mardi 30 juin 2015

Mort d'un pourri

Ce n'est pas bien de dire du mal de quelqu'un qui vient de mourir. C'est pour cela que toute la classe politique, sans doute, s'est cru obligée de pleurer à chaudes larmes sur la disparition de l'ancien directeur général de Pernod.

Surtout à droite. Notamment, un certain Nicolas Sarkozy, qui avait profité du fait qu'il était hospitalisé, pour lui piquer la place de maire de Neuilly. La crainte que cet ami de Patrick Buisson n'ait laissé des "Mémoires" (qui devraient être passionnants), sans doute.

Mais c'était un taiseux, lui qui savait tout sur tout. Co-fondateur du SAC d'illustre mémoire, intégré dans la mafia corse, spécialiste de réseaux obscurs, en Afrique et au Moyen-Orient, il fut aussi un ministre de l'Intérieur qui faisait des vrais-faux passeports, qui déclarait partager des valeurs avec le Front National, qui lâchait ses flics comme des chiens, couvrant par avance toutes les bavures, comme celle de Malik Oussekine.

Il a été le "patron", au sens parrain du terme, du 92, les Hauts de Seine, ses trafics, ses Balkany, ses Ceccaldi-Reynaud, ses Sarkozy, et bien d'autres à la clientèle bien nourrie. Et n'oublions pas "la fac Pasqua", ses costumes rayés et ses chaussures bicolores.

Pour moi, c'est un contre-exemple absolu de ce que devrait être la politique. mais il parait qu'il était bon père bon époux. Alors enterrons-le vite : il faut qu'il commence vite son début d'éternité pour se faire pardonner.


jeudi 25 juin 2015

Comment faire une bombe atomique?

Je vous avais promis un blog sur ce sujet, mais malheureusement, je n'apprendrais rien à la NSA ni à la DCN.

Il faut que je cite mes sources : ça m'a coûté 1€. Une bibliothèque municipale (de chez Les Républicains) a mis en vente ses vieux livres, jamais consultés, considérés comme dépassés, ou trop usés. Belle aubaine, dont les habitants profitent tous les ans.

Dans un tas, rubrique "Sciences", je tombe sur un livre rouge de "Thermodynamique", imprimé en 1957, signé par un grand physicien français, et mieux connu pour avoir engendré un futur premier ministre de la France.

Bref, ce brave homme publie sa Thermodynamique, passant de l'équation d'état au principe de Carnot, puis s'aventurant vers la capillarité, l’hyper-fluidité de l'hélium, les machines à vapeur ou  à explosion, les turbines et les réfrigérateurs.

De là, il est facile de poursuivre sur les explosifs... et l'énergie nucléaire!

Je vous passe la suite : l'étude thermodynamique du rayonnement (le corps noir, l'équation de Planck!), la théorie cinétique (le viriel de Clausius!, la distribution des vitesses de Maxwell!, l'équation de Boltzmann!, ), puis la théorie statistique : Fermi-Dirac contre Bose-Einstein!

Autant vous dire que je n'ai pas perdu mon €...

Mais revenons à notre énergie nucléaire. Le monsieur explique les principes : l'uranium 235, fissile avec dégagement de neutrons, l'uranium 238 attaqué par un neutron nous donne un plutonium 239, etc, toutes choses que l'on trouve facilement sur Wikipedia.

Là où le propos devient intéressant, c'est qu'il nous parle de neutrons lents et de modérateurs, de réflecteurs, de béryllium. De sections de choc et de libre parcours, de constante de temps, toutes notions totalement évacuées de l'enseignement : car en 1958, le Grand Charles est revenu, et a voulu faire la bombe. Du coup, tout a été censuré. Ils ont juste oublié de brûler ce livre dans une bibliothèque municipale.

Bon, ça ne permet pas vraiment de fabriquer une bombe! Même avec les formules que je ne vous mets pas, parce que vous n'avez pas à en connaître!


mercredi 24 juin 2015

Allo? Allo? J'écoute...

La belle affaire, ces écoutes de la NSA connues par Wikileaks!

Comme si on ne le savait pas! Comme si on pouvait avoir confiance dans les US!

Ils se renseignent, et nous aussi. Ils vont à la source, et j'aimerais bien qu'on puisse en faire autant. Le motif officiel de tout cela est la lutte contre le terrorisme, le motif caché est de TOUT savoir sur TOUT le monde, et l'espionnage industriel est une retombée intéressante dont ils auraient tort de se priver. En bon gestionnaire, ça leur permet de rentrer dans leur frais.

Bien sûr, on n'a que des échantillons du résultat de ces écoutes, mais c'est instructif.

Chirac donne ses instructions à Douste-Blazy. Même les américains se sont aperçus qu'il était bête comme ses pieds, au point de décorer quelqu'un de l'Ordre des Chiffres et des Lettres quand il était à la Culture, au point de croire que la Martinique est de son ressort comme ministre des Affaires Etrangères. Donc Chirac lui explique mot à mot ce qu'il doit dire, ne pas dire, faire et ne pas faire. Chirac aurait gagné du temps en ne le nommant pas aux Affaires qui lui seront toujours étrangères.

