lundi 30 novembre 2009

Cassandre

Je ne sais pourquoi, je suis attaché à la figure mythologique de Cassandre.

Fille de Priam et d'Hécube, soeur de Pâris "l'homme à la pomme", elle reçut de son petit ami Appollon le don de prophétie. Mais ils se fâchèrent, et Appollon la condamna à ne jamais être crue. Dommage, parce qu'elle avait prévu la chute de Troie, le piège du Cheval, et passa pour folle.

Jouer les Cassandre, c'est prédire des malheurs auxquels on ne croit pas, alors que justement notre attention devrait être portée sur la vérité du message. Mais, si on y croit, ce n'est pas une Cassandre.

Quand je vous disais, il y a deux ans, que la réforme de la Justice était faite en dépit du bon sens, vous ne m'avez pas cru, parce que la propagande officielle fonctionnait à l'époque encore bien : s'ils résistent, c'est que ce sont des bêtes conservateurs, attachés à leur rocher comme des moules.

C'est pourtant le Président himself qui a avoué récemment que cette réforme n'avait pas été réalisée comme il le fallait. Mme Dati a eu plus de mal à l'avouer devant Denisot, confondant du reste l'énergie mise à la déployer (que je ne nie pas) à l'intelligence de ladite réforme.

Il y a certainement un syndrome de Sarkozy : il a une certaine capacité à avouer et reconnaître ses erreurs (notamment le bling-bling), au bout d'un certain temps il est vrai, mais ensuite de continuer comme avant "comme si de rien n'était".

Sarkozy, comme Cassandre, a tout d'un héros tragique grec : Il veut faire des réformes "jusqu'au bout", et dès qu'il en a annoncé une, il se précipite pour en annoncer une autre. Il fait des lois, et oublie les décrets d'application. Heureusement du reste, car dans l'intervalle, il a déjà fait changer la loi. Il n'a peur de rien, s'est mesuré avec Poutine en Géorgie, a sauvé le monde des banquiers, et va terrasser Obama à Copenhague. La souris qui en sortira sera baptisée montagne, ce qui lui permettra de passer au sommet suivant.

Ce sera son destin, son fatum. Il embrasse trop pour pouvoir étreindre, ne serait-ce qu'un peu.
La fuite en avant est sa seule ressource, son hyperactivité, à croire il a aussi le don d'ubiquité, est sa méthode.

On ne peut savoir quand et comment ça finira, mais ça finira. Par une crise cardiaque, peut-être. Par une crise politique, je l'espère. Il tient ses troupes d'une main de fer, mais il se peut qu'une prise de conscience des barons le fasse trébucher, comme Mme Thatcher à son congrès de Brighton. Dira-t-il "Tu quoque!" à Frédéric Lefèvre? Non, car il ne connait le latin.

Je reconnais qu'il est facile de dire "Je vous l'avais bien dit". Mais peut-être faut-il aussi de temps en temps reconnaitre "il l'avait bien dit", comme on peut dire "Cassandre l'avait bien dit".

Pour vous changer les idées, je vous invite à regarder cette chute de météore sur Joburg : Météore!

2 commentaires:

Slobobang a dit…

Plutôt que "bling-bling", il faudrait faire "bang bang".

Anonyme a dit…

http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/economie/20091130.OBS9235/dans_newsweek__les_lacunes_de_la_sarkonomie.html