mardi 29 septembre 2009

Méridienne

Vous avez pu vous demander pourquoi je vous ai mis la photo du haut : elle est prise, vers le Nord, depuis l'observatoire de Paris, à l'endroit où passe le méridien de Paris.

Voyez, il passe à gauche de Montmartre, après avoir traversé d'illustres lieux parisiens : le Luxembourg, le Palais Royal, etc. Des marques sur la chaussée permettent de le repérer. Paris n'est pas coupé en 2, rive droite/gauche, mais en 4 : Est/Ouest.

Chacun peut se faire une méridienne, comme il en existe à Saint-Sulpice : une ligne par terre, que le soleil passant par un trou, traverse chaque jour à midi, du moins à son midi. Car chacun a midi à sa porte : mais ce n'est pas le même pour tous, Sarkozy l'a appris à ses dépens.

Le temps, c'est la longitude, la possibilité de savoir où on est, et donc de faire des cartes.

C'est un des premiers effets de la mondialisation, au XIXème siècle : uniformiser l'heure. On a fait des fuseaux horaires, on a institué une seule heure pour tout un pays, le temps civil, qui n'a que des rapports lointains avec le temps du soleil (sans compter le temps des étoiles, dit sidéral, et qui est différent du temps de soleil, parce que la terre tourne autour du soleil). Il est midi à Strasbourg et à Brest "en même temps", alors qu'il est midi et demi pour le premier, et 11h30 pour le second au soleil.

Le pire a été "l"heure allemande" imposée par les nazis pendant la guerre : 2 heures de décalage avec le soleil, l'heure de Berlin comme on disait aussi. A midi à Berlin, il faisait 11h30 à Strasbourg, et 10h30 à Brest. Cette heure allemande a été réinventée par VGE sous forme d'"heure d'été", ce qui vous explique qu'il n'y a pas moyen de coucher vos enfants dès le mois de mai.

Un autre drame du XIXème a été le choix du premier méridien, celui qui sert d'origine aux autres. Même l'Entente Cordiale n'a pas réussi à départager le méridien de Greenwich de celui de Paris : il faudra attendre le 9 mars 1911 pour qu'une loi adoptant officiellement le méridien international de Greenwich soit promulguée en France.

Le méridien de Paris est abandonné au profit du méridien de Greenwich, lors de la Conférence Internationale de Washington en 1884. Une des raisons qui font que Greenwich l'emporte, c'est qu'aux antipodes de Greenwich, il n'y a que très peu de terres habitées. L'autre raison fut l'engagement britannique d'adopter le système métrique, en l'échange de l'acceptation de la France à renoncer au Méridien de Paris. Ils pourraient dire merci.

Le méridien de Paris n'est plus que celui qui a le numéro 2° 20' 11,53666" E (Ou encore 9mn 20, 769 s, parce que on peut les compter en degré ou en heure, sachant que 360° font 24 heures.)

On dit que ce sont les Compagnies de Chemins de Fer qui ont poussé à cette uniformisation. Comment en effet expliquer que le Paris Brest-partant à midi, et roulant 10heures, arrive à 21h30? On est habitué maintenant au "jet-lag" et au retard des trains, mais à l'époque, c'était sérieux.

Pour ma part, je pense qu'il y a eu l'effet du télégraphe (Le préfet de Quimper pouvait répondre à 12h à un message du ministre datant de 12h20...).

Mais c'est surtout la Suisse qui fut confrontée aux pires problèmes de la synchronisation des horloges : tous ces trains qui traversaient la Suisse devaient être coordonnés avec l'heure allemande, l'heure autrichienne, l'heure italienne, l'heure française... Et la Suisse, c'est bien connu, ne veut pas d'ennuis avec ses voisins...De nombreux brevets furent déposés à ce sujet, et traités par un jeune fonctionnaire un peu dans la lune, Albert Einstein. Il en inventa la relativité en 1905.

Et c'est le fils d'un cheminot, le général Ferrié qui, en développant la TSF et la diffusion universelle de l'heure, fit de la France la pionnière en "gestion mondiale de l'heure", avec le bureau des Longitudes. L'émetteur de la Tour Eiffel envoyait des "bips", que chacun récupérait dans un rayon de 5 000 km. Gloire au Général Ferrié!

Voyez le beau récepteur octogonal qui décore maintenant la bibliothèque de l'observatoire :


Maintenant, tout a changé : ce n'est plus l'astronomie qui définit le temps, mais les horloges atomiques, à la précision inégalée. Et puis il y a des ordinateurs et les GPS...

Ayons une pensée émue pour ceux qui firent tant de calculs à la main, pour gagner en précision, partout.

2 commentaires:

Fetnat a dit…

C'est donc le général Ferrié qui a inventé les jours fériés!
Merci à lui!

leon4 a dit…

en retard.
N'oublions pas le général "boulanger", grace à qui on a du pain frais et des croissants les jours fériés. Ils n'étaient pas de la même promo, mais quelle belle continuité dans la pensée militaire.