samedi 1 novembre 2014

Halloween

Halloween c'est pour faire peur aux petits, et rassurer les grands : ils ont peur de la mort.

Chaque année, les américains se font un grand happening. Ca commence par des tas de citrouilles à mettre devant sa maison.

Et puis divers accessoires, fruit d'un profitable commerce entre la Chine (fabriquant), et américains (consommateurs).

Un costume de bagnard pour le gamin, quelle bonne idée pour le préparer à l'enfer! Un squelette gonflable....



Après vous pouvez décorer votre maison, avec des sorcières pendues, ou un crane 
Vous mettez partout de la toile d'araignée, et des pierres tombales de fantaisie

Et puis un chat noir, complètement électrifié : il vous suit du regard, il est prêt à vous sauter dessus.


Mais voici les consignes de sécurité, données par la Police aux parents prévoyants :

 Costume Safety
  • Wear clothing that is bright, reflective and flame-retardant; wear short clothing that prevents tripping.
  • Wear sneakers or comfortable shoes.
  • Use face paint (non-toxic, hypoallergenic) and avoid masks – especially if the eye holes obstruct the child’s vision.
  • Don’t wear floppy hats or wigs that slide over the eyes. Also, children should not wear long, baggy, or loose costumes or oversized shoes.
  • Avoid toy weapons – if desired, use costume knives and swords that are flexible, not rigid.
  • Stay away from pets. The pet may not recognize the child and become frightened.
Pedestrian Safety
  • Children should stay within familiar areas and surroundings. Parents should establish a route for children.
  • Children should use flashlights and stay on sidewalks.
  • Children should cross the street at corners / crosswalks and not between parked cars.
  • Motorists should drive slowly and watch carefully for children.
General Safety
  • Many police districts, community groups, business associations and others host Halloween parties. Parents should consider these as a safe alternative to door-to-door “trick-or-treating” for their children.
  • Children should never go into homes – stay on the porch or stoop when asking for treats.
  • Children should avoid homes that don’t have their outside lights turned on.
  • Children should never talk to strangers or get into strangers’ cars.
  • Children should travel in small groups and be accompanied by parents or an authorized adult chaperone.
  • Children should know their home phone number and their parents’ cell phone numbers, when applicable.
  • Children should have their names and addresses attached to their costumes.
  • Children should bring home treats before eating them so parents can inspect them. When children get home, parents should inspect all candy and other treats before they are eaten. Discard all unwrapped or loosely wrapped candy or fruit.
  • If you have any questions about suspicious looking treats, call the police department.
  • Adults should only give and accept wrapped or packaged candy.
  • Adults should keep porch lights on and their driveways illuminated.
  • Homeowners should ensure that their walkways are cleared of debris on which children may trip and fall.
  • Parents should cut into fruit, such as apples, to make sure they do not contain foreign objects.
  • If in doubt, throw it out.




samedi 4 octobre 2014

Le président et moi

Pendant au moins une semaine, je ne me lave plus la main droite.
En effet, il y avait ce soir l'inauguration des "20 ans de la Grande Galerie de l'Evolution" au Muséum national d'Histoire Naturelle, où j'étais invité en tant que prince consort, présidée par, comme son titre l'indique, le Président de la République, accompagné des ministres de tutelle, Mme Royal, Mme Belkacem et Mme Fioraso, pilotés par le président et le directeur général du dit Museum.

Dans le discours introductif, reprenant l'anecdote bien connue du Président Mitterrand traîné dans le bâtiment abandonné et qui demande combien de temps il faudra pour le restaurer : "moins d'un septennat", le directeur général rappelle en particulier que les plus anciens fossiles datent de 3.5 milliards d'années (détail qui aura son importance par la suite).

Enfin le Président parle. Pas très bien du reste, mais il y avait l'essentiel : l'assassinat de l'otage français (et hier celui de l'humanitaire britannique), qui a occulté, et c'est bien naturel, l'autre aspect de la récente réunion à l'ONU : biodiversité, déréglement climatique, transition énergétique, fonds "vert". Il s'impliquera dans la conférence de Paris fin 2015, que le gouvernement prépare activement.