Pour Sarkozy, le cas est différent. Vous vous souvenez que comme candidat en 2007, puis comme président, il utilisait un Blackberry non protégé, et s'en vantait. Certes, les US écoutaient aussi les lignes protégées, mais quand même... Il a bien mérité son irresponsabilité! Les comptes-rendus publiés par Médiapart nous montre un Sarkozy picrocholin, prêt à sauver la paix au Moyen-Orient (l'objectif est louable, mais les moyens font défaut), ou allant voir Obama, persuadé qu'il a sauvé le monde de la crise et faisant le petit télégraphiste pour Pernod-Ricard. Les américains ont dû bien rigoler, surtout après que ce Monsieur Sarkozy s'est aligné sur la politique US, en réintégrant l'OTAN, et reprenant à Tony Blair le rôle de "best pet".

Je fais une suggestion : peut-on demander aux américains s'ils ont entendu parler des relations entre Sarkozy et Kadhafi?

Pour l'écoute de Hollande, ce qu'on en publie est de nature à fâcher Angela : Hollande voyait en douce les opposants SPD d'Angela. Dommage, le SPD a perdu les élections.

Tout cela, c'est de la Raison d'Etat, et les US dominent le monde. On le savait, on en a la preuve.

Le plus grave est pour Sarkozy : non seulement il apparaît ridicule, mais on va sûrement en savoir davantage. Il peut craindre le pire.


mardi 23 juin 2015

Suggestions pour la laïcité


C'est fou comme les médias, et donc avec eux un troupeau bêlant, n'arrivent pas pas à avoir une conception claire de la laïcité. La loi de 1905 introduit la séparation de l'Eglise et de l'Etat, garantit la liberté de religion, sans en privilégier ni en interdire aucune. On peut même ne pas en avoir.

De là, deux excès également condamnables : les laïcards forcenés, et les tratras du Sens Commun.

Les premiers vont jusqu'à la stupidité de vouloir interdire une exposition sur les manuscrits mésopotamiens, les seconds veulent un retour à une théocratie de la calotte.

Les premiers seraient prêts à débaptiser des stations de métro : Voila leur liste :
  • Abbesses : Femen
  • Basilique de St-Denis : Légion d'Honneur (quoique...)
  • Bonne Nouvelle : Capital
  • Cour Saint-Emilion : Cour des vins
  • Eglise d'Auteuil : Auteuil-Rémusat 
  • Eglise de Pantin : Pantin
  • Filles du Calvaire : Cirque d'Hiver
  • La Chapelle : Chapeau
  • Madeleine : Marcel Proust
  • Michel-Ange-Auteuil : Michel Auteuil
  • Michel-Ange-Molitor : Piscine Molitor.
  • Notre-Dame de Lorette : les Lorettes
  • Notre-Dame des Champs : Les Champs Rive Gauche
  • Père Lachaise : Lachaise
  • Rome : Athènes
  • Temple : Maison de la Culture
Et bien sûr suppressions de tous les saints : Lazare, Mandé, et surtout Fargeaux.



 

samedi 20 juin 2015

Mon corrigé du bac philo ES 2015

Ceci n'engage pas les correcteurs, bien entendu!

  • La conscience de l'individu n'est-elle que le reflet de la société à laquelle il appartient?
La réponse est facile : pour moi : non, mais vous, hypocrite lecteur : oui!
Car ma conscience s'éveille face aux énormités que je reçois de la société à laquelle j'appartiens. Je résiste, sans pour autant être sûr de ne pas être contaminé. Le marketing que je subis, le matraquage pro-FN de BFM-TV, les mails qui débordent de ma boite mail comme autant d'appels à la guerre sainte contre les musulmans, tout cela me révolte, mais qui peut dire qu'il en sort indemne?

Je suis né dans une bonne famille, j'ai reçu une bonne éducation, j'ai fait des études, j'ai beaucoup travaillé, je lis, et pourtant je suis vu comme "un bobo soixante-huitard responsable de la merde dans laquelle est la France". Voir ici.

Donc la société s'attend à ce que je sois conforme à son reflet :  antisémite avec les antisémites (en fait, on dit antisioniste pour ne pas tomber sous le coup de la Loi), croisé pour les croisades, riche avec ceux de l'UMP, tradi avec les cathos, de droite "naturellement", pour la banque contre Kerviel, fana mili pour la gloire de nos armes, respectueux de la Police Parisienne "parce qu'on est parfois bien content de les avoir", adepte des apéros "saucisson-vin rouge", bref tout ce qui constitue la bien-pensance actuelle de la société à laquelle j'appartiens. 

Il est difficile de lutter, car on s'exclut de cette même société. On peut se taire, mais ce n'est pas une solution : on vit dans une permanente frustration. Mais si l'on exprime simplement son opinion, on passe pour un dégénéré, un traître à sa classe, et on est voué à se faire un jour "botter le cul par son Créateur".

L'Homme libre est toujours seul au milieu de la société. Le poète l'a dit : 
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.

Mais quand on constate, effaré, le succès qu'obtient le populisme le plus crapoteux, on est en droit de se demander si la conscience des individus n'est pas généralement contaminée par la société. Je ne les aime pas, parce que les autres ne l'aiment pas, voila la formule qui définit le bouc émissaire, dont semble-t-il, nous avons besoin pour vivre. Et bien non.

