jeudi 17 août 2017

Août 1917 Verdun Souvenirs de mon grand-père -7

La cote 304           

Le camion qui précédait le nôtre démarra. Notre conducteur, avec cette indifférence des hommes dont c’est la mission d’en véhiculer d’autres par les routes, monta sur son siège et mit le moteur en marche. Le lourd camion démarra à son tour d’un coup brusque et inattendu.
           
Nous étions environ une vingtaine, pour la plupart debout. Des sacs et des fusils étaient entassés pêle-mêle.
            
La matinée était belle, très belle. Le soleil étincelait déjà haut dans le ciel radieux. Je m’étais appuyé des reins contre une traverse, à un angle arrière de la voiture, et je pouvais ainsi embrasser du regard le chemin que nous venions de parcourir ou bien, en détournant légèrement la tête, considérer l’immense plaine qui s’étendait de chaque côté de la route. Après chaque tournant disparaissait pour instant le véhicule que nous précédions et puis, lorsque la route étirait son rectiligne ruban, il réapparaissait dans un nuage de poussière. Parfois cela formait au loin comme une procession de monstres vrombissants qui se poursuivaient sans s’atteindre, dans une sorte de course infernale.
            
La chaleur devenait insupportable, mais les arbres nous baignaient au passage de leurs ombres fugitives et rafraîchissantes et en me redressant de toute ma taille il m’était infiniment agréable d’éprouver sur mon visage la caresse de leurs souples feuillages. Ces sensations, ne les avais-je pas éprouvées déjà dans le passé, lorsque aux bords du lac Daumesnil je faisais glisser silencieusement ma barque sous les branches basses qui avançaient au-dessus de l’eau leurs palmes. Il y avait longtemps que nous avions perdu de vue le clocher de Rambercourt-aux-Pots lorsque la vision d’un humble et paisible travail des champs s’offrit à nos yeux. Un attelage, des hommes, une femme. Tout cela semblait immobile à cause de la distance, mais tout cela flambait dans une lumière intense qui ne me pénétrait pas. Des moissonneurs, peut-être.
            
Mes compagnons demeuraient silencieux et cela aussi me peinait de les voir tous si jeunes, si peu des hommes encore sous leurs casques. J’aurais aimé connaître leurs pensées, mais ils ne pensaient sans doute à rien, du moins pendant de longs moments. Je me sentais fraternellement unis à eux par les nerfs et par le sang. N’étions-nous pas tous, à cause de ce soleil et de cette terre, à cause de notre jeunesse ou en dépit d’elle aussi, promis à d’impitoyables et sanglantes moissons ?
            
Mais le temps de la moisson était révolu et les moissonneurs allaient bientôt se reposer des fatigues de l’été. Pourtant, d’autres moissonneurs que je ne connaissais pas ne tenaient guère compte des saisons. Je les imaginais penchés sur des cartes très détaillées, notant et pointant. Ils méditaient des plans, envisageaient des circonstances, calculaient des forces, donnaient des ordres et un jour arrivait où, sur des camions, de jeunes hommes faisaient comme des rectangles d’épis bleu horizon en marche vers d’immenses faux qui tranchaient des vies brutalement, sous des éclairs de feu et d’acier. Pendant tout le printemps, tout l’été, l’ennemi n’avait cessé de bombarder ce secteur avec des obus de gros calibres. Il avait continuellement attaqué et cela obstinément, furieusement. Des positions essentielles avaient été perdues et la route de Verdun était menacée. Il nous fallait tout reprendre de ce qui avait dû être abandonné, et ce serait une grande attaque pour laquelle on avait rassemblé une artillerie formidable et des troupes d’élite.
            
Nous traversions des villages et je me souviens d’un régiment de coloniaux qui nous acclama parce que, sans aucun doute, nous allions être de la même fête que lui. Le paysage devenait plus boisé et il y avait, au bord de la route et encadrée par des arbres, une baraque qui portait sur son toit une immense croix rouge. Une femme, tout de blanc vêtue, nous tendit ses deux bras comme pour nous témoigner visiblement l’offrande qu’elle nous faisait de son cœur et de sa peine.
            
L’étrange pensée me vint alors que son regard venait de rencontrer le mien et je songeai qu’elle serait peut-être mon infirmière d’ici peu de temps…

Comme nous passions en vue d’un village avant d’arriver dans le bois Saint-Pierre, notre dernière étape, un homme fit cette réflexion :
            "Personne ne peut savoir comme moi ce qu’il peut y avoir de rats dans cette saleté de patelin…"
            
Il n’y eut pas de commentaires et personne évidemment ne mit le fait en doute.
            
Au milieu d’une clairière, après avoir quitté les camions qui nous avaient transportés, on nous disposa par colonnes de compagnie avec ordre de nous débarrasser de tout ce qui pouvait nous encombrer. Et on se mit en tenue d’attaque : vareuse, toile de tente en bandoulière, musettes et bidon, naturellement.
           