Il annonce qu'il a bien compris l'intérêt qu'il y aurait à rénover la galerie de paléontologie qui est dans son jus XIXème. Et il a cette formule : "...les fossiles datant de la Création il y a 3 500 millions d'années!" Les créationnistes ont dû applaudir intérieurement, les ultramontains rappeler que c'était le 23 octobre 4004 av. J.-C., les évolutionnistes s'arracher les cheveux. La conclusion : il faut sauver l'espèce, non représentée ici : l'espèce humaine.

  La photo n'est pas très bonne, mais c'est pour vous monter la réalité de ce que je vous raconte.

La chorale de la Sorbonne nous charme les oreilles, pendant qu'il commence son bain de foule, en commençant par Jack Lang, qui était là avec Mitterrand il y a plus de 25 ans. Le champagne attendra.

Par un hasard curieux, nous sommes placés sur son chemin. Il s'approche, suivie de son ex.
Et alors... je le regarde droit dans les yeux! Il va vers moi, me serre la main, et je lui dis :
-M. le Président, merci d'avance pour la Galerie de Paléontologie! 
-Mais oui, certainement...
-Parce que le bâtiment est magnifique, qu'il y a des trésors mal présentés, alors que les musées équivalents à l'étranger, Washington, Londres, se sont rénovés! 
-Oui, oui, mais il faudra du temps, 20 ans.... (petite blague)
-Non, ça peut être fait plus vite!
-Il faudra que la Région aide l'Etat. Merci Monsieur, au revoir, à bientôt...

Devant la longueur (relative) de cet échange, auquel Mme Royal et Mme Belkacem ont été attentives, ces ministres se sont senties suffisamment en sympathie pour me tendre leurs mains, que j'ai serrées (sans baise main : l'une au moins n'est pas mariée), et ne voulant pas avoir l'air de ne pas me reconnaître, l'une d'elle m'a dit : ça va? comme si on s'était rencontré la veille.

Comme le Président avait évoqué la Région, l'adjointe de la région IdF est venue se présenter à moi, m'assurant de son soutien! On aura tout vu...

Le champagne arrive, et il me revient tout ce que j'aurai pu lui dire, mais c'était trop tard :
- la paléontologie, c'est un gros mot, mais pour le grand public, c'est les squelettes de dinosaures : si on rénove le pavillon, tous les gamins viendront avec joie : on pourra alors leur parler d'évolution et d'écologie.
- un quinquennat suffit.
-pour la galerie de Paléontologie, on ne lâchera rien!

Le roi n'est pas mon cousin. Il ne m'a pas dit de me casser, c'est mieux que celui d'avant.

samedi 20 septembre 2014

La Breizhie

Récemment, je suis allé à l'étranger. Le poste de douane est à la Gravelle, et ce pays est la Bretagne.

Sur l'autoroute, déjà, avant d'arriver on est prévenu :
"La France est un petit pays coincé entre la Bretagne et la Belgique", sur une boite de petits gâteaux.

A noter la coiffe bigouden qui leur sert de signe de ralliement. A l'aise Breizh , la bidouden déjantée, est "l'ambassadrice" des bretons "expatriés".


Sur place, on constate la bretonnisation systématique et assez artificielle des noms de lieu sur les panneaux routiers,  y compris en "pays gallo", où le breton n'a jamais été parlé.

Quelques exemples :
 La "prefeti" CH de Gaulle, sans doute parce le grand-père du Grand Charles était barde. Mais je m'interroge sur la majuscule du H.
Meukon, ça fait quand même plus distingué, isn'it?
En revanche "LESKON" résume bien la situation.

