mardi 7 avril 2009

Otages

Il parait qu'une majorité de français "comprennent" que des salariés prennent leur patron en otage.

Et je n'entends pas vraiment de soutien de ces patrons de la part du gouvernement : j'en suis effaré.

Il se trouve que j'ai une longue expérience de ces pratiques : dans les années 80, sous "Giscard", pour un oui ou pour un non, pour demander une prime de boissons chaudes quand il faisait froid, ou de boissons fraîches l'été, ou pour exiger la création immédiate de 200 emplois, une cinquantaine d'abrutis de la CGT se précipitaient pour bloquer mon couloir, exiger une audience immédiate, etc.

La technique était éprouvée : le chef de cabinet parlementait, gagnait du temps : "Vous avez audience demain, revenez demain" Ou : "le directeur vous recevra peut-être, mais seulement une délégation, les autres, retournez au turf". Au bout d'une heure ou deux, ou trois, on mettait en oeuvre le plan : le directeur de cabinet ouvrait la porte du secrétariat, loin à gauche dans le couloir, ils se précipitaient pendant que je me faufilais par la porte secrète, dévalais l'escalier de secours, sautais dans la voiture, et hop, à la maison.

En 81, ça a été terrible. Les revendications étaient simples : la lune tout de suite, le peuple l'a voulu. En pratique : des emplois, les 39h (c'est-à-dire 38), etc.
On était en audience permanente.
La première fois qu'ils ont envahi le couloir, vers 11h le matin, j'ai décidé de changer de tactique : à midi et demi, je suis sorti de mon bureau, ai fermé la porte à clef comme d'habitude, et j'ai traversé le couloir au milieu des jambes allongées, en leur disant "Je vais déjeuner, bon appétit". Ils ont été tellement soufflés qu'ils n'ont rien dit...

Plus tard, j'ai expliqué au chef CGT (un moscoutaire pur et dur) que le gouvernement ayant changé, la politique aussi, il serait peut-être temps aussi qu'ils changent de méthode.

La réalité était surtout que sur les points les plus bloquants, on avait des ordres absolus de ne rien céder. Rien, rien. Alors on subissait, jusqu'à ce que le ministre nous fasse passer le message de tout lâcher (plus qu'on aurait fait tout seuls), mais de le prendre à notre compte...

Ensuite, avec Fabius et son plan de rigueur, les syndicats ont péniblement compris que la lune, ce serait pour plus tard... Aussi les occupations sont devenus rares et sporadiques.

Jusqu'en 97, quand un nouveau patron, ayant appris qu'il y avait une occupation des locaux avec séquestration, interpella la DRH, lui signifia qu'il ne fallait plus tolérer ça : constat et photographie des manifestants par huissier, appel à la police, au préfet, lui demandant de rétablir l'ordre et la liberté d'aller et venir, dépôt de plainte auprès du procureur, etc. Après 2 affaires comme ça, ça a été -presque- terminé. Le coût des dégradations a été prélevé sur la subvention au syndicat organisateur, et on n'en a plus parlé.

Mais en 2002, le nouveau chef, un politique, a décidé que s'il y avait séquestration, c'est parce que le chef était mauvais. Il voulait même appliquer ça en Corse, où c'est resté une habitude! Résultat : on appelait la DRH, qui nous disait de céder pour éviter à tout prix l'occupation des locaux. Ah le grand homme!

Maintenant, ça repart. Le soutien du gouvernement doit être de la même veine. Sauf que le directeur d'usine séquestré n'a pas de marge de manoeuvre : un hedge fund de l'Indiana a décidé de fermer l'usine, point barre. Le préfet fait dans sa culotte, le président promet de sauver le site, et ça continue. La police est trop occupée à tenir ses objectifs de PV, et les politiques n'ont pas de c...

C'est un scandale. Le petit monsieur qui prétend moraliser le capitalisme et qui s'occupe de tout, devrait au moins donner les ordres nécessaires pour mettre fin à la séquestration des personnes, surtout quand elles ne sont que des salariés comme les autres.

Quant aux Français qui "comprennent" les séquestrations, je ne leur souhaite pas que ça leur arrive.

8 commentaires:

leon4 a dit…

votre antiségolanisme primaire fait peur.
la prise d'otage n'est qu'une juste mesure de sauvegarde des interets bafoués des travailleurs qu'on humilie.

Krasucki a dit…

alors comme ça , vous étiez un salaud de patron .. vous vous êtes en mis plein les poches , je suppose ?

Anonyme a dit…

Témoignage tres interessant...

Révolté a dit…

Et ça continue... Le président cause, et rien ne se passe.
La CGPME demande à juste raison aux patrons de refuser de négocier sous la menace, et en cas de séquestration.
Pas de GIGN, pas de RAID, pas de GIPN : à réserver aux forcenés, aux braqueurs de banques!
Honte au gouvernement!

Anonyme a dit…

joyeuse pâques !

http://www.dailymotion.com/search/goldorak/video/x8xd0d_dieudonne-et-goldorak_fun

François a dit…

Merci, toi aussi.

François a dit…

Voila, j'étais en bas-débit. Un âne Onyme me souhaite Joyeuses Pâques. Je réponds gentiment, me voulant aussi civil que lui.
Las! Il était joint une infâme parodie de Goldorak, tendant à monter que le glorieux Dieudonné (quel nom!!!!) était victime d'un complot interplanétaire.
Mes fidèles lecteurs ne s'y seront pas trompés.

Anonyme a dit…

lol