samedi 27 octobre 2018

Qui paie ta retraite?

Grâce au débat sur les retraites et sa prochaine réforme, on en apprend un peu plus sur les caisses de retraite. C'est digne du regretté Ubu, mais il faut savoir que chaque caisse emploie des milliers de gens, et surtout fournit des sinécures bien payées pour leurs dirigeants, qu'ils soient patronaux, syndicalistes ou fonctionnaires.

A Pour les salariés, on trouve
  1. La MSA pour les salariés de l'agriculture
  2. La CNAV pour les salariés de l'industrie, du commerce et des services, les enseignants du privé, les contractuels de l'Etat et des collectivités locales
  3. Le FSPOEIE : fonds spécial des pensions des ouvriers des établissements industriels de l'Etat.
A cela s'ajoutent les régimes complémentaires :


       4 L'ARRCO 
       5 l'AGIRC
       6 l'IRCANTEC pour les contractuels
       7 la CRPN pour les personnes navigants
       8 la RETREP pour les profs du privés

Et, à part, les régimes spéciaux, qui depuis Sarkozy sont "alignés" (enfin, presque) :
     10 La Banque de France
     11 la CNIEG, pour les gaziers et électriciens
     12 La CRPCF pour la Comédie Française
     13 La CRPCEN pour les employés des notaires et autres clercs obscurs
     14 L'ENIM pour les marins
     15 La CROPERA pour l'Opéra de Paris
     16 Le Port Autonome de Strasbourg
     17 La RATP
     18 La SNCF

B Pour les fonctionnaires :
     19 Le Service de Retraites de l'Etat, pour les fonctionnaires de l'Etat, les magistrats et les militaires (On dit qu'ils sont inscrits dans "Le Grand Livre")
     20 La CNRACL pour les fonctionnaires territoriaux et hospitaliers
     21 La Caisse de retraite des agents de l'Assemblée nationale
     22 La Caisse de retraite des agents du Sénat

auxquels on ajoute 
     23 la RAFP, la retraite additionnelle de la fonction publique

C Pour les non-salariés :
     24 La MSA pour les agriculteurs
     25 La SSI, la sécurité sociale cdes indépendants
     26 La CNAVPL, la Cnav des professions libérales, avec en complémentaires :
              27 La CPRN pour les notaires
              28 La CAVOM pour les huissiers, les greffiers des tribunaux de commerce,  et les commissaires priseurs
              29 La CARMF pour les médecins
              30 La CARCDSF pour les dentistes et les sages-femmes
              31 La CAVP pour les pharmaciens
              32 La CARPIMKO pour les auxiliaires médicaux
              33 La CARPV pour les vétérinaires
              34 La CAVAMAC pour les assureurs
              35 La CAVEC  pour les experts comptables
              36 La CIPAV pour les indépendants
              37 La CNBF pour les avocats
     38 les artistes et auteurs d'oeuvres originales sont à la 2 CNAV et à l'IRCEC
     Les patrons pêcheurs sont aussi à 14 l'ENIM
     39 La CAVIMAC pour les membres des cultes (plus 4 l'ARRCO)
     40 La RAVGDT pour les gérants de débits de tabac
     41 La caisse de retraite de l'assemblée Nationale
     42 La caisse de retraite du Sénat

Vous me direz qu'un pays qui a 365 variétés de fromages peut bien avoir 42 organismes de retraites, chacun avec sa niche, et bien sûr son chien de garde.

Mais ce serait une erreur de croire qu'on en a fait le tour. Car il y a des caisses régionales liées à l'histoire : par exemple, les caisses d'Alsace-Moselle qui paient mieux - pour des gens qui, il est vrai, cotisent plus.

Et je ne sais rien en ce qui concerne l'outre-mer, où ce ne doit pas être triste non plus.

Bon courage!

mercredi 17 octobre 2018

Comment lire "A la Recherche du Temps Perdu" de Proust?

C'est une question qu'on me pose parfois, et une de mes connaissances me le demandait encore il y a peu, avec tant d'insistance que je me résous à vous livrer quelques réflexions.

