mercredi 16 septembre 2009

L'homme est une ressource biodégradable et renouvelable

J'ai évité de parler dans ce blog des suicides de France Télécom. Le sujet est trop sensible et trop douloureux.

Cependant, après les déclarations du PDG hier, je souhaite vous faire part de quelques réflexions.

- Quelle humiliation pour une entreprise de 160 000 personnes, dont 100 000 en France, de se faire convoquer par le ministre du Travail, de se faire béquiller par le Directeur général du Travail, pour un problème interne de gestion des ressources humaines... Quelle honte qu'il ait fallu la médiatisation de quelques suicides "de plus" pour que la direction de l'entreprise s'aperçoive qu'elle avait un problème.

- Ces suicides, pour dramatiques qu'ils soient, se sont qu'un des nombreux effets d'un malaise social grave : addictions, maladies psychiques et psychosomatiques, congés de maladie, dont la presse parle maintenant, mais dont je suis le témoin depuis plusieurs années. Beaucoup de gens m'ont effectivement téléphoné ou mailé (plusieurs pages : le récit de leur vie depuis mon départ, de leur détresse à leurs efforts pour échapper au système).

-Cette affaire est malheureusement "la chronique d'une affaire annoncée". Elle résulte de la politique menée par M Th Breton, et des 2 individus -dont le" DRH"- qu'il a emmenés avec lui et qui sont toujours là. Ils n'ont qu'une obsession dans la vie : se débarrasser des "fonctionnaires". Avant, il y avait des salariés, dont certains avaient un statut, et les autres un autre, mais on les gérait de la même façon. Maintenant, il y a 2 catégories : les contrats "privés" gérés normalement, et les fonctionnaires dont le nombre doit baisser le plus vite possible, parce qu'il parait qu'à New-York, ça fait mauvais effet de dire aux analystes qu'on a encore des "fonctionnaires".

- Cette politique a été menée d'abord discrètement, puis de plus en plus fort : par exemple, vous sous-traitez un centre d'appel au Maroc, ou à Maurice (c'est moins cher), et vous constatez que le trafic en France a baissé : il faut donc fermer le service. Les techniciens se retrouvent commerciaux, ou n'importe quoi. Bon. L'année d'après, vous annoncez que vous fermez aussi le service qui vient de recevoir les "redéployés", mais là il n'y a plus de poste libre dans le coin. Le DRH vous explique que vous devez déménager (d'autant plus loin que vous êtes haut dans les grades), ou partir, au Conseil Général, à La Poste, à la Culture, enfin n'importe où, du moment qu'on ne vous voit plus. Et vous continuez, en fixant aux managers des objectifs de "départ définitif". S'ils sont fonctionnaires, eux-aussi devront partir s'ils ne les ont pas atteints. C'est juste une question de réglage...

-En même temps, vous supprimez les formations, notamment au management, au nom de la réduction des coûts. Il suffit d'un discours sur la nécessité du changement lié à l'évolution technologique et à l'avancée de la concurrence : c'est évident. Mais sans mesure d'accompagnement -et il n'y a pas que l'argent dans la vie- le désastre est certain.

-Il y a quand même des personnes sensées, dans la haute direction. Mais ils ne VOIENT pas. Je pense quand même que c'était parce qu'ils ne VOULAIENT pas voir... A une époque, tous les chefs avaient obligation d'aller discuter sur le terrain, en principe une fois par semaine ils savaient out ce qui se passait. Maintenant, ils n'ont plus le temps, et puis ce n'est pas leur boulot, hein? Il y a des DRH pour ça... Et puis, quand les résultats à court terme sont bons, où y aurait-il un problème?

-Alors le réveil est dur. Ils vont devoir "apprendre le management"! "Allez voir les gens et donnez leur l'impression qu'on les écoute" (sic!). Quelle confiance donner à ces promesses quand elles devront être réalisées par ceux-là même qui ont tout cassé, sciemment? La conversion de Paul a été rapide, mais ça m'étonnerait que les individus auxquels je pense en soient capables.

-J'en suis désolé, mais je ne vois d'autre solution que le départ de ces 2 individus. Ils ont plus de 60 ans, et ont bien vécu sur la bête avec de bons salaires (que certains appelleraient "extravagants"), des primes et des stock-options, et une retraite-chapeau.
A la retraite d'office! Mais non, ils ne sont pas fonctionnaires, on ne peut pas le faire!

8 commentaires:

LE22A ASNIERES a dit…

M Lombard semble un peu dépassé par ce qui lui arrive.Un brave mec issu du serail aux mains de neoscons qui renseignent T Breton et ses sbires des cabinets de consultants prêts à dégainer leurs methodes du Boston Consulting.
Ses jours sont comptés et la relève est prête.Le motif de le faire tomber est tout trouvé.N S n'a qu'a lever le petit doigt !
Il convient de garder l'oeil sur les primes de départ, les stock option et les golden parachutes des uns et des autres.Un nouveau scandale risque bien encore de survenir au moment du départ des responsables.

François a dit…

Mais bien sûr!

salut a dit…

Bien vu. On aimerait bien voir un tel article dans le Monde ou l'Express. Pourquoi les journalistes n'enquêtent ils plus ? Question
Au fait :Bravo pour votre nouveau tapis, il est trés original

Prospectiviste a dit…

A salut :

eh bien cela est du à ...trois points(hi, hi , hi):

-le buzz internet des news (il faut reprendre le plus vite possible les news , vraies ou fausses)pour exister et ne pas etre dépassés
- L'autosensure
- le manque de budgets en raison de la crise de la presse tuée par internet.

Have fun, work cool, play hard

François a dit…

A salut : mais ce n'est ps un tapis!!

C'est une "toile", en l'occurrence brodée, sur laquelle les femmes de la Renaissance, mettaient leurs affaires pendant leur bain. D'où le nom de "toilette"

A voir à l'expo du musée d'Ecouen, qui ferme bientôt...

LE22A ASNIERES a dit…

L'avantage de détricoter ce qu'une équipe managériale a fait c'est qu'ensuite on peut critiquer et jetter les successeurs pour remettre en place un nouvelle équipe soit l'art de se créer une virginité sans risque !
N'avons nous pas éprouvé de plaisir à sécher des cours dans notre jeunesse pour aller jouer au flipper ?
La question est de savoir si on veut être la boule ou le bouton à ressort ou le joueur ?

Slobphone a dit…

C'est clair que pour Lombard, être convoqué comme ça, c'est une humiliation.
Moi, à sa place, je serai arrivé 2 heures en retard.

LE22A ASNIERES a dit…

Je crois qu'on parle de "caniche" pour ce genre de personnages.
Moi, mais je ne suis pas le big boss de FT, j'aurais envoyer mon DRH après l'avoir raffalé et lancé officiellement une enquête.
Ensuite j'aurais assumé mon rôle de patron.Là il donne le sentiment d'être aux ordres de son DRH et du nain nerveux qui s'en sert pour montrer sa "grande humanité" et en tirer parti lors des élections.
Mais la place est bonne et il vaut mieux lapper la gamelle sous la chaise de celui qui ne touche pas le sol quand il est assis.