 J’ai fait un petit trou dans la terre et enfoui deux ou trois lettres, puis je me suis redressé avec cette sensation de n’avoir jamais été si souple, si dispos, si léger aussi.

 Et un peu avant que le soir ne tombe, nous nous mîmes en marche sans rien connaître de notre lieu de destination.

(à suivre)...

lundi 14 août 2017

Août 1917 Verdun Souvenirs de mon grand-père (6) (suite)

Avez-vous remarqué le rôle crucial du Lieutenant Nonorgue? Lisez la suite....

Je venais de rejoindre ma compagnie après avoir eu un entretien avec le lieutenant Nonorgue. Il m’avait parlé de mon patriotisme, qui ne pouvait que m’inciter à accomplir je ne sais plus trop quelle mission ou à accepter je ne sais plus trop quel risque. J’avais répondu qu’on pouvait disposer de moi comme on voudrait, non à cause de mon patriotisme qui n’avait rien à voir dans l’affaire, mais parce que, étant le plus jeune sergent de la compagnie, je considérais comme une obligation de m’exposer plus que quiconque au danger.
            
Je me suis toujours demandé ce qui avait pu motiver cette réponse de ma part, cette réponse qui satisfaisait ma fierté par le seul fait qu’elle me semblait aller au-devant d’une lourde ironie ou d’une perfide intention.
            
Puis l’ordonnance de celui que je venais de laisser à des ridicules machinations tenta de me faire rire en me racontant les dernières de son supérieur. Il riait tout en faisant reluire une paire de brodequins et me tenait un discours interrompu de "s ‘pas", mais je n’avais pas, mais pas du tout alors, envie de rire.

Mes hommes s’inquiétaient peut-être de me voir souvent solitaire et pensif, souvent absorbé par une lecture, et un pari s’était tenu entre eux sur le point de savoir si j’étais ou non séminariste. Je m’étais associé un soir aux libations qui suivirent cet étrange pari, mais après mon départ, le lieutenant Nonorgue ayant fait irruption dans le cantonnement entendit cette appréciation sur sa personne :
           
"Nonorgue, c’est une vache…"
            
L’homme aux "s’pas", qui venait d’avoir l’idée de remplacer les balles ordinaires par les balles de bois, pour économiser sans doute les munitions nécessitées par le tir des grenades à fusil, et fut, de ce fait, l’auteur de quelques accidents, me demanda de réunir la compagnie afin d’exposer ce que je pensais de la discrétion et des moyens à prendre pour rester, en toutes circonstances, discret. Comme le sujet qui m’était proposé m’étonnait, notre inénarrable commandant de compagnie, qui se tenait à mon côté au milieu des hommes formés en carré, vint à mon secours et de la manière la plus imprévue qu’on saurait imaginer. Il fallait pour être discret ne pas dire tout haut en première ligne le numéro de son régiment, ne pas parler pendant les relèves, et ne pas boire trop vers le soir, dans les cantonnements. L’allusion était évidente, mais ce n’est pas tout de suite qu’elle apparut dans tout son comique.
            
Mais chacun avait confusément compris que la discrétion consistait surtout à ne pas assimiler verbalement et sous l’influence du vin le lieutenant Nonorgue à un ruminant monté sur deux pattes et galonné aux manches de deux ficelles d’or…

          
On avait fait des simulacres d’attaque où la cote 304 pouvait bien être figurée par un champ ou par un pré sans altitude aucune.
            
Et puis, un matin, sous le soleil, on avait présenté le drapeau. Toutes les poitrines étaient bombées et toutes les baïonnettes se dressèrent ensemble vers le ciel, immobiles. On sentait comme un cœur immense et unique qui battait.
            
Un grand miracle de silence et d’amour venait de s’accomplir à cause de ces trois couleurs qu’on voyait émerger là-bas, au-dessus de quelques casques.
            
Je voyais pour la première fois le drapeau de mon régiment et souvent j’avais détesté cette guerre où l’on ne voyait jamais de drapeaux.
            
Maintenant, je connaissais mon drapeau et je venais de mesurer toute cette force et toute cette fidélité qui me bouleversaient éperdument.

 Le commandant Dubec m’avait fait appeler par un agent de liaison :
           
"Allez me chercher mon petit sergent…"
            
Je me trouvais maintenant immobile, figé en ce "Garde à vous" impeccable qu’il exigeait de tous ceux qui se présentaient devant lui.
           
La pièce était vaste et claire, meublée de choses anciennes. Dans un angle se trouvait une petite table qui servait de bureau. Tout était net, bien en ordre.
            
Cet homme était un chef. De taille moyenne, le corps bien pris dans un uniforme bien taillé, le commandant Dubec était le type même de l’officier français. En le considérant, on pensait à une épée et à des gants blancs. En lui de vieilles traditions militaires vivaient intensément.
            