Il y a déjà la question du pourquoi lire Proust. Il faut faire confiance à ceux qui s'y sont déjà lancés et qui en sortent enthousiasmés. Oui, mais encore? Parce que c'est la plus fabuleuse galerie de portraits qui ait jamais été écrite. Et encore parce qu'on y apprend à regarder les tableaux, dont il a une connaissance insondable. Surtout parce qu'on y apprend à vivre, non par l'exemple mais par la métaphore. Lisez plutôt, il le dit lui-même :

"On peut faire se succéder indéfiniment dans une description les objets qui figuraient dans le lieu décrit, la vérité ne commencera qu'au moment où l'écrivain prendra deux objets différents, posera leur rapport, analogue dans le monde de l'art à celui qu'est le rapport unique de la loi causale dans le monde de la science, et les enfermera dans les anneaux nécessaires d'un beau style, ou même, ainsi que la vie, quand, en rapprochant une qualité commune à deux sensations, il dégagera leur essence en les réunissant l'une et l'autre, pour les soustraire aux contingences du temps, dans une métaphore, et les enchaînera par le lien indescriptible d'une alliance de mots."

Ah, cette phrase "l'écrivain ... les enfermera dans les anneaux nécessaires d'un bon style... par le lien indescriptible d'une alliance de mots"! Car c'est un miracle de découvrir d'aussi belles perles au détour d'une phrase... Pour ma part, je suce comme un bonbon les adjectifs : "le double tintement timide, ovale et doré de la clochette..."

Je m'égare... Pour commencer, il est utile de disposer de quelques repères. D'abord Un amour de Swann peut se lire séparément, sachant que cet épisode d'une vie ratée, qui se suffit à lui-même, n'est que le prélude à l'ensemble, la première arche de ce qui deviendra une cathédrale. La vie du Narrateur aurait pu finir ainsi...

Je recommande aussi les excellentes BD éponymes de Stephane Heuet, chez Delcourt. Rien que des citations, avec un dessin délicat qui donne envie.

Ensuite, il est bon d'avoir auprès de soi un accès à Wikipedia, pour avoir une reproduction des tableaux dont le Narrateur nous parle. Vous perdez beaucoup, par exemple, en ne connaissant pas "la Charité" par Giotto, dont le Narrateur parle si bien.

Un ami très proche m'a offert un livre reproduisant, en face du texte, tous les tableaux- ou presque- évoqués. Un vrai livre de chevet.

Enfin, il n'est pas inutile de feuilleter le dernier tome dans la Pléiade : il y a là un dictionnaire des personnages. On repère bien sûr les principaux : le Narrateur, bien sûr, Maman, la Grand-Mère, Françoise (la bonne de Madame Octave), Madame Verdurin, Gilberte, mais on s'y perd un peu dans les titres de noblesse qui évoluent avec le temps : la princesse des Laumes devient la duchesse de Guermantes, et c'est un détail qui peut échapper. Et Madame Verdurin finira comme ...Non, je ne spoilerai pas!

Le peintre Elstir, le musicien Vinteuil, l'écrivain Bergotte, le docteur Cottard seront vite des connaissances. Vous verrez comment la haute noblesse tout autant que le petit peuple s'amuse, et vous en serez ébaubis. Vous frémirez à leurs turpitudes, en souriant de leurs réparties. Odette, Legrandin, Bloch, Charlus, Saint-Loup, Madame de Saint-Euverte, le giletier, s'intégreront dans votre univers comme ils sont dans celui du Narrateur.

Vous attendrez les passages célèbres, la madeleine trempée dans du thé, la mort de Bergotte devant un Vermeer (la "Vue de Delft", avec son petit pan de mur jaune, "si bien peint"), les pavés inégaux, les clochers de Martinville. Et tous les autres qui entreront dans votre panthéon personnel.

Vous vous méfiez des phrases longues? Méfiez vous plutôt de ceux qui ne savent pas lire, et ne sentent pas la respiration du texte. La phrase la plus longue concerne les fenêtres, à propos de celles du Grand Hôtel de Balbec, et elle se lit d'un trait. Mais il est vrai qu'il faut rentrer dedans, comme dirait Françoise.

