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vendredi 17 octobre 2008

Sainte Crise

La crise est là. Elle inspire de nombreux commentaires. Je vous fais part de quelques remarques de ma part.

- Crise capitaliste? Oui, mais le capitalisme a naturellement des crises. C'est comme pour les tremblements de terre : quand il n'y en a pas eu depuis longtemps, cela veut dire que le prochain risque d'être plus violent. La question n'est donc pas de se demander s'il y en aura une, mais quand. Nos politiques devraient savoir ça.

-Crise financière? Oui, car la bulle à l'origine de la crise est d'origine financière. Elle vient de loin. Depuis 1974, on assiste à une évolution constante de la répartition des richesses créées : plus pour le capital, moins pour les salariés. Reagan et Thatcher ont brisé les contre-pouvoirs salariés et fait le pari que si les riches payaient moins d'impôt, ils seraient plus actifs. En réalité les riches ont placé leurs surplus dans la spéculation financière qui leur promettait des rendements bien supérieurs (de l'ordre de 15%) à celui des investissements industriels.
On estime à 200 milliards d'€, en France et par an, l'argent transféré ainsi des salaires vers le capital (M Jean-Marie Albertini, économiste). Ce n'est pas rien.

L'appauvrissement général (mais pas pour certains) a suscité de nouvelles formes de crédit, qui sont venues amplifier encore la bulle. De même les états, Les Etats-Unis bien sûr, mais l'Europe aussi, ayant renoncé aux capacités contributives des plus riches, ont emprunté massivement, non pas aux banques centrales qui ne pouvaient plus le faire à ces niveaux, mais sur le marché, notamment auprès des "fonds souverains", arabes et chinois surtout.

Il fallait bien que ça s'arrête...

- Crise morale? Oui, essentiellement. Car des fortunes colossales on été créées sur la base de ce que l'on a appelé "la spéculation sur la misère". Ou par des procédés de forbans, comme ceux des Hedge Funds, pour obtenir des rendements supérieurs à ceux que produit un travail " honnête" dans la production. On nous dit que la réponse est dans une meilleure régulation par les Etats, et par des "règles d'éthique". Je dis que la première réponse est donnée par ceux qui étaient partisans du "moins d'Etat", donc je doute, et que deuxièmement l'"éthique" n'a jamais fait de la morale, de même que le strict respect du code de la route n'empêche pas les accidents d'une part, et ne constitue pas ce qu'on appelle une "conduite citoyenne".

- Que va-t-il se passer? Et bien on ne sait pas, bien sûr. Mais, si vous souvenez du Schéma de Mme Kubler-Ross, on peut penser que l'opinion publique est dans sa phase de "sidération". Tous ces milliers de milliards de dollars ou d'euros qui volent en ce moment sont incompréhensibles pour ceux dont l'espoir de pouvoir d'achat supplémentaire se monte à quelques centaines d'euros. La phase suivante est celle de la révolte : il faut s'attendre à de violentes revendications quand la crise évoluera comme les autres : finalement c'est toujours le bas peuple qui paie les folies de nos financiers spéculateurs, et là, ça risque de ne pas passer du tout.

- La fin du Sarkozysme. C'est impressionnant de voir que tous les thèmes de campagnes de notre héros, et de son parti, ont volé en éclat, dézingués en plein vol. L'avantage de la crise, c'est que plus rien ne sera comme avant, et que donc toutes les promesses pourront ne pas être tenues. Elle aura bon dos au moment des bilans...
L'inconvénient est évidemment que le changement de pied va être rude. Le discours de Toulon avait fustigé l'esprit bling-bling, les paillettes et la morgue des riches sur leurs yatchs. Fallait le faire! Et bien ce n'est qu'un début... Les réformes, déjà mal engagées malgré les certitudes béates de M Fillon, seront encore plus difficiles à réaliser.
Il est patent que la promesse de pouvoir d'achat est ruinée, que le bouclier fiscal a été particulièrement improductif et scandaleux, que le developpement de "l'emprunt hypothécaire" était une folie, que la dépénalisation des délits sociaux ne passera plus...
Mais surtout, toutes ses bases idéologiques sont à l'eau : le modèle américain (et pas que sur les finances, mais aussi sur la politique pénitentiaire, la politique de santé, etc) ; l'idée que plus de travail permet de gagner plus : il faudra gagner plus pour payer plus de dégats ; l'idée que réduire les impots des plus riches crée de la croissance.
Pour repartir, il faudrait qu'il se reconstruise entièrement. Je n'y crois pas : le mieux serait qu'il parte.

- Dans toute crise, il y a la promesse d'un monde meilleur (quand on aura fini d'en payer la facture). Ou du moins, un monde moins pire. Si l'argent va plus aux salariés qu'au capital, plus au développement (notamment du tiers-monde) qu'aux retraites des "veuves du Tennessee", si nous consommons mieux plutôt que plus, enfin si ce mauvais exemple permet de mieux installer des valeurs plus "humaines" que financières", alors la crise n'aura pas eu lieu pour rien. Déjà l'Europe a gagné en respectabilité (heureusement qu'on avait l'euro ; il nous manque encore un "gouvernement" pour gérer l'économie de cet euro).

Mais l'Occident a perdu en leadership, les Etats-Unis en premier, mais nous tous européens aussi. Les pays émergents émergent de plus en plus, et les intégristes musulmans y voient la justification de leurs folies. Elle est donc aussi lourde de menaces.

lundi 26 novembre 2007

Grèves et grèves. Kübler-Ross.

