
Devient un long bateau
Qui descend ou l'Escaut
Ou la Meuse ou le Rhin.
Il court à l'océan
Qu'il traverse en jouant
avec les albatros
Salue Valparaiso
Crie bonjour à Tokyo
Et sourit à Formose
Puis, dans le matin rose,
Ayant longé le Pôle,
Des rades et des môles,
Lentement redevient
Bouleau de mon jardin.

Je n'ai pas résister au plaisir de vous le faire partager...
Un peu de douceur dans ce monde de brutes (pour tous les anonymes de ce blog)

Encore Mathilde a dit…

Je n'ai pas résisté ..bien sûr !!
Voilà ce que c'est de ne pas se relire..

François a dit…

Charmant, ce Carème!

bravo a dit…

tres beau texte Francois et Mathilde. les anonymes n'ont qu'a se rhabiller ! et moi aussi donc ...

viveleprintemps a dit…

Que c'est beau l'oeucuménisme !

leon4 a dit…

bonne fête, Mathilde!(je dois la connaitre?)
bon d'accord ca n'amène rien au débat mais un peu d'humanité dans ce monde de brute.
peace and love.

François a dit…

Mathilde est la fille préférée de votre maman, Léon.
Peace and Love : très connoté 68. Laissez-moi ça, sinon vous allez vous faire pourrir.

Anonyme a dit…

les vieux du blog délirent!