Bon courage!

mardi 18 septembre 2018

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Tiens, je vais vous raconter quelques épisodes de ma vie...
Aujourd'hui  : le 1 juillet 1982, belle manifestation de relations publiques à Amiens (Somme).

Un nouveau modèle de central téléphonique a été déployé en 1982  par Thomson : Amiens, Amman, Annecy… Je suppose qu’ils avaient passé les commandes par ordre alphabétique. Mais il ne s’agissait pas qu’on inaugure celui de Jordanie avant un central bien français. Donc ce sera Amiens, au grand soulagement de mon collègue et ami le DR de Lyon.
Les préparatifs furent hallucinants, car le ministre avait décidé pour l’occasion d’inviter TOUS les ministres des PTT du monde ! Environ 150, dont beaucoup d’africain(e)s. (J’ai pu constater que certains de ces ministresses étaient en fait les maitresses de leur Président, mais chut). Ces ministres sont venus accompagnés de leur ambassadeur, si bien qu’il y avait plus de 300/400 personnes.
Un TGV spécial avait été réservé pour le voyage, et il avait fallu tordre le bras de la SNCF pour obtenir une rame un 1 juillet, immobilisée pour la journée ! Et ils voulaient faire arriver le TGV, non pas à la gare centrale à cause du grand escalier à monter, mais dans une gare annexe dans la direction de Boulogne où les cars pourraient les attendre : jusqu’à ce que je leur dise que cette partie n’était pas électrifiée, et que ça ferait mauvais genre si on voyait le TGV tracté par une locomotive diesel de manœuvre.
Je me souviens d’un type du cabinet du ministre qui m’a appelé pour savoir si on voyait la Tour Eiffel depuis le toit du bâtiment du central (2 étages). J’ai répondu que la terre étant ronde, la distance théorique de visibilité d’une tour de 300 m est la racine carrée de 2*R*h = 61.9 km, et Amiens, à 120 km de Paris, est donc sous la ligne d’horizon (c’était pour renseigner TDF !)
Autre gag : ma secrétaire me dit la veille : le cabinet de Mexandeau a encore changé le menu ! - Bon, qu’ils se débrouillent avec le traiteur ! – Et on a reçu les nouveaux menus imprimés (faits donc en urgence). Là, je vois « pintade aux raisins marinés au marc de Champagne» ! Je pousse un hurlement : le tiers des invités vient de pays d’Islam, on va avoir une crise diplomatique... La dame du cabinet à l’origine de cette initiative, appelée, me dit qu’elle ne voit pas le problème. Je prends sur moi de réimprimer les menus : la pintade ne sera plus qu’aux raisins tout court. On n’en a plus entendu parler, et personne ne s’est plaint. Du coup, j’ai fait vérifier aussi qu’il y aurait assez d’eau et de jus de fruit.
J’ai appris comment un préfet gère ce genre de situation. Le mien a voulu tout voir, tout inspecter, tout faire répéter. Il avait peur de la manif prévue par la CGT qui voulait faire l’accueil (j’avais échoué à les convaincre que ce n’était pas une bonne idée, ni pour le moment, ni pour le lieu – mais il faut se souvenir du contexte, moins d’un an après l’élection de Mitterrand, ils attendaient la lune qu'on leur avait promise). Des cars de CRS étaient cachés pas loin. Quand on est arrivé, il y avait une dizaine de mecs pouilleux, avec deux pancartes ridicules. J’avais honte pour eux, mais j’ai eu un petit sourire en reconnaissant dans le groupe le petit gars des RG qui avait été envoyé là comme espion.
A l’arrivée en gare, nous étions tous là sur le quai, préfet en uniforme, et toute la cour de la Région. On se réjouissait de voir un TGV, tout juste inauguré entre Paris et Lyon. Il arrive, le préfet accueille le ministre, me présente à lui, et je conduis cette excellence pour monter l’escalier. Mexandeau, très socialiste, ne manque pas de serrer la paluche d’un contrôleur rencontré en route. Quelle ne fut pas ma joie de dire au ministre : « M le ministre, je vous présente M X… ! ». Il a eu l’air surpris que je le connaisse par son nom ! Je ne lui ai pas dit que c’était le père d’une fille qui venait baby-sitter à la maison.
Dans une grande salle toute vide (construite pour un central électromécanique de surface 30 fois plus grande…), mais bien décorée dans la nuit par la comm de la DGT, avec plein de démos de télématique et de minitels, ces messieurs-dames s’installent, et là je vois la « bataille du 2ème rang ». Car le premier rang était placé : le ministre, le préfet, le PDG de Thomson, le Directeur général des Télécom, le président du Conseil Régional, etc. Mais derrière, les gens se mettaient comme ils voulaient, sauf que les Conseillers Généraux du département de la Somme, invités par je ne sais qui dans une manifestation de relations publiques où ils n’avaient rien à faire, jouaient méchamment des coudes pour être juste derrière le ministre, au point de marcher sur les pieds et virer de dignes ambassadeurs et ministres en turban, boubous et autres…
Je fais un petit discours d’accueil en vantant les mérites de la Picardie, et montre un schéma pour montrer comment ce centre de transit s’insère dans le réseau général : trafic départ, trafic arrivée national et international, trafic de débordement, etc.
Mexandeau prend alors la parole, vante le mérite des nationalisations, de la Picardie, et répète tout ce que je viens de dire ! Je comprends pourquoi son cabinet avait voulu que je communique d’avance mon discours : c’était pour le pomper… Cependant, assis auprès de lui, j’avais vu dans sa main la première page de son discours imprimé très gros. Je lui chuchote qu’il y a une erreur : il faut lire « compatibilité » et non « comptabilité ». C’était évident d’après le sens, encore faut-il en avoir un peu. Et bien sûr, le ministre parle de la « comptabilité » du central MT20 !!!!
A la fin des discours, on part en une grande file pour visiter le central qui faisait vraiment très petit ! Merveilles de l’électronique ! Quelques armoires, avec le bruit de la ventilation : il a fallu 3 minutes… Certains avaient fait un voyage bien long pour ça.
Et on repart en car pour le déjeuner, précédé de motards pimponnant. Et on roule, on roule, on met ¾ d’heure pour faire les 5 km à vol d’oiseau que j’avais repérés. Là, c’était une initiative du préfet : les Ponts et Chaussées lui avaient dit qu’il y avait un petit pont dont ils ne garantissaient pas la solidité pour le passage d’une dizaine de cars. Du coup, on a fait un détour invraisemblable, on est arrivé en retard au « château », le déjeuner n’en finissait pas, et je craignais qu’ils ratent leur train.
Mais ils ne l’ont pas raté. Le préfet n’a pas été viré (du moins pas pour ça).
Le lendemain je partais enfin en vacances.

