dimanche 28 février 2016

Sainte Adèle

Noble femme que sainte Adèle, son nom le dit! et qui a donné aussi Adélaïde, Adeline, Alais, Alcyde, Alice, Aline, Alis, Alison, Alix, Azalais, Adleida, Adelheid, Alke, Aletta, Elsje

Notre Adèle fut de bonne famille, les Hugobertides, qui vivaient dans le Palatinat  au début du VIIIème siècle. Elle a été la grand-mère de saint Grégoire d'Utrecht qui convertit l'Allemagne (il reste du boulot, par ailleurs), la belle-mère de Adalbert duc d'Alsace (les  Etichonides), la belle-soeur de Pépin de Herstal (les Pépinides), et une grand-tante de Charlemagne et des Carolingiens.

Deux remarques :
1 on n'est pas bien sûr de tout ça, et les historiens (sérieux) se déchirent entre eux pour établir une généalogie, et il n'y a rien sur Geneanet.
2 considérant le nombre d'ancêtres qu'on avait au VIII siècle, il est à peu près certains que tous les bons français peuvent la compter parmi eux.

Ce n'était pas suffisant pour sa gloire : veuve, elle entra dans les ordres, et fonda l'abbaye de Pfalzer, près de Trèves. Pfalzer, ça fait palatinois, non?

On la fête le 24 décembre, si bien que les Adèle n'ont jamais de cadeaux à cette occasion.

Je vous ai mis la plus belle photo de sainte Adèle que j'ai trouvée.
 Les Québécois ont donné son nom à un de leurs patelins, au Nord-Est de Montréal, dans les Pays d'En-Haut.

lundi 22 février 2016

Messieurs les Anglais, tirez-vous les premiers.

C'est au moment où les Anglais tentent de sortir de l'Europe qu'on célèbre le centenaire de la bataille de Verdun. Et inversement. Est-ce un hasard? Je ne crois pas.

La bataille de Verdun, et plus généralement la guerre de 14-18, fut une immense boucherie, une interminable guerre civile européenne, dont les mobiles furent un peu l'impérialisme, et beaucoup le nationalisme. Ces causes n'ayant pas été réglées après cette guerre (un grand merci à MM Wilson et Clemenceau tout particulièrement), il en a fallu une autre pour se débarrasser du nationalisme, même socialiste. Et encore 45 ans pour débarquer les communistes. Mais l'impérialisme se porte toujours bien, merci pour lui.

On a construit l'Europe d'une manière timide et souple avec le traité de Rome, préférant des actions concrètes  à des déclarations d'intention qui auraient pu bloquer le processus. Cependant, la CED -qui nous manque tellement maintenant-, a été bloquée par le noyautage gaulliste sous la IVème République.

De Gaulle, il faut lui reconnaître ça, n'avait pas voulu des Anglais dans l'Europe : il ne les connaissait que trop bien. Pompidou céda, et depuis, ils nous pourrissent la vie, et Mme Thatcher, que seuls ses enfants regrettent, en est le symbole : "I want my money back", disait l'épicière de Grantham. Il ne saurait être question en effet que les plus riches paient pour les plus pauvres, ils n'ont qu'à s'enrichir aussi, c'est vrai, quoi?

Et puis Chirac a fait entrer tout un tas de petit pays, dont on a assuré la reconstruction quand ils sont enfin sortis de leurs dictatures : Espagne, Portugal, Grèce, Tchéquie, Slovaquie, Pologne, les Baltes, et j'en oublie volontairement. Ces gens-là ne nous sont pas reconnaissants, ils viennent nous concurrencer (grâce à l'Europe), tout en bloquant toute réforme. Bruxelles est devenue une énorme bureaucratie technocratique de gens bien payés et ne payant pas d'impôts dont la spécialité est la réglementation de la forme des fromages. 

"Nous partîmes cinq cents, mais par un prompt renfort
Nous nous vîmes trois mille en arrivant au porc".

La finalité étant perdue, ensablée, il ne reste plus au "machin" qu'à pédaler dans sa choucroute. Il est donc normal que les Anglais s'en retirent, comme le souhaitent tous ces mouvements néo-populo-nationalistes qui pullulent sur le fumier.

Et bien qu'ils s'en aillent! Qu'ils vivent, à l'ombre des USA, des fortunes qu'ils gagnent dans la City, joli château de cartes, qu'ils continuent à prospérer sur un peuple de plus en plus précarisé par les petits boulots et privé de services publics dignes de ce nom. Qu'ils gèrent à Douvres les migrants de Calais. 

Dans la foulée, on veut bien leur donner la Bretagne et la Corse (au moins la Corse est "amie de la France"), à moins que la Bretagne ne préfère la Fédération de Russie : ils sauront écouler leur production agricole bas de gamme. La Corse pourra continuer sans être ennuyée par les gendarmes "colonialistes" ses activités mafieuses. Le sort des polonais m’indiffère : qu'Angela et Vladimir se partagent le butin. Les Balkans peuvent reprendre leurs génocides, on a l'habitude. 