Je ne sais pas si c'est la réponse à la question, mais débrouillez-vous avec ça.
  • L'artiste donne-t-il quelque chose à comprendre?
Voila plus difficile! L'artiste pose son oeuvre, et il vous appartient de vous l'approprier, si vous pouvez. Il l'a construite dans son particulier, dans son intimité, avec ses moyens, vous ne savez pas forcément où, quand et surtout pourquoi. Vous ne connaissez pas forcément son environnement culturel ni la destination qu'il voulait lui donner.

A vous de l'interpréter, là, maintenant, dans votre propre espace culturel. C'est bien difficile, sauf à être spécialiste de comprendre les arts premiers, l'art hindou, chinois, japonais. C'est beau, mais on a aucune certitude quant à la compréhension de l'oeuvre.

D'un autre point de vue, il faut reconnaître à l'artiste, le vrai, la capacité à décoder des signaux faibles provenant de la société, et à exprimer une vérité qui commence à émerger sans être discernable.

Par exemple, le célèbre tableau de Bruegel "la chute d'Icare"  nous montre la Renaissance. Icare qui voulait monter au ciel tombe dans l'eau, tandis que les hommes partent en caravelle au couchant découvrir des mondes nouveaux. 

Je doute que les contemporains aient perçu ce message, de même nous ne sommes peut-être pas capables de décoder l'art contemporain, et peut-être n'y a-t-il rien à comprendre. Le marché est encombré d’œuvres purement spéculatives lancées comme des marques de yaourt avec la complicité d’institutions qui se disent nationales.

  • Commenter ce texte de Spinoza : 
« Dans un Etat démocratique, des ordres absurdes ne sont guère à craindre, car il est presque impossible que la majorité d’une grande assemblée se mette d’accord sur une seule et même absurdité. Cela est peu à craindre, également, à raison du fondement et de la fin de la démocratie, qui n’est autre que de soustraire les hommes à la domination absurde de l’appétit et à les maintenir, autant qu’il est possible, dans les limites de la raison, pour qu’ils vivent dans la concorde et dans la paix. Oté ce fondement, tout l’édifice s’écroule aisément. Au seul souverain, donc, il appartient d’y pourvoir ; aux sujets, il appartient d’exécuter ses commandements et de ne reconnaître comme droit que ce que le souverain déclare être le droit. Peut-être pensera-t-on que, par ce principe, nous faisons des sujets des esclaves ; on pense en effet que l’esclave est celui qui agit par commandement et l’homme libre celui qui agit selon son caprice. Cela cependant n’est pas absolument vrai ; car en réalité, celui qui est captif de son plaisir, incapable de voir et de faire ce qui lui est utile, est le plus grand des esclaves, et seul est libre celui qui vit, de toute son âme, sous la seule conduite de la raison. »
Baruch Spinoza, Traité théologico-politique (1670). 


Le pinailleur Spinoza s'est bien mis le doigt dans l'oeil avec ses considérations sur la démocratie, dont il n'avait d'exemples que dans l'antiquité grecque et romaine. Mais depuis 240 ans qu'elle existe -en théorie-, aux Amériques, et à peine depuis 150 ans en Europe, on voit bien que les fondements de sa théorie ne résistent pas aux faits.

Dans un Etat démocratique, des ordres absurdes sont à craindre, et on en a de multiples exemples. D'abord parce que les ordres sont donnés par l'exécutif, d'autre part parce qu'il fait bien ce qu'il veut avec une majorité de godillots tenus par des relations d'intérêts.

Le fondement et la fin de la démocratie ne sont plus, comme on pouvait encore l'espérer au XVIIème siècle, de soustraire les hommes à la domination absurde de l'appétit,ils sont au contraire au service de ces appétits, qu'on l'appelle libéralisation ou loi du marché, Ce qui est bon pour le business est bon pour l'Amérique, et les multinationales, qui ont des chiffres d'affaires supérieurs aux PIB de nombreux états, sont les réels détenteurs du pouvoir. Dès qu'une régulation se met en place dans un Etat, ils déplacent leur activité dans un Etat moins regardant, un exemple en étant les paradis fiscaux. 

Oui, seul est libre celui qui vit de toute son âme, sous la seule conduite de la raison. On peut toujours rêver, je ne connais pas de cas d'homme libre dans le sens que lui donne Spinoza.

Le fait du Prince, surtout s'il est hongrois, la raison d'Etat, les intérêts du capital, seront toujours supérieurs aux moyens de la démocratie qui est de fait instrumentalisée. Et toc!

Bon, 9 sujets de philo en 3 jours, je suis épuisé.....

jeudi 18 juin 2015

Mon corrigé du bac philo S 2015

Comme chaque année, je vous soumets mes réponses au bac philo, mais bien sûr elles n'engagent pas les correcteurs assermentés.

Bac S :



  • Une oeuvre d'art a-t-elle toujours un sens?
Evitez d'abord de prendre la question au premier degré : il y a bien des tableaux, de Picasso, de Soulages, ou simplement "Bleu" de Klein, dont on ne sait a priori où est le haut ou le bas, et vous pourriez l'accrocher de travers. Seule l'intention de l'artiste peut vous aider.

Une oeuvre d'art a toujours un sens, car si elle n'en avait pas, ce ne serait pas une oeuvre d'art, à l'exception près des oeuvres qui revendiquent le "non-sens", mais cette revendication lui donne quand même un sens. Le "ceci n'est pas une pipe" de Magritte en est une illustration, sans parler de la "Fontaine" de Marcel Duchamp.