Le visage n’était pas harmonieux. Le front avait un pli, le nez légèrement bourbonien déviait un peu de côté, la moustache et la barbe grisonnaient. Le regard s’abaissait souvent sur le sol et puis montrait deux yeux vifs et perçants aux reflets gris ou bleus, qui faisaient songer à ces lueurs qu’ont certains aciers de guerre. La voix était nette et parfois d’une infinie douceur.
            
Comme il m’entretenait de la tenue des hommes et de la propreté des norvégiennes des roulantes, un régiment passa dans la rue, dont les hommes portaient la fourragère vert et or.
            
Il m’entraîna vers la fenêtre dont il ouvrit largement les deux battants, puis, me serrant affectueusement l’épaule de cette main qu’il avait si fine et si ferme :
            
"Voyez-vous, je voudrais que notre régiment portât un jour la fourragère aux couleurs de la Médaille militaire…"
            
Je ne répondis rien à ce désir qui venait de s’exprimer d’une manière aussi inattendue.

            
Un grand silence s’était fait entre nous où passait peut-être la vision dorée d’une gloire impondérable et capricieuse.

vendredi 11 août 2017

Août 1917 Verdun Souvenirs de mon grand-père (5)

(suite)            

On apercevait un coin de ciel à travers le toit de l’église de Rambercourt aux Pots. De durs combats s’étaient livrés là, en septembre 1914.
            
Une jeune étrangère, une infirmière anglaise, venait chaque matin méditer ou prier sous la vieille voûte endommagée, et un jour, je la vis qui prenait des photographies.
            
Le village où nous venions d’arriver au repos était un gros bourg meusien que seules animaient alors ces multiples activités qui sont celles des soldats au repos. De vieilles maisons paysannes, aux escaliers souvent extérieurs, bordaient une route assez large. Des hommes se tenaient par groupes au seuil des cantonnements constitués par quelques granges qui ouvraient sur d’étroits trottoirs mal définis.
            
Je logeais dans la maison du percepteur, à côté de l’infirmerie où, chaque matin, un tout jeune major administrait l’ipéca, le bismuth, la purge ou la pilule d’opium à des malades dont la maladie donnait prétexte à une exemption de service d’un à trois jours. Il m’arrivait vers le soir d’emprunter la bicyclette du cycliste de bataillon pour une petite randonnée vers des villages voisins, mais ce véhicule était si petit pour mes longues jambes que je ne pouvais quitter la ligne droite, à cause de mes genoux qui venaient à chaque coup de pédale heurter contre le guidon.
            
La vie, à Rambercourt aux Pots, aurait été bien monotone si je n’avais fait connaissance avec une jeune institutrice et sa mère. Cette dernière n’avait pas toutes ses facultés et regrettait le temps où, selon ses dires, elle aurait pu s’entretenir longuement avec Monsieur Poincaré en personne sans éprouver la moindre gêne.
            
La jeune institutrice m’entretenait de ses lectures et de ses projets en un lieu situé à proximité de la popote des officiers, sous un arbre il me semble, au milieu d’un pré, et cela n’était pas sans intriguer le lieutenant Nonorgue, qui s’en venait parfois rôder dans nos parages. Le lieutenant Nonorgue ne me portait certes pas dans son cœur, mais il devait souverainement détester cette jeune fille qui avait, un soir, décliné ses avances en lui signalant qu’ "il sentait le juteux".
            
Comme, à la nuit tombante, un jeune clairon s’entretenait au seuil d’une grange avec une fille du pays, et cela assez longtemps après l’extinction des feux, notre Breton survint et me rendit responsable de ce qu’il venait de voir. Je lui répliquai que, n’étant pas de service, ces choses-là ne me regardaient pas, et que d’ailleurs je n’étais pas jaloux…
            
Ce petit incident n’en contribua pas moins à tendre encore davantage, entre le lieutenant Nonorgue et moi, des rapports dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils manquaient de confiance et de cordialité, mais je savais que, dans peu de jours, je perdrais cette indépendance que m’avaient value depuis un mois mes fonctions bureaucratiques, vis-à-vis d’un supérieur qui savait que bientôt je rejoindrais sa compagnie et qui, sous une lourde paupière, guettait déjà d’un œil satisfait une proie qui ne pouvait plus lui échapper.

 Le sergent Tassain venait quelquefois visiter ses anciens camarades. Il était un ancien légionnaire, d’origine alsacienne. Au début de la guerre, il avait assommé, dans une auberge de Bartenheim, un officier allemand qui lui avait affirmé que, dans trois jours, les armées du Kaiser défileraient à Paris. Puis il était passé chez lui, avait pris quelques marks et, par la Suisse et malgré ses cinquante-quatre ans, il avait rejoint les lignes françaises.
            
Tassain, de son nom véritable, Groner, était une sorte de géant sec et tout en nerfs. Le masque était énergique, les yeux noirs et durs, mobiles étonnamment. Le geste et la parole étaient vifs. Deux désirs menaient sa vie : tuer ses beaux-frères qui avaient servi dans l’armée allemande, et rentrer à Bartenheim avec "le Métaille militaire" sur la poitrine.
            