Mon habituel sens de l'humour est mis à l'épreuve quand je lis les sottises que profèrent, à l'occasion du conflit sur les régimes spéciaux, de petits napoléons de sous-préfectures et autres poujadistes primaires.

Si j'en parle, c'est un peu parce que j'ai eu la chance d'en vivre, en direct, en première ligne. J'ai eu droit à l'arrêt des services, mais aussi au blocage des non-grévistes par les grévistes, à l'envahissement violent de mon bureau, aux appels du Préfet demandant pourquoi les voitures du service, banderolées avec mon nom, bloquaient le centre ville. J'ai géré les avant-crises, les pendant-crises, et les sorties de crise. Rien d'exceptionnel, surtout à l'époque (78-83), mais très éclairant pour apprécier les postures et les gesticulations de conflits ultérieurs.

Quand vous voulez, ou surtout devez, introduire un changement qui est susceptible de ne pas plaire, et donc de déboucher sur un conflit avec possibilité de grève, il faut commencer par définir sa stratégie, et ses tactiques.
Définir ses buts de guerre, et les moyens de les gagner. Puisqu'on va à l'épreuve de force, identifier et fortifier ses alliés, constituer des réserves stratégiques (Ah! Mme Thatcher et votre stock secret de charbon pour un an!), établir finement son plan de communication.

Tactiquement, utiliser tous les moyens pour convaincre le personnel, en passant par la hiérarchie naturelle -ne comptez pas sur les syndicats pour vous y aider-, divisez les adversaires -ils vous opposeront "l'Union"-, isolez les "gauchistes" en négociant intelligemment avec les réformistes et pour cela utilisez vos biscuits mis en réserve. Si votre encadrement est plutôt favorable aux grévistes, vous êtes TRES mal...

Enfin sachez utiliser le temps, pour faire mûrir un process d'évolution que Madame Elisabeth Kübler-Ross a décrit par ailleurs, mais qui est très utilisable dans ce domaine.
Face à une situation considérée comme "impossible, inacceptable", bien qu'inéluctable, nous réagissons ainsi :

- 1 nous subissons un choc, et nous nions la réalité (sidération)
- 2 nous nous mettons en colère
- 3 nous essayons de marchander, pour éviter l'inévitable
- 4 nous faisons une dépression
- 5 nous pouvons alors seulement entrer dans une phase d'acceptation.

Si vous accompagnez vos grévistes jusqu'à l'acceptation, vous avez gagné, le travail peut reprendre. Si vous ne comprenez pas ça, attendez-vous à de gros ennuis. Par exemple, pendant la phase "colère", laissez brûler le bois : ce n'est pas le moment d'envoyer les CRS. Au moment de marchander, usez de votre salive, de la carotte et du bâton. Au moment de la dépression, dites des mots gentils de compassion. Faites tout ceci à contre-temps, et vous finirez roulé dans le goudron et les plumes.

Il peut arriver que la grève "pète" toute seule. Vous ne l'avez pas vu venir. Faites très vite le process précédent dans votre tête :
1 "Ah, c'est pas vrai! ils vont pas recommencer!"
2 "Alors, bande de nuls, vous n'avez rien vu venir!!? Ils vont encore nous faire ch... Qu'est-ce qu'ils veulent encore? Des sous? J'en ai pas! De la dignité? Mais pour qui ils se prennent! "
3 "Appelez Thibault et Chérèque. Dites-leur d'arrêter ça. Chef? tu gères, ou je gère? Si oui, avec quoi?..."
4 "Je suis foutu. Ca va être le foutoir, encore. Mon patron va encore me lâcher en rase campagne, après m'avoir dit de rien céder. Et je n'ai pas que ça à faire, etc"
5 "Bon, faut y aller... Voyez si on peut recevoir une délégation..."

Alors seulement, vous aurez suffisamment repris vos esprits pour sortir à moindre frais de la crise.

La crise des Régimes spéciaux me parait contraire à toutes les règles du bon sens. Faire des économies? on est parti pour que ça nous coûte cher (avis de JM Apathie sur son blog). Assurer l'équité? C'est bien sélectif, comme approche. Bousiller la CGT? On sait ce qu'on a, on ne saura pas qui on aura après, et puis ce n'était pas la peine de faire l'unité de tous contre soi. Rassembler les français pour réussir les réformes? Je ne vois que divisions, petites ruses infâmes, volonté d'humilier, mesquineries (surtout Fillon, un spécialiste, droit dans ses bottines). Rien qui ressemble à une réforme réussie. Alors on lance les beaufs, à grand renfort de propagande TV, à réclamer "la fin des grèves dans les entreprises en monopole"," la suppression des subventions aux syndicats", "envoyez les CRS les remettre au boulot", etc. Seules victimes de ce foutoir : les usagers qui galèrent, et l'intelligence politique.

Maintenant, on crie à la "Victoire de Sarkozy contre des privilégiés". Une jolie victoire à la Pyrrhus pour l'instant, car on a eu tout ce foutoir uniquement pour commencer à parler. Et je ne vois pas comment en 4 semaines, le gouvernement va les conduire à accepter sa réforme. Bonne idée d'avoir dit 4 semaines : ce sera juste avant Noël, une bonne épée de Damoclès. Pourquoi ne pas avoir dit 6 semaines, ça nous amenait après les fêtes... et la loi sur le service minimum.

"Si on ne fait pas cette réforme, on n'en fera pas d'autres", disent-ils. En s'y prenant comme ça, il vaut mieux effectivement ne pas continuer.

Le dernier point sur les vaccins

Hier 14 juin 2021, le Président Macron tenait une conférence de presse à l'issue du conseil de l'OTAN, et de sa conversation avec...