Dans ce pays, il n'y a pas de péages. La promesse du général de Gaulle pour "désenclaver" a conduit à la réalisation par l'Etat de travaux gigantesques, des 4 voies partout. Ensuite, après la décentralisation, ce sont les conseils généraux qui ont poursuivi "pour maintenir l'emploi dans le BTP". Pas un patelin qui n'ait sa "rocade", pas un croisement qui n'ait son rond-point. Le record est à ma connaissance celui au sud de Saint-Brieuc qui doit bien faire 800 m de diamètre. Et maintenant la LGV, avec des travaux gigantesques, pour leur faire gagner 1/4 heure pour aller à Paris.

La vitesse est limitée à 110 km/h, dit-on, en contrepartie. C'est une plaisanterie. Car les préfets sont bien gentils. Il y a peu de radars, et ils sont bien signalés par des panneaux. Et puis ils connaissent les endroits. Jamais dans le pays voisin, la France, je n'ai vu autant de contrevenants : le radar passé, les bretons montent à 150, et si par malheur vous êtes resté à 110, vous vous faites coller et allumer "Dégage parigot..."

C'est un pays qui vit de subventions, notamment agricoles, qui nitrate les rivières, qui produit du bas de gamme (poulets Doux!) et qui réagit par la violence. Dans un hôtel, la "déco" rappelle les exploits passés : l'incendie du parlement de Bretagne par des pêcheurs "en colère" en 1994. Ils ont oublié, par exemple, la destruction du relais de TV de Roc'h-Tredudon, en 1974.

On se souvient des "Bonnets rouges" qui ont incendié les portiques écotaxes. Hier, ces "Bonnets rouges" ont été lourdement condamnés à de la prison ferme. On ne s'étonnera donc pas de l'incendie cette nuit du centre des Impôts de Morlaix. L'"excuse" est cette fois les artichauts. 
                                   

Dans un lieu touristique prisé, on découvre cette revendication "Breton toujours! Français jamais!"
Evidemment, ça a été un peu barré, mais c'est toujours bien visible. De même, il n'y a pas un pont sur la 4 voies Vannes - Quimper (Kemper) qui n'ait son slogan vengeur contre le mariage pour tous, ce qui témoigne d'une bonne organisation.

Vous aurez remarqué les bateaux : toutes les rivières, les golfes, les abers, sont remplis de beaux voiliers, à tel point que seul un étroit chenal permet le passage. 

Il y a de l'argent en Bretagne. La sociologie montre une majorité "de droite", avec des poches de gauche, tous d'accord pour tirer le maximum de l'Etat, un  "nationalisme" plus ou moins exprimé, mais prêt à l'indépendance dès qu'ils verront qu'il n'y a plus rien à tirer de la France.

La Bretagne est en voie de corsification. Poutine est son modèle et son héros.  Allez voir http://www.bretagne-gouv.eu  Rien que le nom du site est un symbole. Je crains le pire.

jeudi 28 août 2014

Paul Adrien Maurice Dirac

Vous ne connaissez pas Paul Adrien Maurice Dirac? Dommage. C'est un anglais, fils d'un suisse charentais et d'une anglaise, né en 1902.

Un vrai génie. il obtient le prix Nobel avec Schrödinger en 1933 (à 31 ans) pour avoir mathématisé la mécanique quantique, en intégrant (par induction) les "intuitions" de Broglie, Pauli, Schrödinger, Heisenberg, et quelques autres.

La traduction de son livre, "Les principes de la Mécanique quantique", de PAM Dirac, la "bible" de la MQ,  est en accès libre dans une bibliothèque municipale d' une petite ville de province, alors que ce livre est inaccessible dans les bibliothèques municipales de Paris, et sans doute toujours sorti dans les bibliothèques universitaires.

Sa démonstration consiste en une seule algèbre, dont on peut constater qu'elle est conforme à l'expérience, ce qui n'était pas le cas avant lui : on pouvait "inventer" une loi qui marchait, mais on ne savait pas pourquoi, ou bien on pouvait faire des théories, issues de la mécanique classique, qui ne menaient à rien.