Tassain était un magnifique soldat et des instincts de primitif le liaient à la guerre, hors de laquelle, semblait-il, ils n’eussent pu se manifester. Il avait quelque chose du chasseur ou du trappeur, et comme gibier, le Boche lui suffisait. Lorsqu’on lui parlait d’un coup de main ou d’une attaque, il coupait net :
            
"Le Poche, tu peux pas l’avoir que par le païonnette…"
           
Le capitaine Mazella lui avait fait obtenir la Médaille militaire, et il portait la glorieuse récompense avec la fierté d’un grand enfant qui n’aurait attendu que cela pour être heureux. Il avait été, disait-on, proposé pour la Légion d’honneur, et ses exploits faisaient l’admiration de tous.
           
Il m’avait demandé, au cas où il ne reviendrait pas de la guerre, d’aller visiter ses enfants en Alsace.

            
Il fut tué quelques jours plus tard et je ne manquai pas de m’acquitter, en 1921, de la promesse que je lui avais faite.

(à suivre)

jeudi 10 août 2017

Août 1917 Verdun Souvenirs de mon grand-père (4)





(Cliché Etienne DUFAU, droits réservés)

Ce caporal infirmier faisait de la photographie et il retirait de cet art un profit certain. Il s’était spécialisé dans les scènes de guerre et il était passé maître dans la fixation sur pellicules de toutes les horreurs possibles. Son chef-d’œuvre avait été la prise, à Vermandovillers, d’un bout de tranchée où s’entassaient des morts. Il n’arrivait pas à satisfaire toutes les demandes, et ce n’était certes pas parce qu’il manquait d’hyposulfite de soude, ce produit qu’il trouvait en abondance au poste de secours. Il me disait souvent, en épanouissant un sourire satisfait et en esquissant un geste de lassitude :

"Ils veulent tous "les Cadavres". Je n’arrive plus à fournir des cadavres. Je n’ai plus de cadavres".
            
Les cadavres, ainsi prononçait-il, avaient tous les succès mais les saucisses ne se vendaient pas, et pourtant il avait très nettement saisi la descente des parachutistes sous les ballons d’observation incendiés. Le marchand de cadavres et de saucisses s’appelait Lejeune et tout le régiment le connaissait comme vendeur de cadavres et de saucisses.
            
Des sapes s’ouvraient à mi-côte, au flanc d’une crête dénudée. Le lieu où nous nous trouvions s’appelait le ravin des Fontenettes. Non loin d’un ruisseau presque à sec se trouvait une fontaine, où nous allions chercher de quoi nous rafraîchir ou nous laver. Cette fontaine était constamment sous le feu des fusants et son accès n’était pas sans danger.
            
Un matin, comme je m’étonnais que la plupart des obus qui tombaient non loin de nous n’éclatassent pas, je pensai tout d’abord que c’était à cause du terrain qui formait marécage de chaque côté du lit de la rivière, mais cela m’étonna tout de même, et tout de suite je pensai à des obus chargés de gaz. Je réveillai le clairon, qui donna l’alarme, et je mis mon masque. Cependant, beaucoup d’hommes avaient été pris pendant leur sommeil par ce qu’il était accoutumé d’appeler alors des gaz de combat, et on en évacua un grand nombre.
            
Vers le soir, le secteur devint mouvementé et des bruits coururent. On rassembla les hommes et le commandant Dubec se tenait impassible au milieu de nous. Des blessés encombraient des carrefours pendant que le ciel répercutait les bruits infernaux de la terre. Je me souviens du danger qu’il y avait à franchir, par-dessus un ruisseau sinistre, une petite passerelle de bois sur laquelle s’acharnait l’artillerie ennemie, mais je ne sais plus ce qui advint par la suite car je me trouve, après tant d’années et aussi à cause de la forte commotion que j’éprouvai au moment où je fus blessé, comme devant des vides que mes souvenirs ne peuvent combler.
            
Je ne saurais même plus dire ce qui m’arriva lorsque je fus, à la suite d’un coup de main, chargé de flanquer de feux un ravin que je n’arrivai pas à découvrir sur la carte, et qui devait être le ravin de Noifontaine.
            
D'autres faits encore m’échappent, qui sont les faits ordinaires de la guerre, mais qu’importe, je ne raconte pas la guerre mais je laisse plutôt défiler quelques ombres sur l’écran que la lumière des jours défunts n’éclaire que misérablement.
            
En quittant un bois, en plein sur la route poudreuse qui nous conduisait vers l’arrière, un obus, un seul obus a sifflé. Personne n’a quitté la colonne, personne sauf l’adjudant Meudec, qui s’en est allé vers un trou pour se mettre à l’abri. La mort l’a pris là-même où il pensait l’éviter.
            
L’adjudant Meudec était un Breton lourd et têtu, quelque chose, dans le civil, comme un mandataire aux Halles. Sa femme le tenait au courant des cours dont il nous faisait part. On savait que les carottes se trouvaient en hausse ou en baisse, et on s’intéressait par sympathie.
            
