lundi 31 mars 2014

le marketing téléphonique est une calamité.

Mais comment s'en débarrasser? On a beau cliquer au fin fond des pages de l'opérateur (si on les trouve) pour être en liste Orange, et quant au site officiel de l'administration...

De toutes façons, une fois ou l'autre vous aurez oublié de cocher la case pour demander de ne pas être démarché. Il faut savoir que l'administration vend ses fichiers, notamment les cartes grises.

Sur Internet, il faut se désinscrire dès qu’apparaît du spam, quoique cela indique aux spammers que l'adresse est valide : ne se désinscrire que sur les listes faites en France.

Par téléphone, il n'y a pas de solution simple. Je vous indique plusieurs méthodes :

1 "Bonjour Monsieur, vous êtes bien Monsieur X?" -Non!
Parce que le but de la dame est de vous faire dire oui. Alors dites non à tout. Comme elle finit par vous prendre pour un fou, faites des ah ga... gaga...ga.

2"Bonjour Monsieur, on fait des travaux dans votre rue, et on vous propose des fenêtres, volets, etc" - oui, très bien, merci madame, je les vois par la fenêtre! "Vous êtes d'accord pour prendre un RV pour un devis?" Non, ne vous inquiétez pas, je vais les voir directement, puisqu'ils sont là! Merci!

2 bis : variante. Non, je n'ai pas de volets, et ne veux pas en mettre, parce que c'est interdit par la copropriété. Les fenêtres, je n'en ai pas non plus. ...Ben oui, comme ils ne voulaient pas que j'ai des volets, j'ai demandé si c'était obligatoire d'avoir des fenêtres. C'est pas obligatoire, donc je les ai fait enlever pour les embêter.

3 "Monsieur, aimez-vous la cuisine italienne?" C'est Lorenzo. Si vous dites oui, vous êtes fichu. Alors, je prends la méthode d'un de mes regrettés amis: Non, je n'aime pas la cuisine italienne. Ben oui, je suis esquimau, je ne mange que du phoque cru. C'est difficile de s'en procurer, alors j'ai ma filière et mon congélateur. Je ne digère que ça.

4 "Bonjour Monsieur, je voudrais parler à votre conjointe!". Elle est pas là! "Quand pourrais-je appeler pour lui parler?". Ah, je sais pas... Elle est partie hier, elle a pris toutes ses affaires, et quand je suis rentré tout était vide. A mon avis, elle est partie avec le facteur. Vous êtes la femme du facteur? C'est pour ça que vous la cherchez aussi? Allo?

5 "Bonjour Monsieur, est-ce que vous payez des impôts? Oui? Beaucoup? Ah la la! Mais il y a des solutions.  Voulez-vous prendre rendez-vous avec notre conseiller qui va vous expliquer comment payer moins d’impôts". Mais non, je ne veux pas payer moins d’impôts! Il faut bien payer les flics qui nous protègent, construire des routes et des hôpitaux, etc. 

5 bis variante. Et qui me prouve que c'est légal votre truc? Vous prenez votre comm et vous me laissez me débrouiller avec le fisc après, c'est ça? Au revoir Madame, bonjour chez vous.

5 ter variante . Oh oui, j'adorerais payer moins d’impôt! Mais pas la Belgique, hein, parce que il pleut tout le temps. La Suisse, il fait froid. Les Iles Caïman? Mais on doit s'y ennuyer à la fin... Acheter des immeubles pour payer moins d’impôts, mais avec quel argent? Ils m'ont tout pris, j'ai plus un rond! 


Soirée électorale à Pignac-Le-Reloux

Conformément aux dispositions du Code Électoral, qui stipule que le dépouillement du scrutin est public, je me suis présenté dimanche soir dans la mairie de Pignac-Le-Reloux, 1633 électeurs inscrits, 2 bureaux de vote, l'un dans la salle polyvalente, l'autre dans la salle des Mariages :


Dans mon bureau, les scrutateurs s'assoient le long de la longue table. La cérémonie est réglée par la garde-champêtre, à qui on ne la fait pas : elle dirigeait déjà les opérations en 81 pour l’élection de Mitterrand. Les employées municipales distribuent des tableaux Excel à remplir à la main, en se réjouissant d'avance des heures sup comptées double parce que c'est dimanche.