C'est très simple, dès lors qu'on accepte l'idée que la lumière agit par "quantum" : les transferts d'énergie ne peuvent pas être continus, mais obligatoirement par un saut d'énergie, de valeur hν, ν étant la fréquence  du rayonnement émis ou reçu, et h la fameuse constante de Planck.

Dans ce cas considérons l'état d'une particule quelconque, à un moment donné, à une position donnée, sous la forme d'un vecteur, qu'on appelle un "ket", et qu'on écrit |x>. Ces états s'additionnent et se multiplient par des nombres, réels ou complexes, de façon habituelle. 

On peut l'intégrer sur un paramètre, s'il en dépend : ∫ |x> dx = |Q>

Il est aussi superposable : il peut être la somme de kets indépendants ou non. Mais il ne se superpose pas à lui même : a |x> + b |x> = (a+b) |x>.

Comme on a des vecteurs, on peut toujours construire des vecteurs dans l'espace dual : ce sont des vecteurs "bra" notés tout simplement, et c'est un nombre : le bra-ket, parce que bracket veut dire "parenthèse" en anglais. Nice, isn't it?

On définit un bra lorsque son produit scalaire avec tout ket est défini. 

Ceci est simple. Mais le génie a consisté à dire qu'on peut appliquer à ces vecteurs un opérateur : multiplication, dérivation, etc, et qu'on appelle un "observable". Donc, observer une particule n'est pas VOIR son état, mais le résultat à l'issue du passage dans l'opérateur. Si l'état est |a>, on observera |F> = α |a>. 

Quelques calculs plus loin, on comprendra qu'on le résultat de l'observation ne peut être qu'un "vecteur propre" de l'opérateur, tel que α|P> = a |P>. Ces valeurs propres sont discrètes, ou continues, et donc revoila le principe quantique!

On peut alors généraliser la formule de Schrödinger, qui donne l'évolution du système dans le temps et comprendre que le carré des solutions, dite "fonction d'ondes" donne la probabilité de présence de la particule dans le coin d'espace et de temps considéré.

On démontre dans la foulée les principes d'incertitudes d'Heisenberg : si les opérateurs ne commutent pas ( [a,b] = ab-ba  0 -le fameux "crochet de Poisson"-), alors les observables associés ne peuvent être précis à la fois : Dx * Dy  h/2π. C'est le même h que la constante de Planck! C'est le cas notamment de la vitesse et de la position : si on sait où est la particule, on ne peut savoir à quelle vitesse elle va, et réciproquement. 

Conséquences entre autres :
- le photon va à la vitesse de la lumière, on ne sait donc pas où il est : c'est une "onde" qui remplit l'espace, qui explique les interférences de Young. Mais c'est aussi une particule, dont on ne sait par quel trou elle passe... Mais si son énergie est connue, hν, sa masse est nécessairement nulle.
- si une particule est interchangeable avec une autre, que se passe-t'il si on en échange 2? On a un état |a>|b>|c>....|x> qui devient par exemple |b>|a>|c>...|x>. Un ket de tous ces états peut être symétrique, ou antisymétrique pour toute permutation. Mais un état symétrique, ou antisymétrique,  doit le rester au cours du temps. 

Il y a donc des particules "symétriques" et "antisymétriques" : les antisymétriques sont des "fermions" (électrons, neutrons, protons, etc) qui ne peuvent pas  coexister dans le même état. C'est le principe d'exclusion de Pauli. En particulier, deux électrons ne peuvent se trouver sur la même orbite que parce qu'ils ont des spins différents. S'il y a plus de 2 électrons, le 3ème doit se trouver de la place sur une orbite supérieure. En changeant d'orbites, les électrons absorbent ou émettent des photons, de la lumière, le spectre, qui nous renseigne sur la composition des étoiles.

D'autres sont "symétriques" : elles peuvent s'empiler sans problème : on retrouve le "condensat de Bose-Einstein". Les photons et autres bosons en font partie. 