"Tu te souviens, Monganaste, à Marcheville ?… Et aux Eparges, tu sais, le point X…"

            
Il est des timbres de la voix, des inflexions de rien du tout qui vous rendent une présence. Les voix comme les musiques sont de terribles revenants.
(à suivre)

mercredi 9 août 2017

Août 1917 Verdun Souvenirs de mon grand-père (3)

Voila une carte qui vous permettra de suivre les événements sur le terrain. Verdun est au milieu à droite, Avocourt en haut à gauche, Cheppy au NW d'Avocourt.

Je le revois encore, non pas bouleversé par les torpilles, mais net et intact, tel qu’il m’apparut aux toutes premières lueurs de l’aube, après une relève, en ces instants où l’on essaie de se situer dans l’inconnu d’un secteur nouveau.

Et tout de suite je m’étais attaché à ce petit poste situé à la pointe extrême de nos positions en avant d’Avocourt, sur la rive gauche de la Meuse. J’avais même éprouvé pour lui comme une sorte d’attachement charnel à partir du jour où des avions ayant signalé des rassemblements ennemis dans le bois de Cheppy, il m’avait été plus particulièrement confié à cause des attaques dont il serait probablement l’objet. J’aimais ce petit coin de terre française dont je me sentais si hautement responsable, et nous étions quatre hommes qu’unissait une récente camaraderie, faite de confiance et de loyauté.

Et nous avons tenu tous les quatre quand les mauvaises heures sont venues, tenu dans la fumée et dans le bruit, comme savent tenir ceux qui n’ont plus d’espérance parce que les autres ne savent pas et que, même s’ils savaient, ils ne pourraient pas venir pour soutenir ceux qui se savent sans soutien. C’est tout de même quelque chose de grand que le désespoir car il tend les muscles et les volontés jusqu’à cette inconscience farouche où tout se facilite en se simplifiant. Et magnifiquement on supporte l’enfer en le dominant et il semble qu’on porte en soi quelque chose d’immatériel et d’inconnu rebelle à toutes les mauvaises forces qui se conjuguent pour le déchirement, l’engloutissement, l’anéantissement.

Je voudrais me rappeler les angoisses ou les défaillances, les terreurs aussi, mais je ne sais rien exprimer de certaines heures où je percutais des grenades contre mon casque pendant que les fusils tiraient, que les mitrailleuses crépitaient et que la terre s’entrouvrait alentour de nous sous de monstrueux chocs qui laissaient nos poitrines sans souffle, dans une haletante oppression. Des jours et des nuits passaient et je n’avais même pas une fusée rouge pour demander le barrage d’artillerie. Insensiblement, nos forces s’usaient ou nous abandonnaient, et il arriva un temps où, après avoir fait tout mon possible pour soustraire mes camarades au sommeil, ce dernier s’empara de moi traîtreusement, juste parce que j’avais pensé pendant une seconde à la bienfaisance d’un repos grâce auquel il me serait permis d’oublier jusqu’à ma propre existence. Combien il est inexorable ce besoin de sommeil de la vingtième année, et comment y résister lorsqu’on se sent à la limite de ses forces ?
            
Comme le jour allait se lever, un officier qui s’appelait Gautier se glissa vers moi et m’éveilla brusquement. Je ne le connaissais pas, mais il avait été envoyé de l’arrière pour voir ce que nous étions devenus.

 Ma surprise fut extrême et j’ajoute très désagréable. Je ne savais plus exactement qui j’étais ni où j’étais, mais ce que je savais bien, c’est que j’étais une pauvre chose passible d’un article du Code de Justice militaire, lequel prévoit la peine de mort pour ceux qui s’abandonnent au sommeil en présence de l’ennemi.

 Rien ne se passa, fort heureusement, mais il me resta de cette aventure un souvenir amer que j’ai d’ailleurs depuis longtemps chassé et qui suffirait à m’expliquer pourquoi j’ai conservé de ce petit poste tant aimé l’image qu’il me laissa lorsque j’y pénétrai pour la première fois, et que fidèlement la pellicule de mon West Pocket me conserva longtemps.

(A suivre)

mardi 8 août 2017

Août 1917 Verdun Souvenirs de mon grand-père (2)

 suite....          

 J’ai eu la visite d’un jeune officier long et maigre qui, après m’avoir demandé des renseignements sur le secteur, s’est mis à examiner à la jumelle l’espace chaotique et s’étendait devant lui. Il a tenu absolument à décréter qu’un tronc d’arbre était un emplacement de minnen et qu’une planche était un créneau de mitrailleuse. J’ai d’abord discuté et puis je me suis tu car, étant l’officier de renseignement du régiment, il devait savoir toutes ces choses bien mieux que moi. Et puis, il ne pouvait décemment rapporter qu’il n’avait rien vu et ne pas donner ainsi l’occasion d’économiser des obus qui, une amabilité en appelant une autre, nous seraient royalement ou plutôt, nos ennemis étant gouvernés par des empereurs, impérialement rendus.