Au delà de cette tautologie, on devra admettre qu'une oeuvre d'art a un sens, en ce qu'elle nous communique une émotion. Si elle ne le fait pas, ce n'est pas une oeuvre d'art, ou plus probablement on ne l'a pas comprise. La réaction peut être brutale "c'est pas beau", " mon gamin de 3 ans en aurait fait autant avec ses feutres", et autres réactions de petits bourgeois tentant de passer pour intelligents.

Le problème ne se posait pas dans les mêmes termes pour la peinture ancienne ou classique : le sujet était religieux, mythologique, historique, il avait un sens évidemment didactique, apologétique ou glorieux. Il honorait le souverain, il décorait les églises ou les châteaux.

Mais déjà, on peut découvrir un sens caché, qui ne se décèle pas à première vue. Le portrait de l'Inquisiteur par le Gréco, le portrait du pape Innocent X par Velázquez, le portrait de la famille royale des Bourbons d'Espagne par Goya, sont des charges redoutables dont les sujets n'eurent pas conscience. Pour eux, ils étaient "ressemblants" ; pour nous, ils montrent sa cruauté, sa rouerie, leur dégénérescence.

On en a un autre exemple dans un tableau qui avait beaucoup plu à notre VGE : le "verrou" de Fragonard nous montre une petite scène ancillaire, mais elle est, pour qui sait la regarder, très, très, libertine. "Il n'y a rien à voir", plaisantait Daniel Arasse. 

Mais lorsqu'on a quitté le classicisme ou le réalisme, vers la fin du XIXème, alors l'oeuvre d'art est devenue plus compliquée à comprendre. Des carrés de couleurs, des poèmes désarticulées par l'Oulipo, de la musique non harmonique, ont heurté les contemporains qui ne les comprenaient pas, et sont maintenant considérés comme des chefs d'oeuvre.

Il faut donc apprendre à voir, à sentir. C'est particulièrement vrai pour l'art contemporain. Le temps n'a pas fait son tri, et devant une oeuvre déconcertante, on ne sait par où l'aborder, ni discerner si on est en face d'une supercherie, comme en fabrique Jeff Koons et que M Pinault achète, ni trouver la clé de la compréhension d'une oeuvre déroutante. 

Il faut alors l’apprivoiser, tourner autour, analyser ses émotions, regarder la forme, la structure, la texture, la couleur et les teintes. regarder de près, et de loin, la quitter puis y revenir, pour finalement conclure : c'est une oeuvre d'art, ou c'est une croûte. Vous pouvez aimer ou pas, c'est un autre débat.

La réponse est donc oui : l'oeuvre d'art a toujours un sens, même si on ne le voit pas.


  • La politique échappe-t-elle à une exigence de vérité?
Quel beau sujet, bien d'actualités! La réponse est "oui, la politique peut échapper à l'exigence de vérité", la vérité étant de plus une notion difficile à définir.

Elle ne devrait pas, dans un monde idéal, échapper à cette exigence. Mais l'expérience nous montre que la politique est d'abord le fait des hommes et femmes politiques qui y font carrière, et qui savent que la vérité ne les fera pas élire. Certains, que je ne nommerai pas ici, ont même fait du mensonge la base de leur action. Et cela ne se réduit pas à des critères partisans, c'est une constante de notre vie politique, et il est souvent rappelé l'adage (fructueux) de Jacques Chirac, selon lequel les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent.

Mais les problèmes demeurent, comme la dette qu'on a poussée en avant depuis 30 ans. Mais qui se ferait élire sur un programme alarmiste appelant à de nouveaux impôts, la refonte des "acquis sociaux", le partage plus égalitaire des richesses produites? Personne, et bien fol qui s'y fierait!

Aussi, considérant la situation, le citoyen se doit de réagir. Il vaut mieux un président qui nous dit que son ennemi, c'est la finance, et qui ensuite fait une politique sociale-démocrate douce au patronat en augmentant les impôts et en libéralisant l'économie, qu'un président qui avait promis la relance générale en baissant les impôts des plus riches, et qui nous a laissés avec 800 milliards de dette de plus.

Contre la démagogie triomphante, la révolte est nécessaire. Il faut boycotter tous les profiteurs du système dont les lobbies sont trop puissants pour que les politiques n'osent s'y attaquer, Le choix ne manque pas : Air France (tant que le contrat de travail des pilotes n'aura pas été revu, de gré ou de force), les taxis notamment parisiens, les notaires, les banquiers... Certes l'appel au boycott est illégal, donc il ne faut pas le dire, il faut le faire. 

Il faut siffler tous les "hors-jeux", toutes les décisions qui vont à l'encontre du bien commun sous la pression des puissants. Avec les nouveaux outils de communication, c'est beaucoup plus facile. Alors,  un jour, peut-être, les politiques comprendront qu'ils ont plus intérêt à dire la vérité qu'à nous bercer de belles paroles. Rêvons...