L'Alsace sera ravie d'être rattachée à Stuttgart plutôt qu'à Chalons (dite en Champagne). Le Royaume de Savoie pourra être reconstruit, et la Lotharingie.

Et puis on pourra recommencer à se faire la guerre, pour préserver la pureté de nos fluides corporels menacés par la fluorisation de l'eau (cf Dr Strangelove), défendre notre identité chrétienne, nos valeurs et notre gaz de schiste.

Vive la France, vive l'Île de France libre!




vendredi 12 février 2016

11 février 2016 : annonce de l'observation d'une onde gravitationnelle.

C'était hier, et c'est assurément un événement exceptionnel que n'aura pas occulté la nomination, enfin,  de Jean-Vincent Placé au gouvernement.

Comme les journaux racontent n'importe quoi, je suis allé voir les publications à la source, et j'ai trouvé çahttp://dx.doi.org/10.1103/PhysRevLett.116.061102 (c'est le  DOI) et ça vient de la Physical Review letters, par B. P. Abbott et al. (LIGO Scientific Collaboration and Virgo Collaboration) Phys. Rev. Lett. 116, 061102 – Published 11 February 2016. 

Je vous mets tout ça parce que c'est obligatoire, sinon le ciel va me tomber sur la tête avec leurs licences en américain qu'on est censé comprendre.
Voila la petite traduction que j'ai faite de leur résumé, in italique, et mes commentaires :



Le 14 septembre 2015, à 9h 50 mn 45s en Temps Universel, les deux détecteurs de l’Observatoire d’Ondes Gravitationnelles par Interférométrie Laser ont observé simultanément le passage d’un signal d’une onde gravitationnelle.
Les 2 observatoires sont aux deux bouts des USA, en Louisiane et dans le Washington, on a donc pu mesurer la différence du temps d'arrivée des 2 signaux. Le mot "simultanément" est donc impropre.

Le signal s’étend de 35 à 350 Hz, avec un pic de déformation de l’onde gravitationnelle de 1.0 .10-21.
La précision est de 10-21, c'est fantastique d'avoir atteint cette précision, qui était nécessaire et recherchée. A noter qu'un atome a une taille de l'ordre de 10-9 . #jdcjdr

 Il correspond à la forme de l’onde prédite par la relativité générale dans le cas de la rotation en spirale et de la fusion d’une paire de trous noirs, et de la forme de l’unique trou noir résultant. Le signal a été observé avec un filtre adapté ayant un ratio signal-sur-bruit de 24 et un taux de fausse détection estimé à moins de 1 événement pour 203 000 ans, correspondant à pertinence plus grande que 5,1 s.

 s = écart-type. Avec ces calculs de précision, on peut avoir confiance dans le résultat!

 La source se situe à une distance mesurée par la luminosité de 410 +160-180 Mpc (Méga parsec) – (soit environ 1.3 milliard d’années-lumière), se caractérisant par un décalage vers le rouge de z = 0.09 +0.03-0.04.

Cette remarque vient de la loi de Hubble, selon laquelle la vitesse d'expansion est proportionnelle à la distance. Du coup, cette mesure  n'est pas très précise, comme la constante de Hubble.

Dans la trame source, les masses des trous noirs initiaux sont de 36 +5-4  et de 29 +4-4 masses du soleil, et la masse du trou noir résultant est de 62 +4-4 masse du soleil, avec 3.0 +0.5-0.5 masses du soleil fois le carré de la vitesse de la lumière émises en ondes gravitationnelles. 

Car E = mc2 , comme vous le savez. Cette énergie est tellement énorme qu'elle échappe à notre imagination.

Toutes les incertitudes donnent un intervalle de confiance de 90%. Ces observations démontrent l’existence d’un système binaire de trous noirs massiques. Ceci est la première détection directe d’ondes gravitationnelles et la première observation de la fusion d’un système binaire de trous noirs.

Dans le schéma, on peut voir que la mort des 2 trous noirs n'a duré qu'une demi-seconde, et qu'ils tournaient l'un autour de l'autre à une vitesse à peu près égale à la moitié de la vitesse de la lumière. Waouhhh. 
Figure 2


Il n'aura fallu que 99 ans, depuis le papier d'Einstein, pour qu'on puisse faire cette mesure.