 J’ai même eu la visite d’un général, une visite très courte, mais au cours de laquelle une manche étoilée s’est agitée devant mes yeux pour marquer un vif mécontentement. Le motif qui me valait une observation et une colère était assez sérieux puisque mon visiteur avait découvert, dans la personne d’un de mes guetteurs, un homme sans cravate. Je ne savais pas tenir les hommes dans les petites choses, et comment ferais-je donc pour les tenir dans les grandes, celles qui regardent et intéressent le destin de la Patrie ?

 Je veux me souvenir ici d’un aumônier qui était venu me voir. Il semblait très vieux et marchait péniblement à cause de l’âge ou de la boue. Il avait relevé sa soutane sur le devant, et en maintenait le bas fixé sur son abdomen, à la manière d’une couche-culotte pour bébé, fixée au moyen d’une épingle de nourrice.

L’homme de Dieu m’a dit quelques mots puis m’a offert deux ou trois cigarettes. En s’en allant, il me laissa la paix du Christ dont j’avais sans doute besoin à ce moment-là, et je savais bien que cette sorte de paix n’était pas celle que les hommes, et encore moins la guerre, étaient capables de me donner.

 Un peu avant minuit, c’est-à-dire un peu avant l’heure où je devais reprendre ma garde, le sergent Lebouc vint me réveiller, et immédiatement je sortis de l’abri que constituait pendant mon sommeil une tôle ondulée, qui maintenait une faible épaisseur de terre au-dessus d’une excavation située entre un bout de tranchée et un pare-éclats.

            "Ils attaquent…"

Je dormais si bien, si profondément, maintenant je me trouvais dans le vacarme et la fumée. Des grenades éclataient en miaulant, des mitrailleuses enchaînaient leurs rafales, des hommes tiraient, l’artillerie donnait à plein pour le barrage qu’une fusée rouge venait de déclencher. La nuit s’était subitement éclairée de fusées qui s’attardaient au sol avant de s‘éteindre, lentement poussées par le vent. Le fracas des minnen perturbait tout et à mesure que je me sentais impuissant à dominer tout ce tumulte et toute cette horreur, un calme extraordinaire me pénétrait jusqu’à porter mon esprit à un haut degré de lucidité. Je voyais tout, j’entendais tout, je dominais tout en éprouvant sur ces hommes dont je voyais sous les casques les traits tendus, comme un ascendant que j’avais toujours ignoré. Cependant, je les sentais un peu désemparés car celui qui m’avait sorti de mon sommeil ne semblait plus maître de lui. Le sergent Lebouc était blessé et il me demanda de lui donner sa musette. En boitant, il se dirigea vers l’arrière en me laissant sa section.

 Je me revois à cette minute même où, follement, je me dressai sur le parapet, de toute ma taille, pour qu’on me vît de partout et qu’ainsi on me sentît comme un chef et au-devant d’un danger que mon attitude niait puisque je savais bien que l’ennemi n’attaquait pas. Je ne juge pas cette attitude, je ne sais pas si les circonstances la commandaient, mais j’avais obéi à un ordre intérieur dont le caractère impérieux m’avait poussé à agir de cette sorte.

 Le barrage cessa, et l’on n’entendit plus ni grenades ni balles. Des fusées continuaient seulement à balancer au ras du sol de faibles clartés en découpant sur celui-ci des ombres qui tournaient. Le calme était revenu et tout s’était apaisé comme sous la baguette d’un invisible chef qui, après avoir déchaîné de monstrueux instruments, ne jugerait pas utile à sa gloire de prolonger plus longtemps son infernal effet.

 Quelques jours plus tard, au repos, on remettait une brillante citation au sergent Lebouc. Il n’avait, disait cette citation, quitté une position violemment bombardée qu’après avoir passé les consignes à son successeur. Le successeur que j’avais été en ces circonstances héroïques se rappelait très bien que le sergent Lebouc aurait pu être cité non pour m’avoir passé des consignes, mais pour m’avoir demandé une musette à laquelle il tenait sans doute tout particulièrement.

 Inutile d’ajouter que l’histoire en amusa plus d’un…

Et cela me remet à l’esprit ces citations qui furent données à notre colonel, qui fut tué ainsi qu’un commandant, un capitaine et deux hommes, dans une sorte d’entonnoir qu’ils avaient pris comme observatoire pour mieux voir les lignes allemandes. Un obus était arrivé et je ne crois pas qu'on ait jamais retrouvé les traces de ces infortunés.

"Au moins, me dit un territorial qui circulait dans un boyau, les Boches, ce sont de vrais socialos car, regardez un peu, ils bouzillent tous les gros…"

Malgré l’union sacrée chère à Maurice Barrès, la politique ne perdait donc pas tous les droits.