C'est un simple résumé. Mais pourquoi la nature est-elle si compliquée au niveau sub-atomique? Parce que autrement, il n'y aurait rien, et nous ne serions pas là pour la contempler : c'est le principe anthropique faible. Le principe anthropique fort va plus loin : c'est pour qu'on puisse l'observer que le monde est ainsi fait. En 7 jours. Avec des fermions et des bosons...

A noter qu'on ne s'aperçoit de rien à notre échelle macroscopique : la constante de Planck est très petite à notre échelle.

La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles;
L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers.

jeudi 21 août 2014

Saint Augustin

Il n'est pas possible d'évoquer saint Augustin en quelques lignes : cet homme était un géant.

C'était un berbère du Maghreb, né en 354, latinisé, fils de (sainte) Monique, qui reçut une bonne éducation, mais fut un garnement et un noceur. Il aimait notamment les Ferias et la bière.

Par "hasard", il va à Milan et se fait convertir par saint Ambroise. Il est baptisé, avec son fils Adéodat, en 387.

En 395, il est nommé évêque d'Hippone (que les Français appelaient Bône), et il écrit pour partager sa conception philosophique du christianisme, et lutter contre toutes les sortes de hérésies du moment.

Il meurt en 430 pendant que les Vandales attaquaient Hippone.

Je ne pense pas qu'il soit possible de lire tout saint Augustin. Vous pouvez les lire sur ce site http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/augustin/index.htm, mais il, faut payer en francs suisses. C'est énorme : la Pléiade a déjà publié les Confessions, la Cité de Dieu, des textes de philosophie, Catéchèse, en 3 tomes de 1500 pages chacun, et ce n'est qu'une toute petite partie, la plus connue, de son Oeuvre. 

On connait de lui quelques belles citations :
-« Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais ; mais si on me le demande et que je veuille l’expliquer, je ne le sais plus » : celle-ci a laissé Einstein lui-même sans voix.

-« Nondum amabam sed amare amabam et secretiore indigentia oderam me minus indigentem. »
(traduction : « Je n’aimais pas encore, mais j’aimais aimer et par un besoin secret, je m’en voulais de ne pas en avoir encore assez besoin.)
Il y en a des milliers comme celles-la. Découvrez-les vous-même. 
Il a reçu après sa mort les hommages prévus en de telles circonstances : canonisé et fait Docteur de l'Eglise (il y en a très peu). On le fête le 28 août. Il est enterré à Pavie, en Italie, où ses restes ont été transférés.
Il est célébré partout dans le monde, et c'est dans l'église Saint-Augustin de Paris que Charles de Foucauld s'est lui aussi converti après une vie de débauché.




vendredi 1 août 2014

Juillet - 2 aout 14 : mémoires de mon grand-père

Permettez-moi de vous mettre sous les yeux quelques pages de mon grand-père, écrites pendant la 2ème guerre, où il raconte ses souvenirs de jeune homme -il avait 18 ans- : c'était il y a 100 ans.

            Une matinée de juillet sur les boulevards et je flâne en ne songeant à rien. La journée sera belle et il monte de la chaussée récemment arrosée une exquise fraîcheur. Il y a peu de passants car c’est l’heure où les employés commencent à travailler dans les bureaux ou les magasins.
            L’immeuble du Matin dresse sa haute façade baroque dont les couleurs criardes m’ont toujours été insupportables, et j’achète, en passant devant un kiosque à journaux, la feuille d’Edouard Drumont.
            Mon regard se pose sur le titre d’un article signé "Intérim". Je lis cet article d’abord distraitement et puis je me mets à réfléchir longuement sur son contenu. Il y est question de l’attentat de Sarajevo et soudain, j’éprouve que le journaliste a fait passer en moi sa conviction que la guerre était inévitable.
            La Russie soutenait la Serbie, et l’Allemagne était derrière l’Autriche-Hongrie. Les alliances joueraient et la France serait entraînée dans le conflit en même temps que la Grande-Bretagne, sans doute.
            Tout cela au fond ne m’effrayait pas. Et puis il fallait bien que la guerre éclatât quelque jour. Chacun prévoyait d’ailleurs un conflit qui ne durerait que peu de temps. Néanmoins, il était permis de penser qu’à cause de la puissance meurtrière des armements modernes le premier choc serait terrible. C’était d’ailleurs l’avis de mon père, mais ce n’était certainement pas le mien puisque je n’avais jamais réfléchi sur ce sujet.
            Je n’ai rien lu d’autre dans la Libre Parole, même pas l’éditorial dont j’étais d’ordinaire si friand, et j’ai envisagé la guerre très vague-ment ainsi qu’une aventure héroïque où l’on se couvre de gloire en prenant des drapeaux.