  • Commenter ce texte de Cicéron :
« Comment peut-on prévoir un événement dépourvu de toute cause ou de tout indice qui explique qu’il se produira ? Les éclipses du soleil et de la lune sont annoncées avec beaucoup d’années d’anticipation par ceux qui étudient à l’aide de calculs les mouvements des astres. De fait, ils annoncent ce que la loi naturelle réalisera. Du mouvement invariable de la lune, ils déduisent à quel moment la lune, à l’opposé du soleil, entre dans l’ombre de la terre, qui est un cône de ténèbres, de telle sorte qu’elle s’obscurcit nécessairement. Ils savent aussi quand la même lune en passant sous le soleil et en s’intercalant entre lui et la terre, cache la lumière du soleil à nos yeux, et dans quel signe chaque planète se trouvera à tout moment, quels seront le lever ou le coucher journaliers des différentes constellations. Tu vois quels sont les raisonnements effectués par ceux qui prédisent ces événements.
Ceux qui prédisent la découverte d’un trésor ou l’arrivée d’un héritage, sur quel indice se fondent-ils ? Ou bien, dans quelle loi naturelle se trouve-t-il que cela arrivera ? Et si ces faits et ceux du même genre sont soumis à pareille nécessité, quel est l’événement dont il faudra admettre qu’il arrive par accident ou par pur hasard ? En effet, rien n’est à ce point contraire à la régularité rationnelle que le hasard, au point que même un dieu ne possède pas à mes yeux le privilège de savoir ce qui se produira par hasard ou par accident. Car s’il le sait, l’événement arrivera certainement ; mais s’il se produit certainement, il n’y a plus de hasard ; or le hasard existe : par conséquent, il n’y a pas de prévision d’événements fortuits. »

Un texte intéressant qu'on ne s'attend pas à trouver chez Cicéron, et qui a dû plaire aux matheux. Intéressant, parce qu'on y trouve les prémices de l'analyse physique des phénomènes naturels, comme le calcul des éclipses et le retour des constellations, mais aussi parce qu'il reprend une problématique qui dure toujours : quelle est la cause du hasard? L'ignorance ou l'incertitude des conditions initiales, connues sous le nom de l'effet papillon? Ou bien simplement au coeur de la matière, l'indétermination quantique qui choquait tellement Einstein : "Dieu ne joue pas aux dés!" A quoi Heisenberg répondit en lui demandant pour qui il se prenait, pour oser dire à Dieu ce qu'Il devait faire.

Voltaire s'était moqué dans son Candide de l'idée que tout notre avenir était déjà inscrit dans les cieux, et que donc tout se déroule dans le meilleur des mondes. Il n'y aurait pas de hasard, et pourtant, tout se dérègle...

Le hasard existe, le fait est acquis. Mais le calcul des probabilités a permis de prévoir, dans certains cas, l'irruption d'événements fortuits. On peut calculer des moyennes, des écarts-type, prévoir la hauteur d'eau de crues "centennales" (dont la probabilité d’occurrence est de 1 fois par siècle, par définition).

Donc si on ne peut prévoir si un événement fortuit se produira quand et où, on peut néanmoins supputer qu'il se produira certainement, un jour ici, ou un autre jour ailleurs, maintenant, ou plus tard. La chute d'une grosse météorite sur la terre serait un événement fortuit, mais dont on peut être sûr qu'il se produira au moins un fois d'ici 100 millions d'années.

Donc Cicéron, qui n'avait pas un pois chiche dans la tête, raisonne bien, mais dérape à la fin. On lui pardonne, pour avoir soulevé un problème qui n'est toujours pas résolu, même si on en sait maintenant un peu plus que lui.








Morne plaine, 18 juin

Je ne peux laisser passer les 75 ans de l'Appel, depuis Londres, du Général (à titre provisoire) De Gaulle, sans vous parler du bicentenaire de la bataille du Mont-Saint-Jean, plus connue sous le nom de bataille de Waterloo, du nom d'une gare de Londres. On ne parle que de ça.

Les Anglais raffolent de ce bicentenaire, car cette victoire de Wellington leur a assuré un siècle, non pas de tranquillité, mais de commerce lucratif, dans le monde entier, et notamment les colonies. L'Angleterre devint riche (enfin, certains anglais très riches, les pauvres le restant) sans gros effort de guerre à soutenir en Europe.

La première restauration à peine installée dans ses meubles, voila les Cent- Jours : l'Ogre débarque au Golfe Juan, Bonaparte arrive à Grenoble, Napoléon se fait acclamer à Lyon, Sa majesté l'Empereur est aux Tuileries : étonnante épopée qui montre l'attachement du peuple à Napoléon, et surtout le rejet de la monarchie. Mais les réactionnaires de toute l'Europe se mettent en route pour le détruire. Ce sera près de Bruxelles.

Il s'en est fallu de peu que Napoléon la gagne, cette bataille. On connait l'histoire de Grouchy qui ne vint pas et de Blücher qui arriva. On sait moins que la cavalerie, au moment décisif, se fracassa dans une tranchée - une route en contrebas- qui n'était pas indiquée sur les cartes dont disposait Napoléon.

Dans toute bataille, il y a un moment où un simple événement fait basculer le sort d'une armée entière. A Austerlitz, et en bien d'autres endroits, Napoléon avait su saisir la chance, et ce jour-là, elle lui échappa. Je tiens d'un Professeur à l'Ecole de Guerre que la bataille du Mont-Saint-Jean fut conduite par Napoléon avec la même maîtrise stratégique et la même hardiesse tactique que celles où il obtint des victoires éclatantes. Mais la cavalerie tomba dans un fossé, et lui avec. Match Point...