On libella des citations pour les victimes, et en les écoutant, je remarquai que plus les grades étaient élevés, plus les citations étaient longues. Cela allait de quelques mots à quelques phrases. Mais, était-ce un oubli, il n’y avait rien pour les deux soldats qui pourtant avaient, eux aussi, bien mérité chacun au moins un «mort pour la France", qui eût tout de même laissé au repos cet esprit de justice et d’égalité qui veille toujours au fond des cœurs des humbles de chez nous, et particulièrement quand ces cœurs-là sont généreux et qu’ils battent sous une capote bleu horizon.

(à suivre)

lundi 7 août 2017

Août 1917 Verdun Souvenirs de mon grand-père (1)

Nous arrivons au centenaire de la bataille dans laquelle mon grand-père fut grièvement blessé le 20 août 1917 devant Verdun. Il est affecté au 303ème  Régiment d'Infanterie.

Je vous mets, pour l'Histoire, quelques extraits de ses Souvenirs.

Devant Avocourt

 Nonorgue n’était pas un surnom mais le nom même de l’officier qui commandait la compagnie à laquelle on venait de m’affecter, la 21ème.

 Je n’oublierai jamais le jour où, pour la première fois, je me trouvai devant cet homme. Il m’avait fait demander par un de ses agents de liaison, et je m’étais trouvé, au fond d’un baraquement en bois, face à face avec l’être le plus antipathique qu’il m’ait jamais été donné de rencontrer. Et tout de suite, un curieux malaise m’avait saisi, comme celui qu’on éprouverait à la vue d’un animal dangereux.

Quelquefois la terre tremblait et gémissait sous les chocs et sous les explosions. Elle se soulevait aussi comme pour s’entrouvrir afin d’engloutir à jamais ces hommes qui lui faisaient horreur et qu’elle ne voulait plus porter. Cependant, elle restait maternelle et protectrice et, à force de souffrir, se faisait presque humaine. Elle avait pitié, au fond, des pauvres hommes qu’elle avait, pendant des siècles, aimés et nourris. Ils le sentaient fort bien d’ailleurs, et sous les monstrueuses et meurtrières rafales, ils se confondaient avec elle jusqu’à ne plus faire qu’une même argile ou une même chair. Elle ne les repoussait pas, elle les acceptait pour le prix d’un peu de peur ou d’un peu de sang. Et puis, le calme un instant revenu, elle les rendait dans un nuage de fumée en leur laissant encore cette force étrange qui vient des profondeurs inviolées qui est celle des roches et des granits tièdes. Mais j’ai senti souvent qu’elle était lasse et indifférente, hostile même mais d’une hostilité qui ne se découvre pas. Elle est la plus forte car elle est la sagesse en opposition permanente avec la folie des hommes. Elle sera surtout la plus forte parce qu’un jour viendra où elle aura tout nivelé, tout recouvert. On dirait qu’elle a conscience de l’avenir et que c’est sa paix, à elle, qui aura raison.

La terre ne pardonne pourtant pas encore qu’on lui ait fait violence et n’accepte pas que ses chemins et ses plaines deviennent des tranchées, ses sources et ses ruisseaux des bourbiers, ses champs et ses prés des entonnoirs, et ses bois et ses forêts des alignements irréguliers de piquets déchiquetés ou calcinés. Elle n’accepte pas non plus, elle, la terre, de devenir la nuit sous les fusées multicolores, un paysage lunaire et désolé. Enfin, elle ne comprend pas, n’admet pas et repousse la guerre qui dénature, bouleverse et anéantit.

 Tout ce secteur portait autrefois le nom d’une forêt et on a conservé sur une carte le nom de cette forêt. On ne voit plus, sur un plan directeur, que des lignes bleues ou rouges, et maintenant ce n’est plus que cette topographie-là qui importe. L’ennemi est pourtant dans le bois de Cheppy, mais on sait surtout qu’il a logé son artillerie ici, dans un angle formé par deux traits rouges. Il possède là des calibres autrichiens, des 88 et des 130 dont on n’entend même pas arriver les obus tant ils sont rapides. On n’a même pas le temps de se coucher et cela éclate à peine au contact du sol, et avec des éclats qui rasent et auxquels même à plat ventre, on n’échappe que difficilement. Et il y a des grenades qu’on appelle des tourterelles, des minnen qui retournent tout en faisant éclater les poumons, et aussi des rafales qui balayent tout ce qui est à découvert. Il y a aussi cette tranchée qui se présente d’enfilade et dans laquelle trois hommes, les plus anciens du régiment, viennent d’être pulvérisés.

