samedi 7 janvier 2017

Post-vérité

Il m'aura fallu la diffusion hier sur France Culture (un "merdia" repaire de "bobos gauchiasses journalopes", d'après certains), dans l'émission "Du grain à moudre", pour enfin mettre un mot sur cette évidence : la post-vérité.

Définition : « qui fait référence à des circonstances dans lesquelles les faits objectifs ont moins d’influence pour modeler l’opinion publique que les appels à l’émotion et aux opinions personnelles».

On nous donne comme exemple le pieux mensonge du député anglais Nigel Farage : les 350 millions de £ qu'ils donnent à l'UE par semaine serviront pour leurs hôpitaux, information démentie dès le Brexit voté. On peut aussi évoquer Sarkozy "sauvant" la Géorgie des griffes de Poutine, ou la promesse de Trump que les mexicains paieront la construction du mur entre leur pays et les USA.

Les faits ne comptent pas, facts don't matter. L'important est de le répéter en boucles, surtout sur Twitter ou FB, et de traiter de "naïfs" ceux qui mettraient en doute ces vérités. Il n'y a qu'à voir comment sont traités les "décodeurs" qui, pour chaque affirmation péremptoire de nos politiques, vont chercher la bonne information. 

On peut aller très loin dans le genre. Il y a les complotistes (le 9/11 est l'oeuvre de la CIA, etc), les fondamentalistes (le monde, qui du reste est plat, a été créé le 6 septembre -3761 avant JC),  les Républicains amerloques trumpistes, les cathos béats, le FN dans son ensemble, les "ré-informateurs" (généralement financés par le Kremlin).

La méthode se répand, puisque ça marche, et que plus c'est gros, mieux ça passe. Mme Boutin s'offusquait d'un article du Gorafi et annonçait la mort de Chirac, sans en être gênée. Je pense qu'on va bientôt demander l'abrogation de la loi d'Ohm, la restauration des quatre-temps (qu'on ferait passer pour les quatre-jeudis), la déposition du pape, les frontières aux limites de chaque département, le retour au denier tournois (c'était mieux avant), que sais-je. La suppression de 500 000 fonctionnaires par exemple?

La répulsion de toute idée scientifique, le rejet des experts ou des sources (qui est allé lire les attendus du jugement de la Cour d'Appel concernant Mme Sauvage, à part moi?), tout ceci n'est que le prélude à une immense régression de la société que l'inculture générale ne fait que hâter. 

J'aurais prévenu. La fin de la civilisation ne viendra pas des migrants, mais des gogos qui avalent ça.


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