On regarde l'urne, le chef sort la clé. Un pépé à casquette annonce tout fier qu'il y a 505 votants, d'après le registre. On ouvre l'urne, le compteur indique 518 votants. "Ah, y'a Robert qui a encore joué avec la manette!". Oui, mais c'est le nombre de bulletins qui fait foi, déclare le chef. Comptons!

Attention, faites-en pas tomber par terre! crie la garde-champêtre quand on vide l'urne sur la table. On compte : les 2 types du bout comptent des paquets de 10, les passent à leurs voisins, qui les recomptent, et ainsi de suite jusqu'au bout de la table : chaque paquet de 10 a donc été compté 8 fois, après quoi on lui met un élastique autour. Ensuite, on fait des paquets de 100 (on recompte les paquets) et on les met dans une enveloppe kraft, qu'on scelle au scotch et qu'on fait émarger par les 16 scrutateurs. Total 510.



Bon ça sera 510.
Alors dépouillons!. Changement de format : les 16 se font 2 tables de 8, plus un chef en bout de table. On décachette une enveloppe de 100, on vérifie, et on ouvre chaque bulletin, devant tout le monde, pour en faire 2 tas : le tas des "valides" et le tas des "litiges". Dans le tas des valides, on met d'un côté les bulletins, de l'autre les enveloppes. Il y a du reste une boite marquée ENVELOPPES VIDES. Au premier "litige", Pépé met l'enveloppe dans cette boite. "Ah non, Marcel, les enveloppes des litiges sont avec les litiges" -"Ben, Raymond, y'a marqué "Enveloppes vidées", et je l'ai vidée...- Non pas VIDEES, VIDES- Ah bon? Si j'aurais su...

Bon, c'est pas tout ça, trions les bulletins valides. Le chef lit le nom du bulletin, et les 8 scrutateurs font un bâton dans le tableau Excel manuel, comme ça : lllllll, pas comme ça : l_l. A chaque dizaine, on change de colonne. Puis on recompte 4 fois chaque pile de bulletin, puis les enveloppes, en mouillant le doigt dans l'éponge idoine.

Liste "Avenir et Progrès" : 44 voix! Liste "Dynamisme Pour Pignac" : 32 voix! Liste "Pignac-le-Reloux en avant!" : 17 voix. Litiges : 7. Maintenant on compte les enveloppes : 92. M'enfin, Marcel, tu t'es encore gouré! - J'vas remettre une enveloppe vide des litiges dans l'autre tas! Voila, c'est bon maintenant!

Magouille! hurle le représentant officiel de la liste "En avant". Bon recomptons. Recomptons : 94! Ben, si je remets l'enveloppe vide que j'avais prise, ça fait 93, et on tombe juste. Bon, c'est bon, signez le PV....

On fait comme ça pour les 5 enveloppes de 100 et le paquet de 10. Puis on regarde les litiges, un par un.

Ce qui est amusant, c'est que pour chaque litige, il faut indiquer le "code litige" fourni par la Préfecture, dans un grand formulaire vert qui, même plié en 2, ne tient pas sur la table. 

Sont nuls :
- les bulletins raturés, panachés (Commune de plus de 1000 votants, merci Manu!), déchirés en petits morceaux, etc
-mais aussi les enveloppes comprenant 2 bulletins différents. Sont réincorporés comme valides, les votes avec 2 fois le même bulletin, parce que "des fois, y'en a qui s'collent"
-les bulletins qui permettent d'identifier l'électeur, comme çui-là qui a agrafé sa carte d'électeur avec! J'vas lui rendre, dit un scrutateur, j'habite à côté, mais son vote, il est nul! (fine allusion qui m'a échappé...)
-et puis enfin, last and least, le bulletin barbouillé d'injures dans tous les sens, que tous les scrutateurs lisent, l'un après l'autre, en hochant la tête. Nul...