Napoléon fut transporté dans un bagne mortel, mais nous les français avons été punis de 33 ans de "réaction" la plus stupide. Nous avons dû payer le "milliard des émigrés" (l'essentiel en revint à Louis-Philippe d'Orléans), nous avons eu des lois bigotes, nous avons subi la "sainte Alliance" (la Prusse, l'Autriche et la Russie s'étaient entendus pour que nous ne bronchions plus).

La révolution de 1830 ne changea rien sinon d'affermir la bourgeoisie. Celle de 1848, après bien des malheurs, nous amena Badinguet I, dit Napoléon III, dit Napoléon le Petit. Il fallut Sedan et l’occupation allemande, et la Commune, et bien d'autres malheurs, pour qu'enfin nous soyons en République. Ce ne fut pas la panacée, mais l'idée de Liberté commençait à émerger.

Cette bataille perdue de Waterloo fut donc terrible pour la France, pour un demi-siècle. Craignons le destin.




mercredi 17 juin 2015

Mon corrigé du bac philo L 2015

Comme chaque année, je vous soumets mes réponses au bac philo, mais bien sûr elles n'engagent pas les correcteurs assermentés.

Bac L :

  • Respecter tout être vivant, est-ce un devoir moral? 
La bonne réponse est "oui, quoique...", mais ce devoir moral, disons-le tout net, est largement atténué par les exigences économiques qui demeurent supérieures, en tout lieu et de tout temps. Comme l'a annoncé mon maître à penser, le dernier ancien Président de la République : "l’écologie, ça commence à bien faire". Mais déjà Tartuffe nous avait prévenu : "Le Ciel défend, de vrai, certains contentements ; Mais on trouve avec lui des accommodements."

Répondre "non" ne serait pas politiquement correct, et donc condamné à ce titre. Il ne faut pas se référer à la Genèse, dans laquelle Dieu donne pouvoir à l'homme de soumettre toute la création, au nom de la laïcité d'abord, et puis ce ne ferait pas très mode. Et ne surtout pas parler de l'hymne à la création de St François d'Assise.

Donc il faut dire "oui", mais sans oublier que nous sacrifions sans problème plantes et animaux pour nous nourrir, pour nous défendre d'eux (moustiques, virus), mais aussi pour notre plaisir : fourrures, ivoire et bien d'autres, dont la chasse. Donc si c'est un devoir moral, il trouve rapidement ses limites. A défaut de morale, on fait des normes : pas plus de 9 poules au m² dans les élevages, les vaches sont assommées avant d'être égorgées (en général...), et notre conscience est apaisée. N'est-ce pas le rôle de la morale que de se donner bonne conscience? Oui? Non?

Brodez là-dessus.

  • Suis-je ce que mon passé a fait de moi?
Hou la la! J'aurais pris un autre sujet, car c'est bien difficile, existentialiste même. Mais la réponse est non.

Je ne suis pas que le produit de mon passé, je suis aussi l'héritier involontaire des chromosomes de mes parents, de la société qui m'entoure, de mon environnement. Mon passé, qu'il ait été vécu ou recréé ensuite, qu'il soit prégnant ou oublié, fait partie de mon histoire, il n'est pas "moi". Longtemps, je me suis mouché de bonheur, et pourtant mon être actuel ne se réduit pas à ce souvenir.

Tout jour nouveau est le début d'une nouvelle vie, et je vais obstinément le long de ma ligne d'univers, dans le cône du futur, laissant le passé s’éloigner de moi, quitte à le retrouver parfois dans une tasse de thé. 

On peut être fils d'immigré et vouloir supprimer le droit du sol. On peut traîner des casseroles, être mis en examen pour trafic d'influence, et tenter néanmoins de se faire élire à la magistrature suprême. On peut acheter ses électeurs et vendre avec succès des avions militaires. 

Mon passé me donne de l'expérience (et de l'ancienneté), mais mon avenir est complètement ouvert, pour le meilleur comme pour le pire.

Bon....
  • Commentez le texte de Tocqueville 

« Les croyances dogmatiques sont plus ou moins nombreuses, suivant les temps. Elles naissent de différentes manières et peuvent changer de forme et d’objet ; mais on ne saurait faire qu’il n’y ait pas de croyances dogmatiques, c’est-à-dire d’opinions que les hommes reçoivent de confiance et sans les discuter. Si chacun entreprenait lui-même de former toutes ses opinions et de poursuivre isolément la vérité dans des chemins frayés par lui seul, il n’est pas probable qu’un grand nombre d’hommes dût jamais se réunir dans aucune croyance commune.
Or, il est facile de voir qu’il n’y a pas de société qui puisse prospérer sans croyances semblables, ou plutôt il n’y en a point qui subsistent ainsi ; car, sans idées communes, il n’y a pas d’action commune, et, sans action commune, il existe encore des hommes, mais non un corps social. Pour qu’il y ait société, et, à plus forte raison, pour que cette société prospère, il faut donc que tous les esprits des citoyens soient toujours rassemblés et tenus ensemble par quelques idées principales ; et cela ne saurait être, à moins que chacun d’eux ne vienne quelquefois puiser ses opinions à une même source et ne consente à recevoir un certain nombre de croyances toutes faites.
Si je considère maintenant l’homme à part, je trouve que les croyances dogmatiques ne lui sont pas moins indispensables pour vivre seul que pour agir en commun avec ses semblables. »
Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique (1840).

