dimanche 22 juillet 2012

Cher Maître,

Cher Maître,

Votre décès me touche, mais montre que la philosophie conserve, puisque vous êtes allé rejoindre Platon, Descartes, Kant, Bergson à l'âge vénérable de 94 ans.

Vous étiez gentil. Touchant même lorsque vous essayiez de nettoyer vos lunettes avec votre mouchoir en confessant que vos enfants avaient "mis de la confiture dessus". On ricanait, car on était des sales gosses.

Vous saviez qu'on en avait pas grand chose à faire, de votre philosophie, en Terminales. Gentiment vous nous donniez des polycop où il y avait l'essentiel de ce qu'il fallait retenir. Grâce à vous, j'ai eu le bac : un 13 inespéré en philo, qui m'a valu d'échapper à l'oral de repassage... Je les regrette ces polycop, je suis sûr qu'ils m’intéresseraient maintenant...

Vous étiez philosophe. Vous acceptiez de monter au poteau, condition sine qua non pour que les cyrards arrêtent le chahut. Vous montiez, et vous faisiez votre cours pendant que les cyrards lisaient leurs revues favorites genre "Raid", ou se délectaient avec le règlement intérieur de l'Infanterie. C'était aussi des sales gosses.

Vous étiez philosophe. Un jour, vous avez voulu faire l'appel. Tout le monde était là. Au milieu du cours, on frappe à la porte et notre camarade X (dois-je encore garder son anonymat?) entre, et va s'installer à sa place au fond. Vous avez accepté le fait, malgré la perception contradictoire de votre expérience du réel. C'était pourtant simple : le bâtiment en travaux était couvert d’échafaudages, il était facile de se glisser dans le renfoncement du mur, puis de sortir par la fenêtre pour se représenter à l'entrée.

Vous étiez philosophe. Un jour, un camarade rapporte triomphalement une boite de capotes. Pendant votre cours, il en gonfle une, jusqu’à ce qu'elle prenne une taille... disproportionnée. "M Untel, veuillez ne pas jouer au ballon pendant le cours". "Mais, Maître, ce n'est pas un ballon!". 

Vous étiez philosophe. Le prof de maths nous explique le raisonnement par récurrence, et ajoute que ça ne fait pas un pli pour les matheux, mais que les philosophes trouvaient à y redire. Sous entendu : ces tarés coupent les cheveux en 4, et ne comprennent rien. A la pause, on vous saute dessus. On apprend que, docteur en philo, vous aviez commencé par une licence de maths. Timidement, vous nous dites que, dans le temps, vous aviez écrit des choses "pas idiotes" sur le sujet. Comment retrouver "ces choses"? Maintenant, j'aimerais les lire.

Maître, vous avez distribué de la confiture à des cochons (que nous étions)! Margaritas an porcos, disaient les Grecs. J'espère cependant que vous avez été heureux.

Requiescat, cher Maître

Vive la Police Parisienne...

On commémore la rafle du Vel d'Hiv, où les Juifs, petits et grands, ont été regroupés par la Police Parisienne, sous Vichy, en 1942. Bien.


On peine à commémorer son autre exploit : avoir, sous Papon, jeté quelques dizaines de bicots dans la Seine, en 1961. Peut mieux faire.


Sous Guéant, elle met des PV, attend les petits chinois à la sortie de l'école, et re-met des PV.


Et quand elle vous jette votre dossier de renouvellement de CNI à la figure en vous disant "vous n'êtes pas français", et bien, il y a une différence de degré, pas de nature.


Voila ce que je pense de la Police de Paris et de la Préfecture de Police de Paris.


samedi 14 juillet 2012

Fausses Mémoires...


Tiens, j'ai retrouvé ce texte, écrit en 2007. Il aurait été dommage qu'il disparaisse. Toute ressemblance avec des personnes existantes est voulue.
François

Jeudi 23 novembre 17…
 Il n'en est pas trop paru, hier, au bal chez Madame, qui recevait pour ses obligés, sous le haut patronage de SM la Reine de Corrèze, à l'Opéra de Versailles, où l'on écouta de la musique agréable de M de Mozart et du chevalier Glück. Le prétexte était de lever des fonds pour l'Ordre Souverain des Chevaliers de Malte, dans sa croisade contre les Infidèles. Ce fut charmant, et le buffet de M Lenôtre restera dans les mémoires de tous les courtisans.

Cependant, les proches de Madame s'interrogeaient sur les rumeurs de disgrâce de la favorite. Depuis l'été, elle avait réussi à force de manoeuvres, à vrai dire peu habiles mais efficaces, à s'emparer de l'esprit de Madame, lui faisant accroire qu'elle était experte en finances, notamment fiscales,  en juris-prudence, et surtout en l'art de communiquer.