            Une matinée de juillet sur les boulevards et un peu d’inquiétude malgré tout dans l’esprit d’un jeune homme qui venait d’ouvrir un journal…

Le 2 août 14

            Dans l’après-midi du 2 août, je trouvai en sortant de chez moi un groupe d’hommes, de femmes et d’enfants, et mon attention fut attirée soudain par une affiche qu’ornait un faisceau de drapeaux tricolores.
            La mobilisation générale venait d’être décrétée et chacun ajoutait ses commentaires aux propos qui s’échangeaient devant cette palissade de bois, en pleine rue.
            Certes, et cela avait été dit officiellement, la mobilisation générale, ce n’était pas la guerre, mais ce propos ne trompait personne. La guerre approchait, elle était déjà présente. Elle était dans cet arrêt soudain des préoccupations les plus ordinaires de chacun, et la vie même de mon quartier semblait suspendue dans l’attente de quelque chose qui était dans l’air et bouleverserait tout, bientôt, dans un souffle irrésistible et ardent.
            Cependant une ardeur, un enthousiasme, un patriotisme incroyables montaient de ces hommes qui, dans quelques heures ou dans quelques jours, quitteraient leurs foyers. Un grand élan les soulevait tous et ils se sentaient par avance fraternellement unis pour supporter ensemble toutes les souffrances ou accepter en commun tous les sacrifices.
"Et puis, ça devait arriver. Il faut bien en finir une fois pour toutes. Qu’est-ce qu’on va leur mettre à ces cochons…"
Cela ne durerait pas longtemps et on serait tous de retour pour la Noël.
Le lendemain, je m’en allai rue Mercoeur, au bureau Suchard. Monsieur Simon avait revêtu son uniforme de sous-officier d’infanterie et il serrait des mains en prononçant des paroles encourageantes. Il souriait et un autre employé qui venait de l’Entrepôt de l’usine souriait aussi, car il était de ceux qui partaient tout de suite rejoindre leur régiment.
            Nous étions quatre de la classe 1916 qu’un grand désir de partir agitait intérieurement, et nous en voulions un peu à Monsieur Simon lorsqu’il déclarait qu’on n’aurait pas besoin de nous et que nous n’avions d’ailleurs qu’à attendre notre tour.
            Monsieur Richard, dont le fils allait partir dans deux ou trois jours, félicita Monsieur Simon de son moral élevé et lui dit en riant :
            "Et n’oubliez pas de nous rapporter des pendules…"
            Il s’agissait, je pense, des pendules que les Prussiens nous avaient volées en 1870.
            Monsieur Simon nous quitta et nous ne le revîmes jamais plus.
           Les départs se succédaient rapidement, et déjà l’on nommait avec gouaille ou mépris ceux qui ne partaient pas. On partait avec foi, avec fierté, avec honneur, mais la guerre était déjà là et elle se manifestait dans les yeux des mères et des épouses, et des larmes en coulaient parfois qu’il était bien difficile de retenir.

jeudi 31 juillet 2014

Au voleur (bis)

C'est fou ce qu'on est en insécurité.

Un jour, je ne me fais rien voler, ce qui en soi est déjà une information. Mais c'est la dame postière qui, avant de monter les étages d'un HLM pourrave, laisse son vélo devant la porte, et se fait donc chouraver ce qui s'appelle dans son jargon sa "sacoche financière". On en a licencié pour moins que ça.