mardi 19 juin 2018

Mon Corrigé du bac philo 2018

Evidemment, je ne saurais engager les correct.eurs.rices (ceci pour vous montrer que l'écriture inclusive est vraiment stupide), auxquels je présente mes meilleurs vœux.

L 1 La culture nous rend-elle plus humain ?
Ca dépend, puisque la culture est le propre de l'homme, mais que certaines formes dites artistiques , le rap, "le hard métal" ou d'autres, se rapprochent plus d'une curée de chiens de meute que d'un thé à l'Académie française. 
Mallarmé : "la chair est triste, et j'ai lu tous les livres", vous voyez bien que cela ne l'a mené à rien.
Savoir tout sur tout est impossible, sauf aux énarques, savoir tout sur rien ne m'avance pas.
Comme si la Vie s'apprenait dans les livres! 

2 Peut-on renoncer à la vérité ?
Réponse : Jamais! 
La vérité, il faut la traquer, la chercher, mais ne jamais renoncer. 
C'est difficile parfois, parce que le secret Défense y met obstacle, que la propagande immonde inonde nos réseaux sociaux au point de changer le résultat des élections. 
C'est difficile quand un dirigeant, censé être intelligent, nous bombarde de tweets idiots (par exemple que le réchauffement climatique est un hoax des chinois), que les médias nous serinent que les migrants sont la cause et la conséquence de l'insécurité, ou autres fake news, devenues la plaie de notre siècle.
C'est difficile, parce qu'il faut toujours recouper les informations et ne prendre pour vrai que ce que l'on a constaté soi-même. 

