mardi 18 septembre 2018

3615 RMTV 1


Tiens, je vais vous raconter quelques épisodes de ma vie...
Aujourd'hui  : le 1 juillet 1982, belle manifestation de relations publiques à Amiens (Somme).

Un nouveau modèle de central téléphonique a été déployé en 1982  par Thomson : Amiens, Amman, Annecy… Je suppose qu’ils avaient passé les commandes par ordre alphabétique. Mais il ne s’agissait pas qu’on inaugure celui de Jordanie avant un central bien français. Donc ce sera Amiens, au grand soulagement de mon collègue et ami le DR de Lyon.
Les préparatifs furent hallucinants, car le ministre avait décidé pour l’occasion d’inviter TOUS les ministres des PTT du monde ! Environ 150, dont beaucoup d’africain(e)s. (J’ai pu constater que certains de ces ministresses étaient en fait les maitresses de leur Président, mais chut). Ces ministres sont venus accompagnés de leur ambassadeur, si bien qu’il y avait plus de 300/400 personnes.
Un TGV spécial avait été réservé pour le voyage, et il avait fallu tordre le bras de la SNCF pour obtenir une rame un 1 juillet, immobilisée pour la journée ! Et ils voulaient faire arriver le TGV, non pas à la gare centrale à cause du grand escalier à monter, mais dans une gare annexe dans la direction de Boulogne où les cars pourraient les attendre : jusqu’à ce que je leur dise que cette partie n’était pas électrifiée, et que ça ferait mauvais genre si on voyait le TGV tracté par une locomotive diesel de manœuvre.
Je me souviens d’un type du cabinet du ministre qui m’a appelé pour savoir si on voyait la Tour Eiffel depuis le toit du bâtiment du central (2 étages). J’ai répondu que la terre étant ronde, la distance théorique de visibilité d’une tour de 300 m est la racine carrée de 2*R*h = 61.9 km, et Amiens, à 120 km de Paris, est donc sous la ligne d’horizon (c’était pour renseigner TDF !)
Autre gag : ma secrétaire me dit la veille : le cabinet de Mexandeau a encore changé le menu ! - Bon, qu’ils se débrouillent avec le traiteur ! – Et on a reçu les nouveaux menus imprimés (faits donc en urgence). Là, je vois « pintade aux raisins marinés au marc de Champagne» ! Je pousse un hurlement : le tiers des invités vient de pays d’Islam, on va avoir une crise diplomatique... La dame du cabinet à l’origine de cette initiative, appelée, me dit qu’elle ne voit pas le problème. Je prends sur moi de réimprimer les menus : la pintade ne sera plus qu’aux raisins tout court. On n’en a plus entendu parler, et personne ne s’est plaint. Du coup, j’ai fait vérifier aussi qu’il y aurait assez d’eau et de jus de fruit.
J’ai appris comment un préfet gère ce genre de situation. Le mien a voulu tout voir, tout inspecter, tout faire répéter. Il avait peur de la manif prévue par la CGT qui voulait faire l’accueil (j’avais échoué à les convaincre que ce n’était pas une bonne idée, ni pour le moment, ni pour le lieu – mais il faut se souvenir du contexte, moins d’un an après l’élection de Mitterrand, ils attendaient la lune qu'on leur avait promise). Des cars de CRS étaient cachés pas loin. Quand on est arrivé, il y avait une dizaine de mecs pouilleux, avec deux pancartes ridicules. J’avais honte pour eux, mais j’ai eu un petit sourire en reconnaissant dans le groupe le petit gars des RG qui avait été envoyé là comme espion.
A l’arrivée en gare, nous étions tous là sur le quai, préfet en uniforme, et toute la cour de la Région. On se réjouissait de voir un TGV, tout juste inauguré entre Paris et Lyon. Il arrive, le préfet accueille le ministre, me présente à lui, et je conduis cette excellence pour monter l’escalier. Mexandeau, très socialiste, ne manque pas de serrer la paluche d’un contrôleur rencontré en route. Quelle ne fut pas ma joie de dire au ministre : « M le ministre, je vous présente M X… ! ». Il a eu l’air surpris que je le connaisse par son nom ! Je ne lui ai pas dit que c’était le père d’une fille qui venait baby-sitter à la maison.
Dans une grande salle toute vide (construite pour un central électromécanique de surface 30 fois plus grande…), mais bien décorée dans la nuit par la comm de la DGT, avec plein de démos de télématique et de minitels, ces messieurs-dames s’installent, et là je vois la « bataille du 2ème rang ». Car le premier rang était placé : le ministre, le préfet, le PDG de Thomson, le Directeur général des Télécom, le président du Conseil Régional, etc. Mais derrière, les gens se mettaient comme ils voulaient, sauf que les Conseillers Généraux du département de la Somme, invités par je ne sais qui dans une manifestation de relations publiques où ils n’avaient rien à faire, jouaient méchamment des coudes pour être juste derrière le ministre, au point de marcher sur les pieds et virer de dignes ambassadeurs et ministres en turban, boubous et autres…
Je fais un petit discours d’accueil en vantant les mérites de la Picardie, et montre un schéma pour montrer comment ce centre de transit s’insère dans le réseau général : trafic départ, trafic arrivée national et international, trafic de débordement, etc.
Mexandeau prend alors la parole, vante le mérite des nationalisations, de la Picardie, et répète tout ce que je viens de dire ! Je comprends pourquoi son cabinet avait voulu que je communique d’avance mon discours : c’était pour le pomper… Cependant, assis auprès de lui, j’avais vu dans sa main la première page de son discours imprimé très gros. Je lui chuchote qu’il y a une erreur : il faut lire « compatibilité » et non « comptabilité ». C’était évident d’après le sens, encore faut-il en avoir un peu. Et bien sûr, le ministre parle de la « comptabilité » du central MT20 !!!!
A la fin des discours, on part en une grande file pour visiter le central qui faisait vraiment très petit ! Merveilles de l’électronique ! Quelques armoires, avec le bruit de la ventilation : il a fallu 3 minutes… Certains avaient fait un voyage bien long pour ça.
Et on repart en car pour le déjeuner, précédé de motards pimponnant. Et on roule, on roule, on met ¾ d’heure pour faire les 5 km à vol d’oiseau que j’avais repérés. Là, c’était une initiative du préfet : les Ponts et Chaussées lui avaient dit qu’il y avait un petit pont dont ils ne garantissaient pas la solidité pour le passage d’une dizaine de cars. Du coup, on a fait un détour invraisemblable, on est arrivé en retard au « château », le déjeuner n’en finissait pas, et je craignais qu’ils ratent leur train.
Mais ils ne l’ont pas raté. Le préfet n’a pas été viré (du moins pas pour ça).
Le lendemain je partais enfin en vacances.

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