Ah, le beau texte de Tocqueville! Quelle actualité que les "croyances dogmatiques"! Nos JT en sont pleins, et du reste il n'y a que cela qui les intéressent, parce qu'ils pensent nous intéresser. Des opinions que les hommes reçoivent de confiance et sans les discuter : c'est sûr Arthur!

 "Un papa, une Maman", voila bien une croyance dogmatique. C'est vrai que c'est mieux, que ça peut rassembler. Le fait que la vie est en réalité plus complexe semble vous avoir échappé.

"Travail, famille, patrie" : qui serait contre? Pour faire un corps social? Halte-là, jeune homme (vous êtes né en 1805, et vous écrivez en 1840)! Je ne vous suivrais pas sur ce chemin, car on a su, au XXème siècle (vous avez une excuse), comment par la propagande, on a pu abuser du corps social, comme vous dites, en lui imposant des croyances dogmatiques, comme le sens de l'Histoire, ou la valeur de la race, qui ont conduit aux pires abominations des totalitarismes.

Il faut donc pour la société, une société prospère (sic!), que tous les esprits des citoyens soient toujours rassemblés et tenus ensemble par quelques idées principales! Mais où avez-vous trouvé ça? Je sais que vous avez eu des successeurs, de "l'extinction du paupérisme", à "travailler plus pour gagner plus", des totalitarismes dont je parlais au populisme bien pensant ("ils travaillent pas, ils mangent pas" ; "s'il y avait moins d’immigrés, il y aurait moins de chômeurs", etc). Vous n'avez pas vu Sarkozy en actions, ni Guaino à la plume, ni Zemmour à la TV. Je suis sûr qu'ils vous auraient fait changer d'avis. Vous seriez "clivé", comme ils disent.

Donc, mon cher Tocqueville, vous m'avez bien eu : je vous lisais avec plaisir vers mes 20 ans, mais j'avoue que là, votre myopie politique m'avait échappé. 

Et si je considère maintenant, comme vous, l'homme à part, je ne trouve pas, comme vous, que les croyances dogmatiques ne lui sont pas moins indispensables pour vivre seul. Voyez-vous, depuis votre temps, les gens ont reçu une certaine éducation, bien imparfaite je vous le concède, mais enfin, on n'est plus obligé de croire sur parole ce que dit le curé en chaire ou le politique à la TV. On peut rechercher de l'information, la croiser, revenir aux faits au delà du commentaire, et se faire une opinion, peut-être critiquable, mais cherchée et non pas reçue.
La liberté, simplement la liberté de pensée, loin  des croyances dogmatiques, est une richesse que vous ne soupçonniez pas.

Vous êtes un idéaliste, cher Alexis. Vous vous imaginez une société parfaite, où le bien commun rejoindrait par miracle la recherche du bonheur individuel, où les croyances dogmatiques seraient par nature un idéal commun et la vérité toute nue. 

L'Histoire vous a donné tort. Dommage, car pour l'Amérique vous avez été plus perspicace. Sans rancune?

mardi 9 juin 2015

La glissade de Gimli

Mon petit cours d'aéronautique me permet de profiter pleinement des joies de "danger dans le ciel" sur Youtube. http://fr.wikipedia.org/wiki/Planeur_de_Gimli

Une histoire amusante est celle du vol Air Canada 143, le 23 juillet 1983. Brusquement, l'avion qui faisait le trajet Ottawa-Edmongton se retrouve en panne sèche, alors qu'il était en altitude de croisière à 12 000 mètres.

Le meilleur est pour la fin : il n'y a pas eu de morts, mais ça a été très juste.

Le début n'est pas mal non plus. Pourquoi est-il tombé en panne sèche? Parce que le mécano en faisant le plein s'est trompé entre les livres et les kilos pour mettre la quantité de kérosène nécessaire. Le Canada était en train de passer au système métrique et visiblement tout le monde n'avait pas compris : les pilotes avaient demandé  tant de tonnes, le mécano devait calculer un volume, et le résultat est que l'avion, un B767, est parti avec la moitié du carburant nécessaire.

Mais pourquoi les pilotes n'ont pas vu leur réservoir vide??? Tout simplement parce que la jauge de carburant était en panne! Ça n'empêche pas un avion de voler, une jauge de carburant en panne.

Bref, pendant que les pilotes regardaient tranquillou le paysage, les 2 moteurs se sont arrêtés. Le gros avion est devenu un simple planeur... Les pilotes calculent leur "finesse", c'est à dire leur pente de descente. Leur première idée était d'aller se poser à Winnipeg, mais il devient vite clair qu'ils n'y arriveront pas. Le copilote se souvient d’avoir fait son service militaire sur une base aérienne, à Gimli, plus proche. On y va. Il faut imaginer la cabine toute calme, sans bruit, sinon le léger sifflement de l'air...

Léger détail : la base est désaffectée, et sert maintenant de piste d'entrainement pour des voitures de course. C'est un samedi : tout le monde barbeuque sur les pelouses en regardant passer des voitures.