S 1 Le désir est-il la marque de notre imperfection ?
Un peu oui, car le désir exprime un manque, qu'on veut combler.
Un peu non, car sans désirs nous n'existerions pas. 
C'est une quête sans fin. Nous ne serons donc jamais parfaits, et c'est tant mieux, car qui veut faire l'ange fait la bête. Ce sont nos imperfections qui nous font, c'est très bien ainsi.
Débrouillez-vous avec ça.

2 Éprouver l’injustice, est-ce nécessaire pour savoir ce qui est juste ?
Réponse théorique : non. Il suffit d'avoir fait son droit et d'avoir de solides bases morales.
Réponse pratique : oui! Parce qu'on réagit à l'injustice, qui est l'ordinaire de nos tribunaux, d'une façon violente qui nous fait bien prendre conscience de notre droit à une vraie justice. Certains se sont même révoltés pour elle, contre tous les pouvoirs : affaire Dreyfus, mai 68.

ES 1 Toute vérité est-elle définitive ?
Réponse : jamais! Elle n'est établie que lorsqu'on en connait les tenants et aboutissants. Et encore! Il y a forcément l'apparition de faits nouveaux, qui force à un ré-examen. 
Le doute perpétuel est la seule solution, face à ceux qui veulent nous inculquer leur vérité, définitive bien sûr. M Poutine est un homme épris de paix, très bon sportif ; M Trump est un excellent diplomate qui conjure la guerre en Corée : ben voyons!

 2 Peut-on être insensible à l’art ?
Réponse, oui, tout à fait! Pour la démonstration, il suffit de proposer un contre-exemple. M Sarkozy, qui fut président, était totalement, viscéralement, insensible à l'art. Seuls les 4 F l’intéressaient : les Femmes, le Fric, la Frime et le Foot. 
Je ne sais si c'est la question, mais c'est ma réponse. 

Car on pourrait pinailler, trouver moche ce que d'autres trouvent joli, être sensible à la beauté d'une Vierge à l'enfant, déhanchée, de la période dite gothique, et n'avoir rien à faire de masques africains du musée Chirac.  Ou l'inverse. 

Nous aimons la Joconde, parce qu'elle est de Léonard, mais les américains parce qu'elle vaut des millions de dollars, et les chinois parce qu'il faut faire un long voyage dangereux (dans un "no-go-land") pour la voir. Chacun son truc.

Vivement les sujets de maths!

lundi 28 mai 2018

Le pape aggrave son cas

Décidément le pape fait tout ce qu'il peut pour décourager ses fidèles de la Vendée et de la Seine-et-Oise...

Les adhérents de la Manif pour Tous, de Sens Commun et des Amis de François Fillon sont tous en PLS. Je vous explique.

Déjà, il avait dit que les migrants étaient des hommes. Autrement dit, qu'ils appartiennent à l’espèce humaine et qu'en tant que tels, on ne pouvait les virer comme de simples déchets, les traiter comme du bétail, bref les renvoyer se faire tuer chez eux entre eux. Inutile de dire que la catho-facho-sphère s'en était émue sur le thème "c'est pas mon pape".

Mais ça, ce n'était que le début.

La semaine dernière, le pape vire, un peu comme Trump l'aurait fait, tout l'épiscopat chilien! Après 3 jours de retraite avec eux, où il leur a remonté les bretelles : vous m'avez fait de faux rapports, vous m'avez fait dire des conneries lors de mon voyage chez vous, vous avez détruit des preuves, etc, et j'en passe.

Et tout ça à cause d'histoires de pédophilie que ces évêques auraient couvertes, complices les uns les autres d'omerta et de non-assistance aux victimes. Et le pape de dire que ça ne suffit pas de changer les hommes, mais qu'il faut aussi de changer le système (élito-facho) qui a conduit à tolérer toutes ces infamies. Une attaque directe, selon les spécialistes, contre la politique mise en place par le regretté Pinochet, celle d'une Eglise destinée avant tout à assurer l'ordre social pour ne pas gêner la tranquillité publique et la bonne marche des affaires.  Et à lutter contre les communo-marxistes qui sont le diable (surtout eux).

