dimanche 8 septembre 2013

La boule puante

Il faut que je vous raconte ce qui s'est passé à l'école.

Je suis convoqué, avec tous les parents, par le proviseur du collège de mes enfants : une sale histoire à traiter.

Le proviseur explique qu'il veut nous dire la vérité, pour couper court aux rumeurs de récré. Un incident grave a eu lieu : un garçon, le jeune Béchir, a jeté une boule puante dans le vestiaire des filles, après le cours d'EPS. Le surveillant, ici présent, peut en témoigner : il a entendu des cris perçants et n'écoutant que son devoir, s'est précipité dans le local, a constaté les faits, a fait évacuer et aérer, a rendu compte. L'enquête a conduit à soupçonner, puis à accuser les garçons, où une bande menée par le jeune Béchir veut faire la loi. Le Proviseur propose une punition.

- On veut une punition exemplaire! s'écrie une dame que l'on comprendra être déléguée syndicale en chef des profs, militante socialiste, et appui politique du proviseur.

-Tout doux, Madame! Surtout pas une punition! (Un monsieur, bien mis, cravate bleue marine). Encore moins une punition collective...

-Mais comment!!! On ne peut laisser impunie une telle faute qui se renouvellerait alors, et mettrait le désordre dans tout l'établissement.

- Le désordre est déjà là, dans ce collège où règne le laxisme, où le Proviseur est mou, ne fait rien, inscrit n'importe qui, et ensuite s'étonne des conséquences, et veut punir sans mesurer les conséquences. Nous nous opposerons à toute punition qui serait décidée par le Proviseur, et d'abord nous voudrions des PREUVES!

- Mais, Monsieur, les preuves sont formelles....

-Mais pas du tout! Qu'est-ce qui nous prouve que ce ne sont pas les filles qui ont elles-mêmes mis la boule puante pour accuser les garçons, et les faire punir. Non seulement vous êtes mou, mais en plus vous êtes niais! On veut des preuves irréfutables, reconnues comme telles par le conseil d'établissement, ou sinon nous en appellerons à l'Académie. 

- Oui c'est vrai ça, avance une vieille dame, venue pour son petit-fils, les parents étant au travail (Comment font les autres???). Pas de raison que mon petit-fils soit puni à cause de Béchir, il n'a rien à voir avec ça, il ne s'occupe pas des filles, lui...

- A propos de filles, qui a permis au surveillant de rentrer dans le vestiaire des filles? De quel droit? Ah, vous voulez désorganiser la Famille, avec le gender, et tout ça, mais je vous préviens, on lâchera rien, rien, jamais!
Pas de punitions! Des preuves! Ordre et discipline! M. le Proviseur, démissionnez, on ne peut attendre encore 4 ans pour mettre fin au laxisme général. 

Finalement, le Proviseur résume les débats et propose le plan d'action suivant :
- le service technique de la mairie fera une analyse chimique des gaz pour s'assurer de l'intention criminelle ou pas.
- le conseil d'Académie sera saisi du problème, mais comme on sait déjà que jamais il ne pourra décider, faute d'unanimité, le Proviseur gardera au chaud la gamme des punitions possibles, et recherchera avec le conseil d'établissement le moyen de sauver la face, en attente de nouveaux éléments. Il parlera aux élèves d'ici la fin de la semaine. Le conseil de discipline ne sera pas réuni.
- Le Proviseur est autorisé à faire un communiqué pour préciser que "l'usage de poules puantes est interdit dans l'établissement".

Je me sentais tout drôle à la sortie. D'autant plus que Béchir nous regardait en rigolant.

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