 Il parut alors que le destin, en permettant la disparition de ces trois hommes, venait de nous frapper tous d’un deuil spécial. Ces infortunés, qui avaient été de toutes les actions auxquelles avait pris part notre régiment depuis le début des hostilités, ne représentaient-ils pas pour tous comme une possibilité de survivre quand même malgré le temps, malgré les dangers ? Non seulement les dangers passés mais les dangers à venir. C’était donc cela l’infanterie, c’était donc cela la guerre ! On pouvait nourrir l’illusion de demeurer en dépit de tout, mais un jour venait qui n’épargnait personne et même pas ceux qui, en très petit nombre, avaient échappé à la mort. Etait-ce donc vraiment pour plaisanter qu’aux instants de détente on se donnait, sans y croire, cette liberté de prétendre qu’on l’aurait bien un jour, comme tant d’autres, la croix de bois ?

Malgré tout, les hommes tenaient, et je ne cessais d’aller de l’un à l’autre, silencieusement, leur donner à chacun le soutien d’une présence discrète. Ils me regardaient un court instant, puis reprenaient leur garde au créneau, cette garde muette et attentive qui est calme et conscience, honneur et fidélité.

Je ne revois plus les visages, mais sous les casques des mentons bien pris dans des jugulaires et des regards clairs qui ne perdent rien de ce qui est devant eux, du côté de l’ennemi. Ils sont, vu de dos, comme solidement installés sur leurs jarrets tendus et leurs reins qu’entoure le large ceinturon de cuir fauve semblent inébranlables et capables de tout supporter des fardeaux et des fatigues de la guerre. Ils sont tous comme des forces ramassées et prêtes à la détente, à la riposte, à l’action, et ce sont des forces saines et sûres comme seule la terre de France pouvait en réaliser.

 J’ai en tous et en chacun d’eux une confiance infinie et j’éprouve une sorte de fierté audacieuse à me sentir de leur race et de leur sang. Je voudrais tous les protéger, tous les sauver et leur rendre même leurs travaux et leurs fêtes, tout là-bas, au fond de leurs provinces natales. Mais où sont ceux qui foulaient cette terre d’angoisse au temps où elle portait des arbres et des champs, des routes et des maisons ? Je voudrais entendre dans l’air léger de cette soirée où le canon s’est tu le tintement d’un angélus de paix, en imaginant que la guerre n’a pas eu lieu et qu’elle n’aura jamais lieu. Je voudrais les démobiliser tous et me démobiliser moi-même après une victoire à laquelle j’aspire tous les jours et qui a été déjà si lourdement payée qu’on s’étonne qu’elle ne soit pas encore là.


Et quand le soir tombera et qu’avec les premières fusées les canons se réveilleront, avant de réunir toutes les énergies et tous les courages que la nuit perfide et hostile pourra exiger de moi, je me laisserai, pendant une minute, glisser vers le pays des jours anciens, vers le pays des souvenirs.

(à suivre)

mardi 13 juin 2017

Combien coûte un bébé?

Je vous en parlais déjà dans cet article Comment avoir des enfants? Ce n'est pas facile.

Mais dans ce pays que Dieu a donné aux migrants pour poursuivre le bonheur en libérant toute l'énergie créatrice du capitalisme, un bébé a un coût : environ 100 000$, frais d'avocats compris.

Certes, on ne peut pas empêcher les pauvres d'avoir des enfants, mais ce serait idiot d'interdire aux riches d'en acheter : pas de restriction à la liberté du commerce, thank you.

Mais enfin réfléchissez aux conséquences : si ça vaut ce prix-là, la tentation du vol est forte : à  peine 3 kg, facile à dissimuler...

Donc des mesures sont prises, on n'accouche pas comme ça. À l'arrivée à la maternité, la maman, le papa, ou les mamans, ou les papas et la porteuse, sont vérifiés comme pour monter dans un avion transatlantique, et on leur confectionne des bracelets indéchirables avec un barcode.

Dès la naissance, le bébé est aussi bagué avec son barcode, mais surtout on clampe son cordon ombilical avec une boîte noire dont on ne comprend qu'après que c'est une alarme. UNE ALARME !

Pendant 1 à 2 jours le papa ( cas général) va et vient : quand il arrive, on vérifie son barcode et quand il repart, on fouille son sac ou sa valise pour vérifier qu'il n'y a pas un bébé dedans.

Pour le départ, on revérifie les identités, les barcodes, on fouille les valises (vous auriez pu aussi en voler un autre), on démonte l'alarme ( on peut constater qu'un morceau de plastique reste dans la cicatrice du cordon), et on peut s'en aller...

Et ben non : une nurse formée par la Homeland Security vient constater que le bébé est bien harnaché dans son siège auto, lui-même bien attaché aux barres de fixation de la voiture. Alors seulement vous pouvez franchir la limite de l'hôpital.

Et après? Ben, rien, ce n'est plus leur problème. Vous pouvez faire ce que vous voulez, sauf aller tuer le Président ( ce ne serait pas une perte, mais ce serait enfreindre la Loi).

Et qu'est-ce qui se passe si vous emportez un bébé illégalement ? Et bien, l'alarme se déclenche, ce qui bloque tous les ascenseurs et toutes les portes, le FBI arrive en hélico dans les 3 minutes, et vous êtes fait comme un rat.

100 000$, faut pas deconner avec ça...