Et, pour couronner le tout, il reçoit une victime au Vatican, un certain Juan Carlos Cruz, et lui dit (j'ouvre les guillemets, parce que c'est Juan Carlos qui le raconte, et il n'y avait pas de témoin) : "Juan Carlos, que vous soyez gay importe peu. Dieu vous a fait ainsi et vous aime ainsi. Cela n’a pas d’importance, a-t-il déclaré. Le Pape vous aime ainsi. Vous devez être heureux de ce que vous êtes".

Là, vous comprenez pourquoi il y en a qui ne sont pas contents, pas contents du tout!

Mais ce n'est pas fini, il attaque sur un autre front : le fric. Il a autorisé la publication d'un texte Oeconomicae et pecuniariae quaestiones. Considérations pour un discernement éthique sur certains aspects du système économique et financier actuel. Et voila qu'il balance sur la finance immorale qui prive l'économie réelle de financements, sur l’amoralité de l'utilisation excessive des "paradis fiscaux", des "subprimes", des "LBO", des "titrisations", enfin tout ce qu'on peut inventer pour gagner à la Bourse. Bref tout ce qui permet, non seulement de s'enrichir en dormant, mais plus grave, de s'enrichir (beaucoup) sur le dos des pauvres (nombreux). Alors que c'est un fondement de l'économie moderne!

D'après lui, ça démolit le tissu social, ça fait monter les extrêmes. CQFD, et Marion Maréchal en est toute ravie. Et de dire qu'on verra encore des crises majeures parce qu'on n'a pas introduit les régulations nécessaires après la crise de 2008, notamment parce que les institutions financières sont devenues plus puissantes que les Etats. Quelle injure pour Sarkozy!

Bref, il commence à me plaire ce pape! Pourvu qu'il ne se fasse pas empoisonner...






jeudi 10 mai 2018

samedi 11 mai 1968, rue Gay-Lussac

Je vais vous parler d'événements dont vous n'avez jamais entendu parler, et d'abord, vous n'étiez pas né.

Depuis le 22 mars 1968, c'était un peu le foutoir dans les universités, d'abord à Nanterre, puis partout. Les étudiants étaient revendicatifs, et la strass débordée.

Le 3 mai, les étudiants occupent la Sorbonne, et la flicaille, requise par le recteur, l'évacue à grand renfort de matraques et de gaz lacrymogènes. Le résultat le plus probant de cette décision est de révolter absolument tous les étudiants contre les CRS (on invente CRS-SS), contre toutes les hiérarchies, contre le gouvernement..

La semaine est agitée.

Vendredi 10 mai, il y a une manif de Denfert au quartier latin, que les étudiants décident de barricader, puisque la police s'est elle-même barricadée dans la Sorbonne. Un témoin se souvient :

"L’atmosphère était assez détendue. Les étudiants faisaient groupe autour des voitures de presse. Certains manifestants s’affairaient autour des barricades élevées près de la rue St-Jacques, la rue continuait à se dépaver par plaques, on transportait des troncs d’arbre, on démolissait des chantiers, on clouait des planches, par manière de jeu. Toute animosité était absente. On aurait dit une vaste kermesse. Quelquefois, des slogans fusaient, repris, amplifiés par des milliers de bouches, telles des vagues qui allaient mourir au pied du rempart de la rue St-Jacques. La Marseillaise suivait l’Internationale. Il faisait froid, beaucoup marchaient, beaucoup s’étaient assis sous les portes cochères. "

La "kermesse" dure la soirée, et on s'installe pour la nuit, tranquillement. 

Pendant ce temps, Pompidou étant en balade en Afghanistan, les ministres les plus bêtes du parti godillot (on disait UR-Vème, après UNR et avant UDR), Fouchet (Intérieur), Peyrefitte (Education nationale),  Joxe (Justice), se consultent sur le thème "Force doit rester à la loi", "faut virer les gauchistes","c'est un coup d'état communiste", etc, et contre l'avis du préfet de police Maurice Grimaud, ordre est finalement donné de détruire les barricades "pour permettre, en particulier, d'assurer le ravitaillement des commerces".

