Voila le récit, sobre et digne, du 11 novembre 1918, tel que l'a vécu un poilu de 22 ans, blessé aux yeux devant Verdun en 1917 :
Ce matin-là, j’ai quitté d’un bond le fauteuil dans lequel je m’étais installé. Depuis le matin courait le bruit que l’armistice serait signé dans la journée. Or je venais d’entendre les cloches et c’était cela qui me mit d’un saut sur le seuil du 5 de la rue F. de Neufchâteau, au contact de la rue. Il était onze heures, exactement. Toutes les cloches de la capitale battaient et, en prêtant l’oreille, on pouvait surprendre les notes puissantes et graves de la Savoyarde. Mon cœur battait comme devait battre, en ces instants-là, tout le cœur immense et innombrable de la France.
Des camions montés par des Américains quittaient le gymnase Japy en donnant éperdument du klaxon. Des cris et des chants me parvenaient de toutes parts. Des gens dévalaient les escaliers précipitamment, se réunissaient devant les portes et s’en allaient grossir des cortèges qui parcouraient déjà le boulevard Voltaire, en marche vers le centre de la capitale. Le canon, sans doute celui du Mont Valérien, tonnait.
La Madelon répondait à la Marseillaise et la Marseillaise répondait à la Madelon. La Victoire libérait les âmes de l’angoisse et les corps des servitudes quotidiennes. La Victoire devait planer très haut dans le ciel, soulevée par d’immenses ailes d’or.
Et c’était fini, enfin fini, la guerre. On ne pouvait pas encore tout à fait croire la réalité bouleversante. On avait envie de pleurer et de rire à la fois, mais on ne savait pas très bien si l’on souffrait de trop de bonheur ou si l’on frémissait de joie en souffrant. Je ne sais plus de quoi se composait un tel moment, qui ne pouvait se traduire que par un besoin de sortir dehors, de marcher avec n’importe qui, d’aller n’importe où, pourvu qu’il y ait beaucoup de monde et beaucoup de bruit.
Je me suis avancé jusqu’au boulevard Voltaire, où quelqu’un prit le temps de dire qu’une boulangère de la rue de Belfort ne cessait de sangloter à cause d’un mari qu’elle avait perdu depuis peu à la guerre.
Ma vue avait baissé sérieusement depuis quelques semaines et je m’aperçus plus particulièrement, en ce jour inoubliable, qu’elle ne me permettrait plus désormais de me diriger seul dans la rue.
Je rentrai donc non sans peine dans la loge d’où je venais de sortir et cela non sans me heurter à des personnes qui couraient sans prendre garde à ma démarche hésitante.
La Victoire était là tout de même et elle m’exaltait comme une récompense suprême et tellement attendue.
J’avais regagné mon fauteuil et j’écoutais tinter des cloches encore. L’une d’elles, me semblait-il, sonnait comme un glas.
Etienne Dufau
De la curiosité ... Avant toute chose.... Sur des sujets divers... Sans oublier des coups de gueule, Et des provocations! De l'humour, toujours. Du premier degré, jamais!
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mardi 11 novembre 2008
samedi 8 mars 2008
Journée des femmes
Poème de Etienne Dufau (1945), que j'ai l'honneur de vous faire découvrir, peut-être..
Devinez quel est le castel de la mort lente...?
Double ballade que fit François Villon l'escholier pour damoiselle de Cognac à destination de Dame d'istoires après s'être fort esbaudi de poèmes d'icelle,
Femmes d'ailleurs qui pauvrement vivez
En constants soins de marmots à logis,
Femmes d'ailleurs qui durement trimez
Et qu'à grand tord on impute à mépris,
Sachez que ci sont dames de jadis,
Entre hauts murs Montmorency bastis,
Pour assurer et garder maintenance
D'us anciens qu'Intendante régente
Avec étoile et tour de col garance
En ce castel qu'on dit de la mort lente.
Escaliez qui sans fin descendez
Et que les ans jour à jour ont démis,
Plus ne menez vers sites enchantez
Où règne Amour et ses jeux et ses ris…
De mes doux ans sont tous espoirs ternis,
Aussi plaisirs à jamais engloutis
Dont je n'aurai pour lors la recouvrance
Puisque tout va roulant dessus la pente
De ce castel qui est de Renaissance,
Castel aussi qu'on dit de la mort lente.
Et Verte va par corridors gelés
A menus pas encore mal appris,
Et Violettes à pétales séchés
S' alanguissant loin des printemps permis.
Aurore, aussi partant à Saint-Denis,
Cervelet plein de bachotants soucis,
Et nous toujours en totale constance
Demeurerons en douloureuse attente
Car il n'est point pour nous de délivrance
En ce castel qu'on dit de la mort lente.