Mais les pilotes arrivent trop haut, et comme l'énergie se conserve, s'ils descendent, il vont arriver trop vite, et s'ils font un tour pour descendre, ils seront trop court.

Alors le pilote fait avec son Boeing ce qu'il a appris sur son planeur : une glissade. Il faut perdre de l'altitude sans prendre de vitesse : pour cela, on met l'avion de travers avec un bon roulis de 30 à 60 degrés, comme si on voulait tourner, et on compense le lacet en agissant sur la gouverne de direction dans le sens opposé. Je ne sais pas si vous imaginez ça : l'avion marche en crabe, la portance diminue (l'avion "tombe"), la traînée augmente (l'avion "ralentit", ou plus exactement n'accélère pas). A 30 mètres du sol, vous vous remettez à l'horizontale pour atterrir.

Ce jour là, la roulette avant ne s'était pas correctement calée, si bien que l'avion a dévalé la piste sur ses 3 points d'appui : les 2 trains principaux et le bout de son nez. Les spectateurs se précipitent avec leurs extincteurs pour noyer le feu naissant, et récupérer les passagers, certains blessés par leur chute dans les toboggans, la queue de l'avion étant bien plus haute que dans les specs..

Cette glissade n'est pas prévue dans le manuel de vol, ni autorisée par le constructeur ou la compagnie. Mais elle a sauvé tous les passagers et le crew. Un exploit légendaire! Jamais testé avant, même en simulateur, et pas encore retenté.






mercredi 3 juin 2015

Autoroutes, camions, radars, écotaxe

La Cour des Comptes nous a prévenus : on est plumé comme poulets en prenant les autoroutes.

Donc, la tentation de prendre la nationale parallèle à l'autoroute est grande lorsqu'on a le temps, surtout quand elle est à 4 voies, et annoncé "à 110 km/h". L'économie en péage et en essence est significative.

Il y a cependant des inconvénients :

  • on ne trouve pas de station service pour les pauses, on redécouvre le pipi dans les bois, à l'ancienne. Mais le rapport Qualité/Prix reste positif.
  • les camions en font autant. Ils sont tellement écrasés de charges qu'ils sont bien obligés de faire comme nous, surtout, comme on peut le constater, les roumains, les tchèques, les polonais, les néerlandais, les portugais et les espagnols. Ils se doublent sans puissance suffisante, et bloquent la route sur des kilomètres. En pratique, on doit constater que le trafic est plus important que sur les autoroutes.
  • les camions défoncent les routes. Ainsi, sur 20 km, on se retrouve sur une file (à la vitesse du camion le plus lent, donc), parce que la file de gauche est neutralisée : il n'y a en effet plus de revêtement...
  • Et il faut connaitre la route, car vous tombez sur les radars piégeux, que bien sûr les locaux connaissent. En repassant devant un radar qui m'avait pris un point il y a un an, j'ai vu le piège : la vitesse passe de 110 à 90, puis de 90 à 70, puis il y a un radar, alors que le carrefour objet de la limitation de vitesse est 500 m plus loin. La réaction normale est de lever le pied, mais les distances sont telles qu'en frein moteur normal, vous arrivez à 76 km/h devant le radar. Pour être un bon conducteur, il faut piler à mort avant le panneau 70. Bien joué Léon, du fric pour les flics.
En conséquence, il faut considérer ce passage par la nationale comme un investissement : la première fois, l'amende coûte un peu plus que le péage, mais la 2ème fois, vous rentrez dans vos frais.

On peut lutter contre ces différents inconvénients, notamment en punissant les routiers. Celui qui s'est déporté à gauche pour doubler un concurrent doit être puni : vous vous mettez devant lui, et vous ralentissez jusqu'à le laisser à 20 km/h en bas d'une cote. Il essaiera bien de vous redoubler, mais vous accélérez, juste ce qu'il faut pour le décourager.

La solution à tout cela est bien entendu l'écotaxe : les camions paieraient pour les routes qu'ils défoncent, et seraient reportés sur les autoroutes. Sur ce bon sujet, le gouvernement a canné en rase campagne, alors qu'en y réfléchissant, il aurait pu s'y prendre autrement. Par exemple, en commençant par les départements frontaliers, puis en étendant progressivement la zone. La Bretagne aurait été épargnée, et ce plan n'aurait pas donné l'occasion aux Bonnets Rouges, admirateurs de la Rossia de Poutine, gavés et donc intoxiqués aux subventions agricoles pour fabriquer du poulet et de cochon bas de gamme, de mettre le pays à feu et à sang. Mais évidemment en Bretagne, on ne sait pas à quel point l'Alsace est polluée de camions de toutes origines qui prennent l'autoroute Bâle-Strasbourg pour éviter l'écotaxe d'Angela sur la rive droite du Rhin.

(Sur le fait d'épargner à la Bretagne une taxe, le problème n'est pas juridique, il n'est que moral et politique. Mais il y a belle lurette qu'il n'y a plus de morale dans la politique bretonne - pas plus qu'en Corse.)

PS : j'ai découvert à cette occasion qu'on occupe à Rennes les gens, qui autrefois collectaient la redevance TV, en leur confiant la gestion des PV. On met donc des radars, non pas seulement pour alimenter les flics en fric (par la voie des "fonds de concours"), mais aussi pour occuper des fonctionnaires dont on ne savait que faire.