Ils commencent vers 2 heures du matin, et finissent vers 5 heures, le 11 mai. Notre témoin raconte :


"Parisiens avec nous, scandent les étudiants. L’attaque n’avait pas été annoncée. La panique gagne. Les premiers barrages sont en feu. On en improvise d’autres, avec des voitures. Des brasiers s’allument, sinistre clarté dans une nuit hachée de déflagrations de plus en plus violentes. On étouffe. On se sent à la merci d’une grenade et on reste là, la fenêtre grande ouverte, fasciné.

La foule gronde, hurle d’indignation, de douleur, d’épouvante à chaque explosion. Elle recule. Imperceptiblement d’abord. Les barricades de la rue St-Jacques l’empêchent de s’écouler librement. A la hauteur de la rue Royer-Collard, les casques brillent. Ils sont là. Tout se confond. Les fenêtres se ferment. L’incendie fait rage. Les flammes semblent lécher les rideaux. Des silhouettes se tordent et disparaissent."

Au petit matin, on a l'impression d'une scène de guerre : "Il est plus de 4 heures. Le jour se lève. On voudrait avoir rêvé. Il s’est passé quelque chose d’irrémédiable. Des taxis, à la base du Luxembourg, recueillent les blessés. La rue offre un spectacle insoutenable, dans la lumière blafarde de l’aube ? Sur la chaussée grisâtre, gluante, ce sont des dizaines de voitures, -grotesques squelettes calcinés.
Quelques journalistes, attirés comme des mouches autour d’un cadavre, prennent des photos. Il faut émouvoir les foules. Il faut vivre.
De temps en temps, on aperçoit un brancard. Des prisonniers descendent vers le boulevard, les bras croisés, encadrés par les CRS. On a l’impression d’un gâchis démesuré, monstrueux".

Prévenu de ce beau résultat, Pompidou rentre précipitamment de Kaboul, et fait savoir sèchement qu'il est temps d'arrêter les conneries. Il donne l'ordre de rouvrir la Sorbonne.

Mais l'effet le plus immédiat de cette "victoire sur le champ de bataille" est surtout l'entrée des syndicats dans la grève générale, et la manif du 13 mai réunira plus d'un million de personnes (17 000 selon l'ORTF). On n'a pas encore défini la théorie du dentifrice : il est facile de le sortir du tube, mais très difficile de le faire rentrer.

Plusieurs effets à long terme :
  • les rues sont dépavées en urgence pendant l'été (on ne célébrera jamais assez le "pavé de mai 68", qui tenait si bien dans la main) pour mettre partout de l'immonde bitume.
  •  la police stationnera en grand nombre de juin 68 à mi 74 dans le quartier latin, encombrant tous les trottoirs, prête à se jeter sur n'importe qui, et passant le temps à jouer aux cartes ou à lire des revues "pour adultes"...
  • les polytechniciens, qui avaient le malheur d'habiter dans le quartier, ont été déportés, provisoirement de septembre 68 à février 69, durablement sur le plateau de Saclay, dans la boue, sans voisin et sans transport.








mardi 8 mai 2018

Avion : 1

Il y a longtemps que je voulais vous expliquer ce que j'ai compris du vol des avions.

Le temps de référence est le temps universel UTC, temps universel coordonné, dit aussi GMT (temps moyen de Greenwich), ou "Zoulou". Il faut enlever 2 heures à notre heure d'été française"locale" pour s'y retrouver. .

Il faut déjà  repérer l'avion par rapport à des axes fixes, et pour cela on définit la position de son centre de gravité :
  • la projection sur le géoïde  renvoie ses coordonnées géométriques classiques : latitude ( de -90 à +90 degrés, le zéro correspondant à l'équateur), et la longitude (de 180 degrés Est à 180 degrés Ouest, en passant par zéro, qui est le méridien de Greenwich). L’évolution dans le temps de ce point projeté  définit la route.
  • l'altitude : est mesurée vers le bas. Elle est donc positive, sauf exception.
  • on définit ainsi un repère lié au centre de gravité : X pointe "dans la direction de l'avion" mais horizontalement, Z vers le bas, et Y complète le  repère  :  Y= Z Ù  X (Y pointe donc vers l'aile droite de l'avion)
On peut alors y rapporter le vecteur vitesse de l'avion (tangent par définition à la trajectoire) :
  • c : angle de la projection du vecteur vitesse sur l'horizontale, par rapport au nord géographique 
  • g : pente de l'avion, sa vitesse "ascensionnelle", souvent mesuré en pieds/minute (de temps)
Le pied est de 0.3048 mètres. (Ces mesures anglo-saxonnes compliquent tout, les américains ont planté une fusée à cause d'une confusion dans une spécification, tant pis pour eux.)

