lundi 26 mai 2008

américanismes et impérialismes

Je l'ai constaté, dès qu'on critique M Georges W Bush, on est accusé d'anti-américanisme primaire.

Un tel amalgame est regrettable. Les américains forment un peuple charmant, adorable, fascinant.
Mais ils ont une culture très différente de la notre, plus globalement de la culture européenne, et on est souvent choqué parce qu'ils ont l'air de nous ressembler : blancs comme des anglais, ou noirs comme des Africains, ou basanés comme des espagnols. Nous sommes pourtant curieux d'approfondir les cultures égyptiennes, chinoises, indiennes, africaines, en constatant les différences, sans vouloir "comparer".

Il y a une petite (en %) classe très riche et très bling-bling, sur-représentée dans notre imaginaire par le cinéma : elle fait rêver les américains eux-mêmes.

Il y a une énorme classe moyenne, qui vit bien sans plus, toujours à crédit. Le Monsieur travaille beaucoup, Madame s'occupe des enfants, passe son temps à faire les conduites ou à traîner dans les centres commerciaux. A la maison, elle a toujours l'oeil sur la TV qui passe des feuilletons insipides, et surtout des pubs sur les promotions des supermarchés locaux, ce qui l'intéresse beaucoup. Elle ne fait pas de cuisine, mais ouvre des boites.

Monsieur achète en rentrant un pack de bière qu'il boira le soir en regardant ses matches de foot ou de base-ball (c'est un grand sportif de TV), en grignotant la pizza qu'on a fait livrer. Son surnom est "Joe Sixpack". Il passe aussi beaucoup de temps chez son psy (100$ la séance), ou chez son conseiller conjugal (avec Madame).

La famille va à l'église tous les dimanches pour chanter des psaumes et remercier Dieu des largesses dont Il a bien voulu les combler. Elle économise pour payer les études des enfants, si possible à l'université, pour qu'ils aient leur chance. On dit aux enfants en difficulté : "You can do it", et non pas, comme chez nous : "Tu finiras vendeuse à Monoprix, non, même pas, à Lidl!"

Et puis, il y a beaucoup de pauvres, essentiellement des noirs, mais pas seulement, qui survivent de petits boulots (livrer des pizzas, par exemple, tondre la pelouse, tenir une baraque à beignets, etc), mais aussi qui tombent dans la drogue, la violence. La répression sécuritaire par la Police (garde du corps de la classe moyenne) est tout aussi violente -avez-vous vu le reportage sur les "Copwatchers", sur Envoyé Spécial jeudi dernier?-

Le regard qu'ils portent sur eux-mêmes est très différent du notre. Les moins riches regardent les plus riches, non avec envie, mais avec admiration. Les plus riches regardent les plus pauvres comme nous regardons les misèreux de l'Afrique : la distance ne fait rien, il suffit de ne pas habiter dans le même quartier. "Et sans doute, ils ne peuvent s'en prendre qu'à eux-mêmes de leur ignorance et de leur paresse, hein?" Et comme on ne peut donner "something for nothing", c'est normal qu'ils n'aient pas de couverture maladie ou retraite. Par principe.

C'est inscrit dans la Constitution : le but de la société c'est "la recherche du bonheur", un bonheur non collectif, mais individuel : chacun est libre.

Les riches peuvent se montrer généreux. Juste incités par des réductions d'impôt et par la vanité, ils peuvent construire une bibliothèque qui portera leur nom, ou donner des sommes importantes aux "Charities" : un cocktail très mondain réunira les donateurs (10 000$ l'entrée en plus) pour les remercier.

On ne voit de l'Amérique (par les films, les livres) que New-York (juste des bobos! des Dink : double income, no kid), San Francisco (des hédonistes dans une nouvelle Babylone), ou Washington (des fainéants qui vivent de nos impôts). Mais ce n'est pas l'Amérique, ça! L'Amérique, elle est dans le MiddleWest, à Kansas City, à Cincinnati, à Columbus, où les gens ont une vie normale, simple, et vaquent...Les retraités vont en Floride ou dans l'Arizona, où on leur a construit des "villages" en forme de réserves : ils jouent au golf et au Scrabble, boivent des bières par 6 et se font livrer des pizzas.

On ne voit l'Amérique que par sa politique extérieure : mais les américains se désintéressent complètement de la politique au delà de leur comté. Très peu votent, c'est tellement compliqué, et puis la politique, c'est seulement des riches en compétition entre eux pour la conquête du pouvoir. Ils ont tous à peu près la même vision.

Seulement voila : ce qu'on appelle chez nous "service de l'Etat", ou intérêt général, ça n'existe pas. Des concepts inconcevables! Ce qui est bon pour Boeing est bon pour l'Amérique, point! D'où une politique étrangère marquée par l'inculture, par le soutien inconditionnel à Israël (Lobby juif très important), par la nécessité de faire des guerres pour faire marcher les industries d'armement. Finalement un impérialisme ploutocratique au service du "complexe militaro-industriel", habillé d'un discours débile, à base de bondieuseries et de certitudes définitives.

Les américains sont nos amis, l'impérialisme US est mon ennemi.

A lire : Tom Wolfe( le Bûcher des vanités), Pascal Baudry(Français et Américains : l'autre rive), Daniel Boorstin (Histoire des américains), Ted Stanger (sacrès Américains : Nous les yankees, on est comme ça), et tant d'autres...

3 commentaires:

Joan a dit…

High quality as usual! go on !

candide a dit…

en France, l'intérêt général est devenu: intérêt des corporations.
service de l'état: service des technocrates en place.
c'est bien dommage d'avoir oublié que la France est la fille aînée de l'Eglise.
Mais rien n'est perdu,tout est encore possible.

le copain à Slobodan a dit…

mais non, on ne vous taxe pas d'anti américanisme primaire, pas plus que vous ne nous traitez de facho!