Elle se disait forte de fournir à Madame des entre-vues dans des gazettes illustres, comme le "Courrier du Bourbonnais", "Gala", "Potins de la Cour-Images de notre Monde", et de la faire admirer dans les étranges lucarnes, dans "Dieu merci!" sur Direct 8, ou dans "Quel veut gagner des millions?", où, disait-elle, "même un âne peut gagner 100 000 livres...".

Elle s'était depuis longtemps introduite dans la famille princière, soignant jusqu'à son dernier soupir la feue mère de Madame, avec beaucoup de dévouement, selon ses partisans, à son grand profit disaient les héritiers, en cachant sous de gros sanglots le bruit de tous les bijoux qu'elle avait subtilisés pendant la royale agonie... Il s'en trouva un cependant, dont l'esprit naïf et la courte vue étaient connus de tous, pour l'accueillir à son tour, en marque de reconnaissance! Il s'en sépara ensuite quand il constata la disparition de tableaux et de papiers illustres qu'il tenait de son grand-oncle SAR le duc de B.

Habitée par une sombre culpabilité inconsciente, Madame eut donc recours à elle pour transmettre son patrimoine illustre à son fils, M. le Prince de L, en assurant lui éviter tout frais, notamment l'insoutenable impôt sur les avoirs. Ce Prince est maintenant sous le coup d'une enquête fiscale, ce qui ne semble pas avoir ébranler la confiance absolue que Madame portait à sa favorite.

Progressant rapidement dans la maison de madame, elle tenta d'éliminer toute concurrence, fit partir un commis de la comptabilité, dont elle craignait qu'il la démasquât, et qui se riait de ses supposées compétences. Par d'adroites calomnies, elle sut convaincre Madame que seule la malveillance à l'égard de son sexe et de sa race dictait les recommandations de ses conseillers à une plus grande prudence dans l'emploi des fonds. Elle poussa l'audace jusqu'à dicter à Madame des billets à son ordre, dont elle fixait le montant, à chaque fois plus élevé! Madame, véritablement ensorcelée, croyait en signant faire preuve d'autorité, une autorité qu'elle tenait du Créateur même, et que des lois de l'Etat, par nature illégitimes, ne sauraient contrer.

M le Contrôleur des Finances lui fit des représentations orales, puis écrites, sans succès. Il fit finalement appel à la menace du Contrôleur général des Comptes, qui a obligation de signaler au Parlement en sa Cour de Justice tout fait délictueux dont il aurait connoissance. Madame se résolut enfin à demander avis à certains Conseillers d'Etat, qui l'ébranlèrent.

Elle accepta enfin de regarder les pièces jointes, dont le montant était par ailleurs bien dérisoire par rapport aux avances consenties. Les notes de restaurant ne lui semblèrent pas poser de problème, ainsi le restaurant "essayé" pour un déjeuner avec un gazetier, deux jours après celui-ci! Un ticket de caisse, et le ticket de carte bancaire du même montant et de la même heure, présentés pour un double remboursement, qu’y a-t-il de mal ? Des notes de fiacre, pour 50 livres la course dans Paris, en plus de la carte orangée, quels scrupules ! Mais, mon Dieu, le train luxueux de la favorite, en 1ère classe, cela ne pouvait se supporter plus longtemps, alors que le Prince, père de Madame, lui, voyageait en 3ème classe!!!

Voila ce qui causa sans doute la chute de la plus admirée des femmes, qualifiée de "génie", disgrâce mieux méritée mais tout aussi brutale que celle de M de Turgot. Priée de rendre la clé des appartements de travail, sans avoir le droit de venir y prendre ses affaires qui y étaient serrées, et qui lui furent portées par une femme de chambre, elle tenta de paraître avec son outrecuidance habituelle, mais ne put cacher son dépit. Elle doit assurer samedi la cérémonie de "Dieu Merci!", mais son rôle se limitera à la conduite de Madame, et devra ensuite rentrer en ses terres de Bourges, où son sort sera définitivement arrêté.

Le premier mouvement de Madame fut de l'enfermer dans un couvent pour le restant de ses jours. Sera-t-elle obligée de porter plainte auprès d'une Justice qui est celle des hommes et non celle de Dieu? Pour l'instant, elle garde un silence complet, ne voulant ajouter l'humiliation à l'inconséquence.

Le bal, où la Reine partit fort tard, même après Madame, était réussi. Toute la cour se réjouit de ce que l’assassinat, la veille, de M Pierre G., par les infidèles, n’eut pas troublé la fête, après la minute de silence que le protocole exigea.