Dessous ciel gris noirs corbeaux qui passez
Semblant lancer de fatidiques cris,
Messagers noirs venant des trépassez
Et torturant sans cesse nos esprits,
Que voulez vous à nos corps alanguis?
Errant ainsi dessus ces lieux maudits
Attendez-vous infernale pitance
D'entre ces murs d'où suinte et relente
Ennui de tout par défaut de plaisance
En ce castel qu'on dit de la mort lente.
Et vous Toscan qui les enfers peignez
Où scélérats sont par flammes brasis
Et réprouvés à jamais condamnés,
Sachez que ci sont mêmes lieux maudits.
Veuille Jésus nous mettre en paradis
Par Notre-Dame et tous saints réunis
Car c'est languir en la désespérance
Que de n'avoir ni domaine ni rente
Mais damoiselles à longue surveillance
En ce castel qu'on dit de la mort lente.
Femmes d'ailleurs, plaignez et replaignez
Celles qui sont sans chevaliers amis
Et que l'oubli sèche en ces lieux ventés
Voyez leurs corps qui sont déjà froidis,
Voici Talma sur chaque épaule mis
Par dessus tout morne De Profundis,
Cierges autour en funèbre brulance
Et Libéra dict en chapelle ardente
Car la mort seule assure la partance
De ce castel qu'on dit de la mort lente…
Envoi :
Prince charmant prenez la complaisance,
Vers la mi-nuit, si tel exploit vous tente,
De délivrer celle qui souffre attente
Et se languit de sa désespérance
En ce castel qu'on dit de la mort lente....
1945
Devinez quel est le castel de la mort lente...?
Double ballade que fit François Villon l'escholier pour damoiselle de Cognac à destination de Dame d'istoires après s'être fort esbaudi de poèmes d'icelle,
Femmes d'ailleurs qui pauvrement vivez
En constants soins de marmots à logis,
Femmes d'ailleurs qui durement trimez
Et qu'à grand tord on impute à mépris,
Sachez que ci sont dames de jadis,
Entre hauts murs Montmorency bastis,
Pour assurer et garder maintenance
D'us anciens qu'Intendante régente
Avec étoile et tour de col garance
En ce castel qu'on dit de la mort lente.
Escaliez qui sans fin descendez
Et que les ans jour à jour ont démis,
Plus ne menez vers sites enchantez
Où règne Amour et ses jeux et ses ris…
De mes doux ans sont tous espoirs ternis,
Aussi plaisirs à jamais engloutis
Dont je n'aurai pour lors la recouvrance
Puisque tout va roulant dessus la pente
De ce castel qui est de Renaissance,
Castel aussi qu'on dit de la mort lente.
Et Verte va par corridors gelés
A menus pas encore mal appris,
Et Violettes à pétales séchés
S' alanguissant loin des printemps permis.
Aurore, aussi partant à Saint-Denis,
Cervelet plein de bachotants soucis,
Et nous toujours en totale constance
Demeurerons en douloureuse attente
Car il n'est point pour nous de délivrance
En ce castel qu'on dit de la mort lente.
Dessous ciel gris noirs corbeaux qui passez
Semblant lancer de fatidiques cris,
Messagers noirs venant des trépassez
Et torturant sans cesse nos esprits,
Que voulez vous à nos corps alanguis?
Errant ainsi dessus ces lieux maudits
Attendez-vous infernale pitance
D'entre ces murs d'où suinte et relente
Ennui de tout par défaut de plaisance
En ce castel qu'on dit de la mort lente.
Et vous Toscan qui les enfers peignez
Où scélérats sont par flammes brasis
Et réprouvés à jamais condamnés,
Sachez que ci sont mêmes lieux maudits.
Veuille Jésus nous mettre en paradis
Par Notre-Dame et tous saints réunis
Car c'est languir en la désespérance
Que de n'avoir ni domaine ni rente
Mais damoiselles à longue surveillance
En ce castel qu'on dit de la mort lente.
Femmes d'ailleurs, plaignez et replaignez
Celles qui sont sans chevaliers amis
Et que l'oubli sèche en ces lieux ventés
Voyez leurs corps qui sont déjà froidis,
Voici Talma sur chaque épaule mis
Par dessus tout morne De Profundis,
Cierges autour en funèbre brulance
Et Libéra dict en chapelle ardente
Car la mort seule assure la partance
De ce castel qu'on dit de la mort lente…
Envoi :
Prince charmant prenez la complaisance,
Vers la mi-nuit, si tel exploit vous tente,
De délivrer celle qui souffre attente
Et se languit de sa désespérance
En ce castel qu'on dit de la mort lente....
1945
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