jeudi 15 novembre 2007

"Aux services de la République, du BCRA à la DGSE", de Claude Faure

Un épais bouquin, de quelqu'un de sérieux qui se présente comme ayant travaillé pendant 30 ans dans les services de renseignements français, publié en 2004 chez Fayard.

Une absence totale d'humour, hélas, ou à un tel degré qu'il faut parfois se pincer pour prendre conscience de ce qu'il raconte. Mais c'est assez étonnant. Bien qu'il nous cache sûrement des tas de choses...

L'histoire commence en 40, avec le début des réseaux de la Résistance. Sans doute, la IIIème République ne méritait pas mieux, côté renseignements, qu'un silence total. Mais ensuite, on a tous les détails, organigrammes, noms, surnoms et destins de ceux qui ont travaillé pour De Gaulle.

On passe rapidement -sauf un oeil sur l'affaire Revers et celle "des fuites"-, sauf à vouloir faire une thèse, jusqu'en 58. Là, le lecteur commence à être récompensé de ses efforts par le rappel de l'action DST et SDECE dans l'opération Résurrection, autrement dit le retour du Général.

La façon dont ces services de la "République"se sont mis au service d'un "parti" est proprement stupéfiante. On a bon se sentir blindé, se dire que ça ne pouvait pas être pire que ce qu'on imaginait, ça fait quand même un choc de la voir écrite, avec les détails. Juste un exemple : c'est le "Service", sur ordre de M Foccard, qui a distribué avec ses avions, le matériel électoral pour le référendum de octobre 58. C'est véniel, certes, mais caractéristique. De Gaulle lui avait dit : "faites ce qu'il faut de manière efficace, mais sans que cela se sache"! Mais ce qu'a fait de manière efficace ce bon M. Foccard, en Afrique surtout, dépasse l'entendement.

L'auteur se plaint plus loin que ce n'est vraiment pas juste qu'on ait accusé le SDECE dans l'affaire ben Barka, alors que ce n'était que la Police! Quant à l'affaire des "saphirs", dite Topaz, je commence à y voir un peu plus clair, si on peut le dire comme ça... Inutile de lire Uris et Vosjoly.

En 68, ils étaient tous persuadés que les étudiants étaient manipulés par Moscou pour faire un coup d'Etat. Que de temps perdu à essayer de rencontrer dans un coin Georges Séguy pour lui faire dire que la CGT avait des ordres du PC pour cela...Le pauvre a démenti, mais on ne le croyait pas. Foccard a organisé un système d'exfiltration permanent de De Gaulle vers l'Afrique. Finalement, ce sera Baden-Baden.

Passons sur la période du comte (de Marenches), car on est friand de l'affaire Farewell, sans en savoir le fin mot, et surtout de l'histoire du Rainbow Warrior. Il la conclut en rappellant que certains avaient oublié qu' "il est préférable d'entendre le bruit rassurant du parapluie qui s'ouvre plutôt que le fracas d'une carrière qui s'écroule". Ai-je déjà parlé de son humour?

La période moderne n'est pas très riche, rien sur de clairs ruisseaux, juste une allusion sur la colère du Président auprès de M Jospin, quand il a appris que les "Services" enquêtaient au Japon. On aimerait bien en savoir plus, de même que sur les otages du Liban. Mais aucune des réorganisations successives, des manoeuvres de couloir, des luttes d'influence, ne nous est épargnée.

Mais on croise, de ci, de là, de nombreux "acteurs", pris dans des combines au point de s'en marcher sur leurs lacets. Michel Roussin, ou encore le célèbre Général Rondot, par exemple, qu'on voit exfiltrer le général Aoun de Beyrouth., et qui aurait dû prendre sa retraite à 60 ans, comme tout le monde.

A réserver aux spécialistes.

2 commentaires:

Aramis a dit…

commme on peut s'y attendre , il n'y a jamais de véritables révélations dans ce genre de mémoires. L'interêt réside essentiellement dans la description du service et de l'ambiance qui y règne.

Anonyme a dit…

Oui c'est vrai ça.
Comme on ne parle que des échecs devenus publics, et jamais des réussites cachées, on a l'impression de Pieds Nickelés