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jeudi 8 avril 2010

Quand un gendarme pleure, Sarko rit

Et oui, on ne rit plus dans la gendarmerie.

Rappelons le début de l'affaire : un simple caprice d'un ambitieux ministre de l'Intérieur qui voulait diriger directement la Gendarmerie, en plus de la Police, pour mieux mettre en oeuvre sa politique de répression. Officiellement, en langue de bois, ça se traduit par "efficacité dans la lutte contre l'insécurité, coordination des forces de maintien de l'ordre, etc".

Personnellement, je trouve que c'est antidémocratique, et donc anticonstitutionnel, parce que les forces de l'ordre ne doivent pas dépendre d'une même autorité politique. On a le mauvais exemple de Hoover (Edgar J.) au FBI pour nous le rappeler.

Dès qu'il est élu à la présidence, il décide, et les députés-godillots votent la loi transférant la Gendarmerie au Ministère de l'Intérieur, créant de massifs et coûteux problèmes de statuts, sans compter les différences culturelles majeures. Car, voyez-vous, les gendarmes sont militaires, et formés service-service, règlement-règlement , 24x7, tandis que les policiers sont civils, au 35h, et formés à gérer des indics, des maquereaux, des balances et des trafiquants par de coupables et dangereux voisinages, et tout cas pas formés au respect de la loi. Les policiers ont aussi des CRS, qui sont, en tant que corps, la honte de notre administration, et, en tant qu'individus, la preuve du laxisme des instances de recrutement.

Tous les arbitrages ont été faits en faveur de la police, et au détriment de la gendarmerie. par exemple, les flics ont maintenant des grades (il y a des "capitaines de police", équivalents aux sous-officiers de la Gendarmerie!) La police s'en réjouit, et la gendarmerie ferme sa g..., parce que c'est la règle dans la gendarmerie : les gendarmes n'ont pas le droit d'expression, les gendarmes sont défendus par leurs chefs. Les policiers font bavure sur bavure, ils sont couverts sauf quand ça se sait trop, comme dans l'affaire d'un viol en garde à vue à Marseille.

Simplement les chefs gendarmes n'ont pas eu le courage de dire ce qu'ils pensent, et de toute façon le Nain s'en bat l'oeil. Alors la marmite sous pression commence à se fissurer : qu'à cela ne tienne, on radie un commandant, on suspend un adjudant, et pour faire bon poids, on vire le directeur de la Gendarmerie.

Le plan est clair maintenant : les gendarmes vont devenir civils, le prochain directeur sera un préfet, le niveau sera aligné vers le bas. L'objectif est d'avoir à sa botte une police unique, politisée, chargée d'entretenir l'insécurité dans les banlieues par ses provocations permanentes à des fins électoralistes, tout en montrant ses muscles pour rassurer le bas peuple.

Un exemple : toute la haute flicaille occupée à rechercher les origines de la "rumeur" (alors qu'il n'y a pas de "rumeur"), au lieu de traiter une bonne fois pour toutes le problème du trafic de drogue en banlieue.

Je ne pensais pas que le malaise était si profond. C'est grave. Espérons que ce petit père Ubu ne durera pas assez pour que ces réformes détestables deviennent irréversibles.

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