samedi 11 février 2012

Scénario 2

Ce qui paraissait impossible était finalement arrivé : M Sarkozy avait réussi à gagner son second mandat.

Dans une situation a priori désespérée, il avait tenté le tout pour le tout. Sous prétexte d'inaugurer là une crèche, ici un commissariat, il avait tous les jours que Dieu fait maintenu un rythme soutenu d'annonces toutes plus folles les une que les autres.

Tous les jours, Mme Morano et autres hystériques criaient au génie ("Le Génie des Carpettes", titra le Canard), tandis que ses opposants en avaient le souffle coupé d'indignation.

Les referendum contre les chômeurs ou les immigrés, furent des coups d'essai réussis, et il enchaîna :
- la suppression par ordonnance du statut de fonctionnaire (rien que le code du travail, sans convention collective). On cria "au boulot, les feignasses!", et il gagna 5 points sur ce coup-là.
-pour faire bon poids, il annonça la suppression des 13ème, 14ème et 15ème mois dans le secteur bancaire, avec pour slogan "les banques doivent payer". Les chefs banquiers furent du reste ravis, allez savoir pourquoi!
-il se donna 6 mois pour créer des "agences" pour gérer tout ce qui était collectif : agence des routes nationales et agences départementales des routes éponymes (le mot est de Guaino), écoles et lycées, services d'Archives, musées et bibliothèques, sapeurs-pompiers, collecte des impôts... On fit passer l'information comme quoi ces agences seraient par nature privatisables, et que le budget de l'Etat serait définitivement sauvé.
-la généralisation à toute la France du régime du Concordat, limité auparavant à l'Alsace-Lorraine. Cette riposte à la proposition de F Hollande laissa pantois nos Eminences, qui n'en demandaient pas tant.
-le refus du mariage Gay et la fermeture par extinction (pas de remplacement des personnels partants) des centres de planning familial et d'IVG, mit tous les cathos en pâmoison, qui devinrent d'ardents prosélytes : soit on votait pour Sarkozy, soit on était pour l'avortement obligatoire. Le Net fut envahi de leurs pétitions, qu'on devait "liker", et RT, sous peine de péché mortel.

En promettant ainsi tout, -et je parle pas des engagements locaux (chaque département aurait son EPR à 2000 emplois pièce, etc)-, grâce au matraquage des TV et du Figaro, l'opinion changea, un peu. Dans le tas, il arrivera bien à faire des choses, quand une seule suffirait à sa gloire. Comme il aimait le dire, il "cliva", et il cliva fort!

Cerise sur le gâteau, Point de Vue montra Solal jouant avec sa tante Giulia, et le coeur de Margot fondit...

 Les oppositions furent mises à mal. Mme Boutin se rallia, comme prévu, comme "pro-Vie". Villepin et Dupont-Aignan disparurent des radars, mystérieusement, comme s'ils avaient été soumis à un méchant chantage. A gauche, on n'entendit plus leurs propositions dans le vacarme publicitaire et  les invectives. Ils tentèrent un slogan "Sarko et son programme à la hongroise", ça ne passa pas.

Au premier tour, M Sarkozy surpris donc avec ses 28%, contre 31 à Hollande, et 17 à Marine : le siphonnage des voix avait encore bien fonctionné, et Marine en fit une grosse colère à la TV : Guéant lui répliqua d'arrêter de copier sur le programme de Sarkozy : c'était maintenant lui l'original, et elle se rallia.

Le débat pour le 2ème tour fut terrible : Sarkozy prit un air de commisération chaque fois que Hollande parlait, n'écoutait pas sa réponse, puis récitait un morceau de son programme. C'était tout, sauf un débat. Hollande ne trouva pas le défaut de la carapace, et s'énerva : Sarko fut déclaré vainqueur.

Le soir du second tour restera dans la mémoire collective. A 20heures, tout le monde retenait son souffle quand les TV annoncèrent leurs évaluations : c'était 50/50! L'exaspération était à son comble, quand Guéant lui-même annonça qu'il s'en remettait au Conseil Constitutionnel, ses ordinateurs convergeant vers un écart inférieur à 100 voix...

Enfin, à la fin de la semaine, le Conseil trancha : c'était M Sarkozy, sans discussion possible puisque les électeurs de Wallis et Futuna avaient voté à 98% pour lui. Hollande disparut 3 jours... On parla de La Pierre Qui Vire...

Le résultat est qu'il revint plus fort que jamais : nous ne laisserons pas faire cette infamie! Nous allons gagner les législatives, et le bouter hors de France.

Etait-ce l'arrogance de Copé, nouveau Premier Ministre, ou les gaffes de la nouvelle Ministre du Tourisme, Mme Le Pen? Toujours est-il que la gauche gagna son pari, et que commencèrent pour M Sarkozy les 5 années les plus difficiles de sa vie...