Tout le "matériel", bulletins, enveloppes, litiges, est stocké dans de grandes enveloppes "pour la Préfecture", le tout remis dans l'urne. Avec le PV définitif porté comme le Saint-Sacrement, on se dirige vers la salle polyvalente pour le cumul municipal et la proclamation des résultats.

Là, on attend, on attend. Enfin la garde-champêtre, dont c'est la tâche, vient écrire les résultats sur le tableau blanc. Bureau 1 : je reconnais les chiffres qu'on vient de voir. Puis, elle se fait tirer par la manche, revient 5 minutes après avec un nouveau papier, et écrit par dessous 3 séries de chiffres, et fait l'addition par liste. Ah, c'est Roger qu'a gagné! s'exclame la foule. Puis un silence : à vue de nez, ça fait près de 1500 votants!!! Voleurs! Magouille! La garde-champêtre : C'est pas moi qui fais les chiffres!

C'était simple : on lui avait donné les résultats de l'ensemble, qu'elle avait ajoutés au tableau avec ceux du bureau 1! Bon, on respire, Roger a toujours gagné, il a 15 sièges au Conseil Municipal sur 19, et 5 sur 5 à la Communauté de Communes.

Bon, on va pouvoir aller regarder à la TV laquelle de ces dames a gagné Paris.














samedi 15 mars 2014

La machine à café - analyse systémique

Si vous ne connaissez pas l'analyse systémique, c'est sans doute parce que vous n'avez pas été confronté à des situations complexes.

En voici un exemple. Une grande société, aujourd'hui disparue, gérait un réseau d'une centaine de magasins, et le système de gestion de caisse était archaïque. Il fallait en particulier intégrer le paiement par cartes bancaires, mais le responsable décida de refaire complètement le processus.

Quelques années de développement plus tard, l'expérience pilote fonctionna bien, et l'application fut généralisée. Aussitôt les remontées sont désastreuses : impossible une fois sur deux de faire la caisse le soir comme prévu, et donc impossibilité de fermer le magasin bloqué, avant l'intervention de la maintenance.

C'est que le petit génie, qui avait eu entre temps sa promotion, avait mis en dur dans le code que la monnaie devait être exacte, à la pièce près : tant de pièces de 1€, de 50, 20, 10, 5, 2 et un centimes, parce qu'à chaque fois qu'on rend la monnaie, il faut indiquer de quelle façon l'appoint est fait!. Si vous aviez une caisse juste, mais avec 2 pièces de 5 centimes au lieu de 1 de 10, il était impossible de clôturer, sauf à faire une fausse déclaration de caisse, ce qui est susceptible du licenciement immédiat pour faute grave.

Au bout d'un moment, ça s'est tassé, et l'agitation a été mise sur le compte de la résistance au changement, rien que de plus normal, mais maintenant, les caisses sont bien gérées "au centime près". Le beau succès.

Un jour, un chef va dans un de ces magasins, à titre privé, et observe le fonctionnement. Surprise : il y a une machine à café pour les clients : quelle belle initiative locale! Comme il était tard, un peu avant la fermeture, il voit les vendeurs s'y préparer, et compter la caisse. Ils prennent ensuite la clé de la machine à café, emportent la sébile, et se mettent à tripoter la mitraille.

Ils avaient trouvé la solution au problème : la machine à café servait à compenser les petites erreurs de caisse, ou plus exactement de monnaie. L'entropie du système complet augmentait bien, comme on pouvait s'y attendre, mais pas celle de la "caisse officielle informatique". 

Dans un système rigide, la caisse noire est toujours nécessaire. Régulièrement, on les interdit, et comme le système se rebloque, on en invente toujours de nouvelles, toujours plus subtiles. Il parait qu'il y a des gens qui n'ont pas encore compris ça, malgré leurs diplômes.