dimanche 20 janvier 2008

Louis XVI

Louis "Capet" a été guillotiné le 21 janvier 1793, assisté de M. Edgeworth, son aumônier.


Comme on lui faisait la honte de lui lier les mains, M. Edgeworth lui dit "Souffrez cet outrage comme une dernière ressemblance avec le Dieu qui va être votre récomprense". Puis : "Fils de saint Louis, montez au ciel!"

Louis XVI, quant à lui, s'écria : "Français, je meurs innocent des crimes qu'on m'impute ; je pardonne aux auteurs de ma mort, et je demande que mon sang ne retombe pas sur la France".


C'est ainsi que l'hagiographie royaliste rapporte ces sublimes et derniers instants. Car, dans les faits, les révolutionnaires avaient veillé à ce que des roulements de tambour couvrent toutes ces déclarations.


C'est Vergniaud qui avait convaincu la Convention de traiter le cas de l'ancien roi, depuis qu'il avait été déchu et emprisonné après les événements du 10 août 1792. C'est que d'autres urgences l'avaient occupée : "trahison" de Lafayette, septembrisades, victoires surprenantes de Valmy et de Jemmapes, manoeuvres de Robespierre et Marat, organisation de l'exécutif de la République.


Il faut dire qu'on avait trouvé aux Tuileries "l'armoire de fer", où il y avait toutes les preuves de ses "trahisons" : ses courriers avec Mirabeau, qu'il avait acheté (les cendres de Mirabeau furent sorties ignominieusement du Panthéon...), ses lettres à "son frère" l'empereur d'Autriche, aux émigrés.

En revanche, le roi avait juridiquement "abdiqué la royauté", et l'Assemblée avait pris l'engagement solennel de tenir comme sacrée la personne des monarques.


Mais cela tenait de peu, quand il fallait rendre irréversible le cours des choses. La Convention décide finalement : "Louis XVI sera jugé par elle", le 3 décembre.

On rédige "un acte énonciatif des faits imputés" (ou plus exactement, on en charge une commission), qui fut présenté le 10 décembre, et Louis XVI fut interrogé le lendemain. Il demanda le soutien d'avocats, ce qui entraîna une nouvelle querelle : on allait encore différer le jugement par des chicanes! On accepta finalement, et un avocat, et même un délai de préparation.
Louis XVI choisit Target, ou à défaut Tronchet. Target se récusa, Tronchet accepta. Alors le vénérable Malesherbes (70 ans) eut l'audace d'écrire pour se proposer! Devant la masse des documents à lire, ils eurent l'autorisation de recruter le jeune Desèze, devenu ensuite de Sèze, pour les aider. Le 26 décembre, à peine prêt, Desèze présente la défense du roi devant la convention. Aussitôt, la discussion commence, entre ceux qui veulent passer aux voix, et ceux qui veulent discuter du fond. Elle dura jusqu'au 7 janvier 1793.

On décida d'ajourner au 14 janvier, pour poser aux voix les questions suivantes :
"Louis Capet est-il coupable de conspiration contre la liberté de la nation, et d'attentats contre la sûreté générale de l'Etat? Le jugement, quel qu'il soit, sera-t-il envoyé à la sanction du peuple? Quelle peine lui sera-t-il infligé?"

Il est fait le 15 un appel nominal sur la 1ère question : oui, par 683 sur 749.
Et sur la 2ème question, celle de l'appel au peuple : oui : 291, et non : 483.

La 3ème question, la plus difficile, serait posée le lendemain. Mais fallait-il la majorité simple, ou la majorité des 2/3? Ce n'est que le soir que l'appel nominal commence, pour durer toute la nuit.

Les uns demandent simplement la mort, ou la mort avec sursis à exécution, d'autres la détention et le banissement à la paix. Les tribunes étaient pleines de monde, applaudissant les "régicides" et conspuant les autres. Le vote le plus célèbre fut celui de Philippe "Egalité" d'Orléans, qui demanda la mort de son cousin. Les députés présents étaient 721, et la majorité fixée à 361 voix. 286 voix pour le banissement avec différentes conditions. 2 avaient voté "pour les fers", 46 pour la mort avec sursis, 26 pour la mort avec conditions, et 361 pour la mort sans condition. Louis XVI est condamné à mort.

On introduit alors les défenseurs : Desèze demande de faire appel au peuple du jugement, Tronchet demande l'application de la majorité des 2/3, Malesherbes, en pleurant, demande le recomptage des voix.

Le 18, le 19, on en discute toujours, malgré Robespierre qui regrette ce temps perdu. Le 20, on vote sur l'appel : 380 contre 310, il ne sera pas sursis à l'exécution. Ce sera fait le lendemain.

Louis XVI avait le syndrome de Cassandre : il comprenait tout, voyait dès 1788 le gouffre dans lequel son pays allait être entraîné. Mais il était incapable de réagir, de forcer le destin, de prendre une décision. Rien ne lui aura été épargné.
Il assista à son procès, comme s'il concernait quelqu'un d'autre, résigné et déjà ailleurs. Son cousin Orléans avait voté contre lui, son frère Provence lui avait savonné la planche, et se réjouissait malgré lui de ce crime qui le rapprochait du Trône. Il est mort dignement, avec la Monarchie, comme un capitaine sur son bâteau qui coule.

Il ne mérite, ni les sarcasmes de la propagande républicaine, ni les palpitations des monarchistes, authentiques responsables de sa chute.

6 commentaires:

Albert a dit…

Merci, François de nous rappeler ces heures tragiques et émouvantes de l'histoire de France. (J'allais oublier de nouer aujourd'hui ma cravate noire fleurdelysée).
Je vois la une étonnante similitude avec notre monde contemporain : ce sont les profiteurs du système qui savonnent la planche ou qui coupent la branche sur laquelle ils sont assis.... Courtisans de l'époque acquis aux idées des lumières (La Fayette and co) et bobos d'aujourd'hui : quelle différence ?
Notez que Desèze a été un piètre défenseur et notez aussi qu'il était franc-maçon ...

leon4 a dit…

"il faut que cet homme meurt pour que la république existe".C'est à peu près ca, de mémoire...
Tout comme Nicolas II, Ceaucescu !!!,Pétain et bien d'autres, c'est "amusant" cette constante de l'Histoire des Hommes à vouloir "tuer" le prédecesseur.
Allo, docteur Freud?

François a dit…

La franc-maçonnerie, à l'époque, était plutôt fréquentable : les princes, les cardinaux, avaient chacun leurs loges. Ce n'est que plus tard que c'est devenu "l'église de l'athéisme".
Louis XVI était déjà "mort" après les journées d'octobre (89). Il a commis deux erreurs : rappeler les anciens Parlements, et prendre Maurepas comme Mentor.

Remember a dit…

..Maurepas qui a recommandé Necker et fait chasser Turgot .
Necker; l'homme providentiel qui a foutu la merde . Un Sarko avant l'heure !!!

Vincent a dit…

A Remember : c'est tout-à-fait ça!

Sauf que Mme Necker avait de la charité : elle a fait construire l'hôpital du même nom, et que Mlle Necker avait un joli style...
(En revanche, elle avait beaucoup d'amants, ça nous rapproche)

l'arrivistocrate a dit…

"il faut que cet homme meurt pour que la république existe"...y crois tu vraiment Léon4???
on pourrait remplacer: il faut que cet homme meurt pour qu'un autre homme puisse le remplacer, sous entendu, rien a scalper d'une prétendue idéologie ou régime politique.tout pour le pouvoir...
déjà à l'époque? je n'ose y croire