dimanche 8 novembre 2015

L'Hôpital de demain

Il faut être malade pour aller à l'hôpital. Je veux dire malade au sens psychiatrique, car si vous êtes simplement malade, on vous y conduit. Mais si vous y allez volontairement, faites vous soigner d'abord.

Il faut d'abord un rendez-vous. Les numéros indiqués sur les nombreux sites de l'APHP ne répondent pas, ou sont toujours occupés. Pas la peine de faire un mail : gérer une messagerie ne fait pas partie des fiches de poste du personnel.

Finalement on vous rappelle : pourquoi voulez-vous venir? Il est clair qu'il y a 2 cas de figures possibles : soit vous êtes un "cas" qui intéresse un professeur pour ses recherches, soit vous correspondez  à un objectif pédagogique pour la formation pratique des étudiants.

Admettons que vous obtenez enfin un RV : c'est pour dans 3 mois, genre 13 juillet à 9h du matin.

Vous êtes prévenu de vous présenter 1/2 avant. il est plus prudent de prendre un large pied de pilote, plutôt 3/4 d'heure. Une machine vous donne un numéro, selon votre cas : urgence, 1ère visite, service 1, service 2, etc. Vous attendez que votre code s'affiche, mais l'ordre est bizarre, et ne correspond à aucune logique apparente.

Il vous faut :

  • une pièce d'identité (Art L 162-21 du code de la Sécurité Sociale)
  • un justificatif de domicile récent,
  • la carte vitale ou l'attestation du centre de sécurité sociale à jour
  • la carte de mutuelle ou attestation de CMU ou d'AME
  • un moyen de paiement
"La carte de mutuelle, on la prend pas!" me dit la dame en me la renvoyant à la figure. Je comprends pourquoi ensuite : une affiche annonce qu'il y a un nouveau système d'informatique, et que la transmission vers les mutuelles X, Y et Z ne fonctionne pas.

On vous donne un dossier, dont une feuille imprimée de codes barre sur du papier à étiquette auto-collantes, dont on en utilisera 2, en jetant le reste. Mais les numéros de dossier sont imprimés juste à la frontière de 2 étiquettes... Pas de chance.

On vous envoie dans un grand couloir en vous disant "salle grenat". Il n'y a aucun panneau indiquant "salle grenat", il y a des panneaux indiquant : "salles 1 à 9", "salles 10 à 19". Là vous attendez de nouveau, mais on s'aperçoit vite que c'est l'étudiant qui vous cherche partout. Ils ont l'habitude, ils sont gentils, ils vous installent, et on attend.

On attend le prof. Le prof doit voir avant pour valider le plan de soin, après pour valider le travail. Le boulot de l'étudiant est de réussir à faire venir le prof dans son box, et ça peut prendre 1 heure. Il nous tient au courant : encore 3 devant nous, il va bientôt venir... De fait, pour un travail effectif d'environ 20 minutes, vous y passez 2h30. C'est comme ça. Si vous ne voulez pas venir, personne ne vous y force.

Parfois, c'est pire, par exemple quand la machine est en panne : faire la queue, c'est être condamné à rester debout pendant la demi-heure d'attente. Quand, arrivé enfin à son tour, on signale que la station debout prolongée est pénible, la dame vous répond que c'est encore plus pénalisant pour elle.



Mais le mieux est que ces gros malins ont trouvé le moyen de scotcher devant l'ascenseur "patientèle" le dernier trac syndical

On y apprend donc que le bel accord signé par M Hirsch, ex président d'Emmaüs et ex-commissaire du gouvernement de M Sarkozy et actuellement DG de l'APHP, réduit les RTT de 18 à 15 jours, en les payant en heures supp, uniquement pour les volontaires, et confirme le repas de 1/2 heure pendant le temps de travail, y compris pour le personnel administratif. On est bien content pour eux.

Finalement, on peut observer 2 logiques d'organisation :
  • d'une part, on optimise le temps de profs, ce qui n'est pas illégitime en soi. Les étudiants et leurs patients attendent.
  • d'autre part, et c'est le plus important, on optimise le travail des administratifs en organisant une queue permanente aux admissions, qu'ils ont le culot d'appeler "accueil", de façon à ce que jamais il n'y ait le risque qu'une position de travail soit inactive. Mêmes les profs se plaignent du temps qu'ils leur font perdre quand un patient est en retard, parce qu'il est dans la queue des admissions. Ces dames n'ont donc jamais le temps de ranger leur bureau, d'enlever les affiches H1N1 recouvertes à moitié par l'affiche Ebola, de régler les imprimantes, encore moins le temps de souffler pour être aimables avec le "patient" suivant.
Crozier disait que ce qui caractérise les bureaucraties, c'est leur incapacité à se réformer par elles-mêmes. Le système de l'APHP est globalement inefficace, mais il n'est pas réformable. 





 

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