On y rapporte aussi la position de l'avion par rapport à son centre de gravité, par les 3 angles d'Euler :
  • Y : c'est le cap, angle de la direction du nez et du nord géographique
  • q : l'assiette, angle entre l'axe de l'avion et l'horizontal, qui est "à piquer" ou "à cabrer".
  • F : l'angle de gite, lui aussi par rapport à l'horizontal.
Enfin, on a besoin aussi de la direction du vent par rapport à l'avion :
  • a : mesuré par rapport au fuselage, c'est l'incidence.
  • b : le dérapage. On vise qu'il soit nul, mais son effet peut être fort à l’atterrissage (voir les horribles vidéos des pires atterrissages, par exemple ici : youtube1.
On a la relation a, comme vous vous en assurerez facilement, et qui signifie que l'avion ne va pas dans la direction de son nez.

Tout ceci est facile à comprendre, mais il y a une chausse-trappe : c'est l'altitude. La norme n'est pas l'altitude réelle (dite parfois altitude GPS), mais l'altitude-pression, ce qui sous-entend qu'on mesure  l'altitude qu'aurait l'avion s'il volait dans une atmosphère standard.

L’atmosphère standard est définie par une norme (dite ISA) :
  • au niveau du sol, la pression est de 1013.25 hPa (hecto-pascal), mais pour caler les altimètres, on le fait en "pouce de mercure" 29.92 inHg (!), et la température est de 288.15°K (degré Kelvin, soit 15°C)
  • la température baisse de 6.5°C par 1 000 mètres jusqu'à 11 000 mètres, puis reste constante à 213.65°K (-56.5°C) jusqu'à 20 000 mètres, ce qui nous suffit.
En fonction de ces valeurs initiales, et en utilisant la loi des gaz parfaits, on sait calculer la pression "standard" pour chaque altitude : c'est la pression au niveau du sol, multiplié par une exponentielle décroissante. Donc en réglant l'altimètre sur la pression au niveau de la m (calage QNH), ou sur celle de la piste (à l'altitude relative nulle : réglage QFE), on obtient par la lecture du cadran une altitude dite "altitude-pression" qui sert à la navigation. Entre aéroports, on se cale sur "1013", et tout va bien.

Ce n'est donc pas l'altitude vraie, mais comme tous les avions ont la même convention, ils ne risquent pas de se rentrer dedans (en théorie voir : youtube2).

Cette altitude s'appelle le "niveau de vol", Flight Level en anglais, mesuré en centaines de pieds. FL310 indique que l'avion volerait au niveau 31 000 pieds si l'atmosphère était "standard", et en réel à environ 10 000 mètres, à 10% près. Les avions allant dans des directions différentes sont séparés d'au moins 1 000 pieds, ce qui assure la sécurité.

On aura besoin aussi la masse de l'avion. Elle n'est pas mesurée, elle est calculée. En effet, il y a la masse fixe de l'appareil, le poids des passagers (variable), et le poids du carburant, qui est déterminé en fonction des caractéristiques de l’avion, des masses précédentes, et du trajet à parcourir.

On peut se tromper : un avion (américain) s'est crashé parce que, comme l'enquête de NTSB l'a démontré, le poids était sous-estimé. la règle voulant qu'un passager a un poids moyen de l'ordre de 150 livres. Mais dans ce vol, il y avait beaucoup d'adultes plutôt "fat" : une erreur de 20kg par passager pour 100 passagers, ça fait 2 tonnes. Boum...

Autre gag, américain aussi : un commandant de bord commande 10 tonnes de carburant. Le technicien qui fait le plein se trompe, et met 10 000 litres. La densité du carburant est assez faible, de l'ordre de 0.8. L'avion a donc eu une panne sèche en plein vol.

A suivre...

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