Pendant ce temps, je vaque à mes occupations dans une insouciance suspecte, quand je reçois une lettre injurieuse du Carrouf du coin me mettant en demeure de lui payer des milliers de francs :  chèque à mon nom, certes, mais déclaré volé. Première nouvelle.

J'appelle ma banque, qui me dit avoir été informée que des chéquiers à mon nom avaient été volés. Ah bon? Vous m'en direz-tant! J'appelle la poste, mais non il faut s'adresser au CMD, centre M(otorisé?, ilitaire?) de Distribution. La postière s'est fait voler MES chèques, et c'est comme cela que je l'apprends? -Ben oui, ce n'est pas vous qui avez été volé, c'est la Poste. Je comprends bien, lui réponds-je, donc je fais comment pour le faire savoir à tous les commerçants qui se seront fait avoir? Vous les renvoyez sur nous! Bien.

Je récupère les numéros des chèques volés, et je fais un tableur Excel, de 75 lignes. Je fais un formulaire où je raconte l'histoire, que je photocopie en 75 exemplaires. A chaque lettre d'injures reçue, je complète mon Excel et j'envoie ma circulaire.

Sur les 75 "formules" volées, environ 50 me sont revenues. J'ai donc rapporté à la Poste l'équivalent de 50 timbres, sans compter les courriers à ma banque (par erreur, des chèques avaient été quand même débités de mon compte). 

Environ 10% des courriers étaient corrects : Monsieur, nous pensons qu'il y a dû y avoir une erreur avec ce chèque, et nous vous serons reconnaissants de vous mettre en rapport avec nous pour régler le problème. Ceux-ci recevaient avec la circulaire une formule de politesse bien choisie.

Environ 40% provenaient des services comptables des entreprises : vous avez 30 jours pour vous régulariser, faute de quoi nous passerons le dossier au contentieux. Ils avaient droit à la formule de politesse classique, genre parfaite considération.

Le reste, environ la moitié, venait directement des huissiers de justice. Loin de moi l'idée de généraliser, mais enfin, j'ai vu la façon de procéder de plusieurs cabinets : j'ai 8 jours pour payer le principal, plus leurs frais, plus les taxes. En gros de 50 à 100% du montant qu'ils estimaient dû. Au bout des 8 jours, il y aurait de nouveaux frais et de nouvelles procédures, jusqu'à la saisie de mon mobilier, la retenue sur salaire, le bagne, que sais-je encore. Le tout en recommandé avec accusé de réception. 

Je leur renvoyais ma circulaire habituelle, en rayant la formule de politesse standard et l'adresse de la Poste coupable, mais leur rappelant que dans cette affaire, j'étais la principale victime, que leur menace de me signaler à la Banque de France m'avait beaucoup plu et que je l'avais appréciée à sa juste valeur, enfin que les commerçants qui avaient accepté ces chèques n'avaient pas procédé avant aux vérifications élémentaires, et que c'était tant pis pour eux. Quant à moi, contrairement à leur affirmation, j'avais bien fait tout ce que j'avais à faire, et que sur ce plan leur accusation était sans fondement. 

J'ajoutais, s'il voulait  bien être aimable avec moi et me le demander dans des formes obligeantes, que je pourrais leur donner les coordonnées de l'entreprise qui pourraient éventuellement les rembourser de leur préjudice.

C'est curieux, en rangeant mes affaires cet hiver, en retrouvant cet épais dossier, qui m'a occupé bien 6 mois, jusqu'à ce que les derniers chèques soient arrivés, de retrouver la rage vécue à l'époque d'être traité comme un malpropre. J'ai pu reconstituer l'itinéraire de ces valseurs, mais je n'ai pu me résoudre à le jeter. Je le garde pour l'Histoire.

Le dernier point sur les vaccins

Hier 14 juin 2021, le Président Macron tenait une conférence de presse à l'issue du conseil de l'OTAN, et de sa conversation avec...