Le 11 février a toujours été un grand jour.

samedi 6 février 2016

Histoire des trois bossus

Belle histoire racontée par mon grand-père : 

Je veux conter ici l'histoire des Trois bossus, une histoire dont je ne me lassais pas.
Il y avait une fois, dans un pays situé bien loin, un père veuf qui avait trois fils. Ce père ajoutait à son infortune d'être pauvre, celle d'avoir trois enfants bossus. Ils habitaient un sordide logis et ne subsistaient que par la charité de leurs voisins.
Un jour il advint que personne ne voulût plus leur faire l'aumône, et le père, désespéré de ne plus pouvoir les nourrir, les conduisit en un lieu d'où partaient trois chemins.
« -Mes pauvres amis, leur dit-il, je ne puis plus longtemps vous voir souffrir. Prenez chacun un chemin et revenez vers moi dans sept ans. Je vous donne rendez-vous ici même, dans l'espoir de vous retrouver plus riches et plus heureux que les bienfaiteurs qui se sont lassés de vous faire du bien... »
Ayant demandé sur eux la bénédiction du ciel, il les embrassa et ils le quittèrent en pleurant.
Sept années plus tard, deux frères seulement se trouvaient au rendez-vous indiqué et le père, fort mécontent, les renvoya encore pour sept autres années en leur enjoignant de s'en aller à la recherche de l'absent.
Pendant des mois et des années, deux bossus parcoururent le monde à la recherche de leur cadet jusqu'au jour où, traversant un village, ils s'aperçurent que chacun les considérait avec curiosité... « C'est que, leur répondit une vieille femme qu'ils pressaient de questions, vous ressemblez à notre échevin... »
Et sur les indications précises qui leur furent données, quelques instants plus tard ils faisaient résonner le pesant marteau de la porte de la mairie.
Une jeune femme vint leur ouvrir qui répondit à leur double demande : « Je suis bien la femme de l'échevin, mon mari est vraiment bossu, mais il a toujours prétendu n'avoir ni frère, ni famille. Passez au large, car s'il vous voyait, il ne manquerait pas de vous faire donner la mort ».
Et, comme un tout petit bruit de pas sonnait dans un couloir, la femme de 1'échevin poussa ses deux visiteurs vers l'entrée d'une cave dont la porte était à demi fermée en s'écriant :
« -Mon mari... Mon mari. Vite, cachez vous. Malheureux, s'il vous voyait ici... »
Durant toute la nuit elle songea comment elle pourrait bien se débarrasser des deux intrus, mais aux premières heures du jour, ayant pénétré dans le réduit où ils se trouvaient, elle ne vit plus que deux masses inanimées dans l'angle d'une muraille. Les poussant alors du pied elle constata qu'ils ne bougeaient pas. Ils étaient sans souffle, ils étaient morts, morts pour avoir bu d'une manière inconsidérée tout le contenu d'un tonneau de vin qui gisait sur le sol, percé d'un grand trou.
Alors elle se mit à pleurer sur leur sort puis, séchant ses larmes, elle demanda qu'on allât, en toute hâte, lui quérir un homme réputé dans le pays pour accomplir les besognes les moins recommandables. Dés qu'il fut arrivé elle lui dit « -- Vous allez, dans le secret le plus absolu, jeter un cadavre à la rivière. Je vous donnerai pour cela une belle pièce d'argent... »
L'homme, à la vérité un peu simple d'esprit, s'empressa de faire le travail qu'on lui avait commandé et revint.
« -Mais, s'écria la femme de l'échevin qui était fort avare, vous ne l'avez pas bien noyé ». Et désignant le second bossu : « Tenez il est encore là... »
Le commissionnaire chargea sur ses robustes épaules le nouveau fardeau, non sans prendre la résolution d'accomplir sa mission d'une manière plus soignée.
« - Cette fois, déclara-t-il à son retour, c'est fait et bien fait. Imaginez donc qu'en revenant de jeter pour la seconde fois mon paquet à l'eau, j'ai encore rencontré mon satané bossu qui sautillait dans la rue de pavé en pavé comme pour me narguer. Mais soyez rassurée, bonne dame, il ne reviendra plus car je lui ai cette fois attaché une grosse pierre au cou. »
« - Misérable ! Vous avez tué mon mari. Vous l'avez tué… »
Elle eut un long cri de détresse et tendit néanmoins à 1'homme quelque peu abasourdi la pièce d'argent qu'elle lui avait promis. Et celui-ci, de son pas lourd et hésitant, s'éloigna en faisant un grand geste vague par lequel il tenta de manifester son irresponsabilité.
Ainsi se terminait l'histoire des Trois bossus et, pour conclure de manière à apaiser les inquiétudes que je pouvais avoir sur le sort de l'infortunée veuve, mon père ne manquait pas d'ajouter :
« - Je crois bien que le père mourut bien des années avant que l'heure du second rendez-vous n'eut sonné, et pour ce qui est de la femme de l'échevin, je crois bien que, toute sa vie maltraitée ou battue par son mari, elle fut, au fond bien heureuse d'être si providentiellement libérée de son bossu.

N'avait-elle pas d'ailleurs glissé dans la main de l'homme deux pièces d'argent au lieu d'une... »