mardi 2 mars 2010

Isabelle la trop Catholique

Isabelle de Castille fut une forte femme.

Sa première action : se marier en 1469, presque clandestinement, avec le fils du roi d'Aragon, Ferdinand (sous le régime de la communauté réduite aux acquêts). Elle allait trouver à ses côtés, outre un géniteur, un grand capitaine. Mais il ne sera en Castille qu'un"époux légitime", le prince consort.

Sa première bataille consista à prendre le pouvoir sur sa nièce Jeanne, dite la Beltraneja, héritière légitime de Castille, mais soupçonnée de bâtardise. Les partisans de Jeanne s'étaient alliés aux Portugais, et furent hachés menu à la bataille du Toro (1 mars 1476). Isabelle consolide son pouvoir en récompensant ses fidèles, et en envoyant ses opposants au bûcher de façon tellement radicale que le haut clergé dut intervenir auprès d'elle pour implorer sa clémence.

Alors tous les 2, enfin maîtres d'eux-même comme de l'univers, vont consolider leurs deux royaumes et en faire le cœur de l'Espagne. Il faut se souvenir que l'Aragon, c'était aussi la Catalogne et Valence, les Baléares, la Sardaigne, la Sicile... La Castille était plus petite et moins influente, mais la personnalité d'Isabelle compensait, par son extraordinaire force de caractère.

Ils commencent par nettoyer la Méditerranée occidentale, puis créent des points d'appui en Afrique pour favoriser le commerce andalou. Stratégiquement, ils s'allient avec l'Angleterre et les Habsbourg pour contrer la France. Belle politique!

Ils étaient portés par une mystique religieuse faisant d'eux les représentants de Dieu sur terre, et donc cautionnés dans leurs actes par la volonté divine. Ce qui ne les empêchait pas de faire preuve d'une autorité totalitaire, d'une cruauté inouïe, pour parvenir à leurs fins.

L'acmé du règne fut l'année 1492, l'année de tous les événements : la Reconquête du royaume de Grenade, les derniers infidèles de la Péninsule, après 10 ans de guerre, l'envoi de Christobal Colon aux Indes, l'expulsion pure et simple des Juifs, la conversion ou l'expulsion des musulmans.

C'était une véritable croisade : il ne s'agissait pas d'accepter une conversion bidonnée, il fallait qu'elle soit sincère. Soutenus par le Pape, ils font monter l'Inquisition en puissance. Lequel pape les sacrera "Rois très catholiques".

Son procès en canonisation a été ouvert en 1958 par les cardinaux franquistes, dont elle était le modèle. Les choses étant ce qu'elles sont maintenant, elle conserve toutes ses chances.

Elle a eu 6 enfants, mais son fils Juan, son espoir et son salut, meurt jeune. Isabelle et Marie d'Aragon épouseront le roi du Portugal, Catherine d'Aragon Arthur Tudor, puis son frère le futur Henri VIII d'Angleterre. Quant à Jeanne, dite la Folle, elle apportera l'héritage des Habsbourg aux Royaumes d'Aragon et de Castille, par son mariage avec Philippe le Beau, dont profitera son fils Charles Quint.

Bref, ce double règne glorieux n'a entraîné que misères, guerres et dévastations, tortures et bûchers.

Quant à nous, nous retiendrons le cheval, le cheval de couleur isabelle, à cause de la couleur de la chemise de la Reine trop catholique, qu'elle s'était promis de ne pas changer jusqu'à la chute de Grenade.


La reddition de Grenade

8 commentaires:

Isabelle Rambaud a dit…

Aujourd'hui démodé, le prénom d'Isabelle est quand meme le 3e le plus donné depuis 1940! Autant dire qu'il y a eu une vague des Isabelle comme il y a eu celle des Martine.
On le doit sans doute davantage à la bienheureuse Isabelle de France (1225-1270), savante sœur du roi saint Louis qui mena une vie austère près du couvent de Longchamp qu'elle avait bâti à Paris.
Donc au choix, la gloire et l'intransigeance ou la modestie et la douceur...

jeanne a dit…

trop forte votre plaidoirie "du diable" contre Isabelle la Catholique, François!
Allez encore un petit effort et je me convertie à l'islam!

François a dit…

Isabelle est un beau prénom, régulièrement donné, classique, à l'écart des Jennifer, Cynthia et autres prénoms à la mode. Je ferais peut-être un jour une hagiographie de sainte Isabelle...

à Jeanne : ce n'est pas une plaidoirie, c'est un peu de l'histoire de souverains du début de la Renaissance qui comme les autres étendaient leurs pouvoirs et leurs fortunes, leurs territoires et leur influence, plaçaient leurs enfants au mieux des leurs intérêts, etc.

Je ne les trouve pas du tout "catholiques", comme dirait votre président du CR, mais l'époque voulait ça, et ils se sont bien servis des appuis que cela leur donnait.

Ca me fait penser, un truc encore à demander à Dieu plus tard : Isabelle a-t-elle gagné plus d'âmes qu'elle n'en a fait perdre? C'est une bonne question.

On ne vous demande pas de vous convertir à l'Islam, mais de comprendre que CE genre de catholicisme n'est pas le bon. Ce n'est pas diabolique, c'est évident.

Et puis, si vous en avez assez de ce national-catholicisme, vous pouvez devenir protestant sans problème.

jeanne a dit…

trop austères et tristes les protestants et en plus orphelin....
vous prenez Dieu pour un comptable, il mérite bien plus...
sans rancune François, je vous aime bien...

PS: convertis, pardon pour ma fôte d'aurtaugraffe

François a dit…

Mais oui, Jeanne, je vous aime bien aussi, même si je ne sais qui vous êtes...
Pour le compte, vous avez raison, je crois aussi à l'apocatastase :
http://miscellaneesdiverses.blogspot.com/2008/02/apocatastase.html

maisquiestdoncjeanne ? a dit…

je ne saurais trop vous conseiller la lecture du livre de Jacques Herr " l'histoire assassinée" et "l'historiquement correct" de Jean sevilla. Cela devrait vous éclaircir l'esprit.Noter bien que les juifs exilés d'espagne se sont rendus en grand nombre chez le grand turque pour continuer leur oeuvre de sape de l'occident chrétien !

François a dit…

@quiest donc : vous pourriez donner des régences correctes. Je suppose que vous parlez de Jacques Heers, un vieux Monsieur qui cause a Radio Courtoisie?
Je vous le laisse...
Jean Sevilla a commis une insipide bio de Zita, je ne lirai plus jamais rien de lui... Il peut aussi aller a Courtoisie.
Moi, ce qui m'interresse, c'est la conversion des âmes...
Alors l'Occident chrétien, ça ne m'interresse pas. Ni la religion comme opium du peuple, ni l'Inquisition comme garante du dogme, ni la peur de l'enfer comme remède contre l'injustice sociale.
Tout ça passera, mais Ses paroles ne passeront pas.

François a dit…

PS : bien lire "références", et non "régences"