mercredi 2 janvier 2008

La bataille d'Issus, d'Albrecht Altdorfer - 1529

Savez-vous que l'on peut parler des heures devant un tableau, tant on peut y voir de merveilles?

Je vous propose aujourd'hui la "bataille d'Alexandre", ou encore la "bataille d'Issus", d'Albrecht Altdorfer, qui est exposée à la Alte Pinakothek de Munich. Elle a opposé Alexandre et Darius en 333 avant JC.

Ce tableau n'est pas très grand, mais il est étonnant tant par sa composition que par ses détails. La reproduction ici est bien insuffisante.
Le commentaire, au Musée, nous précise qu'il s'agit d'une vue du fond de la Méditerranée, comme vu d'une navette spatiale! Quelle erreur! On reconnait effectivement la mer Rouge, au fond, et le Nil et son delta un peu à droite, enfin l'Ile de Chypre. On est au Nord, au dessus de la mer Noire, et ce n'est pas une vue que l'on pourrrait avoir d'une navette, idée que personne n'aurait pu avoir au XVIème siècle!
Mais non, celui qui regarde le monde, et cette bataille dont va dépendre le sort de l'humanité, c'est Dieu, bien sûr! Dieu, qui connait déjà le résultat de cette bataille entre l'Orient et l'Occident, a quand même voulu voir le choc.
Tout est dialectique dans ce tableau : le ciel et la terre le partagent. Le soleil se couche à l'Ouest, la lune, encore matinale, est à l'Est. Un grand panneau nous donne la légende (bookmark?) de la photo (pic?) que Dieu a prise : Alexandre a battu Darius, ses 100 000 hommes et ses 10 000 cavaliers. Sa mère, sa femme et ses enfants ont été faits prisonniers...
Darius et la Perse ont perdu. Alexandre avance vers l'Est, en une force irrésistible. La création de son Empire fragile était nécessaire, pour libérer la Méditerranée à l'Orient, et permettre ensuite aux Romains de construire le leur. Alors le Christianisme pourra l'investir et partir à la conquête du Monde : c'était normal que Dieu vienne voir comment se déroulait son plan...
De son point de vue, élevé, d'où il peut voir toute la Méditerranée, il distingue nettement les villes et leurs sanctuaires, le camp, mais aussi chacun des combattants engagés. On aperçoit à peu près Darius s'enfuyant sur son char, et Alexandre le poursuivant de sa lance, mais il faut ensuite une loupe pour distinguer les détails, qui sont étonnants : bannières, plumes des chapeaux, turbans, cordes des arcs, harnais des chevaux... De minuscules points de lumière rehaussent les plus infimes reflets.
3000 personnages, dit-on. Est-ce possible? Sur 1,20 mètre de large! Le monde entier, et chaque soldat en particulier.... C'est un tableau qui peut se voir à toutes distances.
Allez à Munich, et pas qu'en octobre...

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