mardi 9 juin 2015

La glissade de Gimli

Mon petit cours d'aéronautique me permet de profiter pleinement des joies de "danger dans le ciel" sur Youtube. http://fr.wikipedia.org/wiki/Planeur_de_Gimli

Une histoire amusante est celle du vol Air Canada 143, le 23 juillet 1983. Brusquement, l'avion qui faisait le trajet Ottawa-Edmongton se retrouve en panne sèche, alors qu'il était en altitude de croisière à 12 000 mètres.

Le meilleur est pour la fin : il n'y a pas eu de morts, mais ça a été très juste.

Le début n'est pas mal non plus. Pourquoi est-il tombé en panne sèche? Parce que le mécano en faisant le plein s'est trompé entre les livres et les kilos pour mettre la quantité de kérosène nécessaire. Le Canada était en train de passer au système métrique et visiblement tout le monde n'avait pas compris : les pilotes avaient demandé  tant de tonnes, le mécano devait calculer un volume, et le résultat est que l'avion, un B767, est parti avec la moitié du carburant nécessaire.

Mais pourquoi les pilotes n'ont pas vu leur réservoir vide??? Tout simplement parce que la jauge de carburant était en panne! Ça n'empêche pas un avion de voler, une jauge de carburant en panne.

Bref, pendant que les pilotes regardaient tranquillou le paysage, les 2 moteurs se sont arrêtés. Le gros avion est devenu un simple planeur... Les pilotes calculent leur "finesse", c'est à dire leur pente de descente. Leur première idée était d'aller se poser à Winnipeg, mais il devient vite clair qu'ils n'y arriveront pas. Le copilote se souvient d’avoir fait son service militaire sur une base aérienne, à Gimli, plus proche. On y va. Il faut imaginer la cabine toute calme, sans bruit, sinon le léger sifflement de l'air...

Léger détail : la base est désaffectée, et sert maintenant de piste d'entrainement pour des voitures de course. C'est un samedi : tout le monde barbeuque sur les pelouses en regardant passer des voitures.

Mais les pilotes arrivent trop haut, et comme l'énergie se conserve, s'ils descendent, il vont arriver trop vite, et s'ils font un tour pour descendre, ils seront trop court.

Alors le pilote fait avec son Boeing ce qu'il a appris sur son planeur : une glissade. Il faut perdre de l'altitude sans prendre de vitesse : pour cela, on met l'avion de travers avec un bon roulis de 30 à 60 degrés, comme si on voulait tourner, et on compense le lacet en agissant sur la gouverne de direction dans le sens opposé. Je ne sais pas si vous imaginez ça : l'avion marche en crabe, la portance diminue (l'avion "tombe"), la traînée augmente (l'avion "ralentit", ou plus exactement n'accélère pas). A 30 mètres du sol, vous vous remettez à l'horizontale pour atterrir.

Ce jour là, la roulette avant ne s'était pas correctement calée, si bien que l'avion a dévalé la piste sur ses 3 points d'appui : les 2 trains principaux et le bout de son nez. Les spectateurs se précipitent avec leurs extincteurs pour noyer le feu naissant, et récupérer les passagers, certains blessés par leur chute dans les toboggans, la queue de l'avion étant bien plus haute que dans les specs..

Cette glissade n'est pas prévue dans le manuel de vol, ni autorisée par le constructeur ou la compagnie. Mais elle a sauvé tous les passagers et le crew. Un exploit légendaire! Jamais testé avant, même en simulateur, et pas encore retenté.






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